Une intervention née de l’écoute du terrain
L’idée du programme Orchidée est née du terrain. «À la fin de mes cours en psychologie de l’immigration, des étudiants et étudiantes venaient me voir pour me parler de leur détresse, de leur anxiété et parfois de leur humeur dépressive», se souvient Myriam Tahiri Hassani, aujourd’hui psychologue au Centre de santé et de consultation psychologique de l’UdeM. Celle qui était alors chargée de cours en psychologie à l’UQAM reprenait sa casquette de psychologue pour écouter ceux et celles qui se confiaient à elle.
Ces échanges informels ont révélé une souffrance récurrente, celle d’étudiantes et d’étudiants profondément affectés par des obstacles rencontrés dans leur processus d’intégration, d’adaptation ou de construction identitaire. Cette réalité concernait autant les étudiantes et étudiants étrangers que ceux nés au Québec de parents immigrants de première ou de deuxième génération.
Pour ces derniers, le défi est souvent double: répondre aux attentes de la société d’accueil tout en restant fidèles aux valeurs transmises par leur famille. «C’est un processus d’adaptation identitaire, explique la psychologue, qui implique des compromis par rapport à soi et qui peut être fragilisé par le rejet, la mise à l’écart ou l’incompréhension.»
Dans la communauté étudiante internationale, la confrontation avec de nouveaux contextes culturel, scolaire et social peut être tout aussi déstabilisante. Plusieurs rapportent ne plus se reconnaître, douter de compétences qu’ils n’avaient jamais remises en question ou ne pas comprendre pourquoi ils réussissaient dans leur pays d’origine, mais plus ici.
Quand les relations blessent l’estime de soi
Au cœur de la problématique ciblée par le programme Orchidée se trouvent les blessures relationnelles. Qu’elles soient rattachées à des relations familiales, amoureuses, sociales ou institutionnelles, ces expériences ont en commun de fragiliser l’estime de soi et le sentiment de compétence.
«Ces étudiantes et étudiants commencent à douter de qui ils sont, dit l’intervenante. Avant, ils se définissaient d’une certaine manière, aujourd’hui, ils sont perdus.»
Cette perte de repères peut enclencher une spirale de perfectionnisme et de surperformance. Certaines personnes tentent alors de prouver leur valeur, à elles-mêmes comme aux autres, dans l’espoir de réparer symboliquement les blessures subies. Mais lorsqu’une difficulté survient comme une mauvaise note, un échec ponctuel, l’effondrement est alors brutal.
Si ces problèmes se manifestent différemment selon les parcours, la psychologue souligne que le fond demeure identique: «Les cicatrices émotionnelles sont les mêmes, qu’on soit immigrant, venu de l’étranger ou québécois non immigrant.»
C’est d’ailleurs ce constat qui a mené à l’élargissement du programme à l’ensemble des membres de la population étudiante. Ainsi, celles et ceux en provenance des régions, confrontés à un nouveau milieu urbain ou scolaire, peuvent aussi vivre des remises en question similaires.
Une psychothérapie de groupe structurée
Le programme s’articule autour de sept rencontres. Une première rencontre individuelle permet d’évaluer la maturité émotionnelle de l’étudiant ou de l’étudiante et de cerner le motif de consultation. Cette étape est essentielle au pairage des groupes, qui comptent trois ou quatre personnes présentant une maturité émotionnelle comparable et des objectifs analogues.
Suivent cinq rencontres de psychothérapie de groupe de deux heures chacune, puis une dernière rencontre individuelle destinée à «boucler la boucle» pour les participants qui ressentent le besoin de déposer certains éléments plus personnels.
La puissance du collectif comme moteur de réparation
L’un des piliers du programme Orchidée réside dans la force thérapeutique du groupe.
«Si l’autre les a abîmés, logiquement, ils ne peuvent être réparés que par l’autre, indique la psychologue. Mais dans un contexte sécuritaire pour expérimenter des liens interpersonnels, pour pouvoir trouver cette réparation.»
Le groupe permet de normaliser l’expérience affective, de briser le sentiment de solitude et de créer un effet miroir puissant. En écoutant les récits des autres, certains participants et participantes accèdent à des souvenirs, des émotions ou des mécanismes inconscients qu’ils n’auraient pas pu reconnaître seuls.
Ce processus favorise des prises de conscience profondes: comprendre pourquoi on réagit d’une certaine manière, pourquoi certaines situations déclenchent une détresse intense ou encore pourquoi des comportements d’évitement se sont installés.
En l’espace de deux mois, les membres du groupe bénéficient ainsi d’un traitement psychothérapeutique.
Orchidée: une métaphore du développement intérieur
Le nom du programme, Orchidée, est inspiré de la psychologie positive, il renvoie à une plante capable de perdre ses fleurs tout en conservant des racines solides, puis de refleurir à son propre rythme.
«Lorsque des étudiantes et des étudiants sont en souffrance, lorsqu'ils ont l'impression qu'il n'y a plus d'aide externe, j'ai envie de leur dire “Croyez en vos racines”. Elles peuvent être suffisantes pour poursuivre un développement et pour cristalliser quelque chose qui est déjà en soi. Avec les bonnes conditions environnementales, un nouveau développement est possible», affirme Myriam Tahiri Hassani.
Une portée individuelle et institutionnelle
La méthode d'intervention clinique ayant inspiré la mise sur pied d’Orchidée a été approuvée par l’Ordre des psychologues du Québec.
Au-delà des bienfaits cliniques, le programme Orchidée répond à un enjeu structurel: l’accessibilité des services en santé mentale. En proposant une intervention de groupe efficace et ciblée, il permet d’alléger les listes d’attente et d’offrir un soutien plus rapide à un plus grand nombre d’étudiantes et d’étudiants. «C’est gagnant-gagnant pour tout le monde», conclut la psychologue.
Plus d’information sur le programme Orchidée