Des manifestations tangibles
L’étude a mesuré quatre dimensions de l’écoanxiété: les symptômes anxieux, la rumination, les perturbations dans le travail ou les études et l’anxiété liée aux actions écologiques personnelles. Parmi ces dimensions, c’est l’anxiété comportementale – c’est-à-dire les perturbations concrètes dans les tâches quotidiennes – qui ressort comme la plus importante chez les adolescents.
«Ce sont les jeunes qui déclarent être distraits à l’école, avoir de la difficulté à se concentrer ou à mener leurs travaux à terme lorsqu’ils réfléchissent aux changements climatiques qui rapportent aussi les niveaux de bien-être les plus faibles. Ces adolescents perturbés par les changements climatiques disent également être moins satisfaits de leur vie, se sentir moins joyeux, éprouver davantage de symptômes dépressifs et anxieux et ressentir un sentiment de solitude», précise Diana Cárdenas Mesa, qui s’intéresse aux façons dont les sociétés vivent les changements.
L’écoanxiété ne serait donc pas seulement une émotion; elle est accompagnée de conséquences concrètes sur le fonctionnement quotidien des jeunes.
Les groupes minoritaires encore plus touchés
Les résultats de l’étude montrent en outre que les adolescents issus de groupes minoritaires présentent des niveaux plus élevés d’écoanxiété, plus précisément les jeunes non binaires, ceux dont les parents n’ont pas de diplôme universitaire et ceux en situation de handicap.
Diana Cárdenas Mesa explique ce phénomène par l’accumulation de vulnérabilités structurelles: moins de pouvoir, moins de ressources financières, moins de stabilité.
«Pensez à une chaise. Les gens qui ne sont pas vulnérables ont leurs quatre pattes et sont donc assez stables. Mais les personnes qui appartiennent à des groupes minoritaires ont des historiques qui font en sorte que leurs pattes sont moins droites ou moins stables. Alors, lorsqu’un nouveau stress survient – un feu de forêt, une facture de chauffage trop élevée, un évènement climatique extrême –, l’équilibre déjà fragile chancelle encore davantage», illustre la professeure.
Que faire?
À la lumière de ces résultats, trois pistes de solution se dessinent aux yeux de Diana Cárdenas Mesa. La première consiste à normaliser l’écoanxiété, puisqu’il est «possible d’être inquiet pour l’avenir du climat sans être en détresse psychologique profonde, et que cette émotion est une réaction saine et légitime», dit-elle.
Ensuite, étant donné que l’écoanxiété se manifeste surtout par des perturbations dans le travail et les études, la chercheuse imagine la création de lieux pour la comprendre, en parler et outiller les élèves. Enfin, elle considère qu’il faut offrir davantage de ressources aux groupes minoritaires, qui cumulent les vulnérabilités et subiront ainsi plus lourdement les conséquences physiques et psychologiques des changements climatiques.
«De manière générale, il faut dépolitiser la crise climatique. Ce n’est pas un sujet politique, mais bien un enjeu de santé publique, une question liée à notre avenir et qui concerne donc toute la société», plaide la professeure.