Neurodiversité et stage clinique: mieux comprendre et accompagner

Par UdeMnouvelles
En 5 secondes Pour les étudiants neurodivergents, le stage clinique peut s’avérer particulièrement exigeant. Une nouvelle formation offre au corps professoral des pistes concrètes pour mieux les soutenir.
La nouvelle formation documentaire est composée de neuf épisodes qui mettent de l'avant des outils pour une supervision inclusive des stagiaires neuroatypiques.

Les milieux de formation clinique comptent de plus en plus d’étudiantes et étudiants neurodivergents. À l’Université de Montréal, les personnes présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA) constituent environ deux pour cent de la population étudiante en sciences de la santé ‒ une proportion sous-estimée, alors que plusieurs choisissent de ne pas divulguer leur diagnostic par crainte de stigmatisation ou pour éviter les biais inconscients.

Sur le terrain, les traits autistiques peuvent être interprétés comme un manque d’adaptation, de flexibilité ou d’organisation, et ainsi nuire au soutien et à la rétroaction en contexte de supervision.

Et si ce trouble était plutôt une différence? Et si l’on misait sur des stratégies pour soutenir ces apprenants sans perdre de vue les atouts qu’ils représentent pour les milieux cliniques? Ce regard sur la neurodiversité, qui met l’accent sur les forces et les façons de penser multiples, est au cœur de la formation documentaire Neurodiversité et stage clinique: mieux comprendre et accompagner. À travers une reconstitution narrative en milieu hospitalier et l’éclairage de spécialistes, cette formation en neuf épisodes propose de nouveaux outils pour une supervision plus inclusive des stagiaires neuroatypiques. Et toute l’équipe y gagne!

Marc Rouleau, directeur du bureau d’aide Point de repère de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, et la Dre Tania Riendeau, directrice sortante des programmes de résidence de médecine de famille et professeure adjointe de clinique au Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de l’UdeM, nous racontent la genèse de ce projet, ses objectifs et ses retombées attendues sur la réussite et le mieux-être étudiants.

Questions Réponses

Comment est née cette formation et quel besoin cherche-t-elle à combler?

Tania Riendeau: Le projet est né d’un besoin concret observé en milieu clinique, particulièrement dans le programme de résidence en médecine de famille. Au fil des ans, nous avons accueilli un nombre croissant d’étudiantes et étudiants au profil de fonctionnement associé au TSA. Or, le personnel de supervision souhaitait davantage d’outils pour les accompagner adéquatement. 

Marc Rouleau: Dans plusieurs autres programmes, des superviseurs et superviseuses vivaient des réalités semblables et se posaient la même question: comment mieux encadrer ces stagiaires? Une formation s’imposait pour mieux outiller le corps enseignant en ce qui concerne la communication, la supervision et l’évaluation en contexte de neurodiversité.

À qui s’adresse cette formation et quelles réalités met-elle en lumière?

MR: La formation s’adresse à toute personne qui supervise des stagiaires en milieu clinique, elle concerne l’ensemble des professions de la santé: la médecine bien sûr, mais aussi l’ergothérapie, la physiothérapie, l’orthophonie, l’audiologie, la nutrition, la kinésiologie, la pharmacie, l’optométrie, la psychologie, le travail social.

TR: Les travaux de l’équipe ont mis en évidence des préoccupations liées à la communication, à la collaboration et au raisonnement clinique. Les difficultés ne relèvent pas d’un manque de capacités, mais d’un décalage entre certains profils de fonctionnement et les modalités de supervision. D’où les situations d'incompréhension ou les conflits qui peuvent survenir.

Pourquoi avoir choisi ce format et misé sur une approche de coconstruction?

TR: Pour cette formation professorale, on voulait sortir des formats plus traditionnels. La forme documentaire permet de raconter une histoire, de mettre en scène des situations réelles, vécues autant par les stagiaires que par les superviseurs et superviseuses. Le récit fictif d’Emma, par exemple, permet d’illustrer les défis de façon concrète et incarnée. C’est plus accessible et plus humain.

MR: La coconstruction était essentielle. On a travaillé avec des enseignants, des professionnels de différentes disciplines, des experts de contenu, des technopédagogues et des étudiants ayant des traits autistiques. Les objectifs pédagogiques ont été définis à partir des groupes de discussion et de la littérature. Cette diversité de regards a permis de créer un outil rigoureux et ancré dans la réalité du terrain.

Concrètement, comment cette formation vient-elle outiller les superviseurs et superviseuses en milieu clinique?

TR: Souvent, de petits ajustements suffisent: rendre certaines attentes plus explicites, adapter la communication, structurer autrement la rétroaction. La formation propose des stratégies concrètes qui peuvent être appliquées au quotidien. Il ne s’agit pas de diminuer les exigences, mais de varier les chemins pour y répondre.

MR: La formation fait partie d’un ensemble d’outils pédagogiques. Chaque épisode est accompagné de ressources complémentaires ‒ guides de bonnes pratiques, cadres de référence ‒ qui permettent d’aller plus loin. 

Quelles retombées espérez-vous pour les stagiaires, les équipes et le système de santé?

MR: On vise d’abord le mieux-être des stagiaires. Se sentir compris et soutenu a un effet direct sur les apprentissages, la confiance, l’engagement. Les stratégies proposées bénéficient aussi au personnel de supervision, aux équipes de soins et, ultimement, aux patients. La pédagogie inclusive profite à l’ensemble de la communauté. 

TR: Les personnes neurodivergentes font face à des défis de communication et de collaboration. Mais elles possèdent aussi de grandes forces qui gagnent à être soutenues et développées. Si l’on veut aller chercher de la diversité dans les corps de métier, il faut former des leaders capables de penser autrement.

Cette formation a été financée par le Vice-rectorat principal, aux affaires étudiantes et aux études de l’Université de Montréal dans le cadre du concours Mieux-être étudiant, qui soutient des projets visant à favoriser le bien-être de la population étudiante.

Consulter la formation sur le site du Centre de pédagogie appliquée aux sciences de la santé (CPASS)

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