Immersion au cœur des réalités autochtones

En 5 secondes La Faculté des sciences infirmières conçoit une simulation en réalité virtuelle de transport en ambulance pour son microprogramme de 1er cycle en santé autochtone – soins critiques.
Dans l’espace exigu de l’ambulance, l’infirmière et la technicienne ambulancière paramédicale prodiguent des soins à une patiente atikamekw qui ne parle que peu français ou anglais et dont l’état s’aggrave soudainement durant le transport.

Trois heures de route, dont la moitié sur un chemin forestier sans signal cellulaire, séparent Manawan et l’hôpital le plus proche. Dans l’espace exigu de l’ambulance, l’infirmière et la technicienne ambulancière paramédicale prodiguent des soins à une patiente atikamekw qui ne parle que peu français ou anglais et dont l’état s’aggrave soudainement durant le transport. 

Tel est le scénario auquel les étudiantes et étudiants en sciences infirmières de l’Université de Montréal seront bientôt soumis grâce à une simulation immersive en réalité virtuelle. Cette simulation a été conçue par le Centre d’expertise en simulation en santé de la Faculté des sciences infirmières (FSI) de l’UdeM en collaboration avec des partenaires autochtones (dont Sandro Echaquan, professeur adjoint de clinique à la faculté, et Marie-Claude Lameboy, conseillère crie en soins infirmiers), une équipe de techniciens ambulanciers paramédicaux et techniciennes ambulancières paramédicales (TAP) de l’entreprise Paraxion et le Centre de pédagogie universitaire de l’UdeM. Ce projet, qui a nécessité plus d’un an de travail, a vu le jour dans le contexte de la création de deux nouveaux microprogrammes de premier cycle en santé autochtone.

Des microprogrammes comme tremplin

Depuis 27 ans, Sandro Echaquan est infirmier dans sa communauté de Manawan. En côtoyant de nombreuses infirmières, autochtones ou non, il a pu constater la rareté des formations offertes pour mieux soigner les membres des communautés des Premiers Peuples. «Il existait quelques formations au privé, mais j’avais une vision à long terme, soit de mettre sur pied des formations universitaires créditées qui pourraient éventuellement mener à un baccalauréat, à une maîtrise ou, qui sait? à un doctorat», relate-t-il.  

Professeur à la FSI depuis 2021, il est à l’origine de deux microprogrammes de premier cycle en santé autochtone, adaptés aux réalités et aux besoins de ces communautés éloignées ou en milieu urbain. S’adressant d’abord aux infirmières et infirmiers désireux de pratiquer en dehors des grands centres, ces microprogrammes, donnés en formule hybride, peuvent devenir «une porte d’entrée pour le baccalauréat en sciences infirmières – formation intégrée DEC-BAC», souhaite Marjolaine Héon, vice-doyenne aux études de premier cycle à la faculté. Les deux microprogrammes, créés grâce à un financement du ministère de l’Enseignement supérieur du Québec, seront offerts à partir de la session d’hiver 2027 et les inscriptions seront ouvertes dès juin prochain.

De la prévention aux soins

Le microprogramme en santé communautaire de 14 crédits vise à outiller le personnel infirmier pour travailler en promotion de la santé et agir sur les déterminants sociaux de la santé (logement, sécurité alimentaire, maladies chroniques, etc.). Le microgramme en soins critiques de 15 crédits, quant à lui, forme à une pratique autonome dans les soins d’urgence ou intensifs – incluant l’accompagnement en transport d’urgence. En effet, dans les communautés éloignées, les infirmières et infirmiers jouent un rôle de premier plan. «Ils sont souvent les seuls professionnels sur place; ils assurent la garde le soir, la nuit, la fin de semaine», note Sandro Echaquan. 

Conçus en parallèle de la refonte du Référentiel de compétences des infirmières et infirmiers dans les communautés Premières Nations du Québec de la faculté, ces deux microprogrammes ont été élaborés en collaboration avec des infirmières et infirmiers experts autochtones et alliés, de même qu’un comité-conseil qui réunit des personnes autochtones et alliées issues d’organisations clés de communautés des Premiers Peuples et de la santé. «Il était important d’intégrer les connaissances et la vision des gens de ces milieux et de reconnaître le contexte particulier autochtone, dans la continuité de l’adoption du Principe de Joyce par la faculté», souligne Sandro Echaquan. Les formations sont notamment modulées dans le respect du calendrier qui rythme la vie des communautés autochtones.

Un outil d’apprentissage immersif et collaboratif

Ce sont les conseillères de formations en laboratoire d’enseignement Catherine Roussel et Stéphanie Carrier-Corbeil qui ont eu l’idée de la simulation de transport en ambulance, qui répond à plusieurs besoins sur le plan de la formation pour ce qui est à la fois du transport d’urgence et du travail interprofessionnel qu’il demande et de la sécurisation culturelle en contexte autochtone. La simulation peut être vécue avec un casque de réalité virtuelle ou suivie sur ordinateur pour les personnes à distance. «Nous avons choisi la modalité de la simulation virtuelle parce que nous trouvions que l’environnement était un important élément d’apprentissage dans le contexte», raconte Stéphanie Carrier-Corbeil. De fait, l’environnement exigu de l’ambulance, où il faut assurer sa propre sécurité comme celle du patient, pose des défis particuliers.

Le scénario, qui dure une quarantaine de minutes, a par ailleurs été coconstruit avec des experts de contenus autochtones et des TAP de Paraxion, la plus grande entreprise privée de services préhospitaliers d’urgence au Québec, et avec le soutien du Centre de pédagogie universitaire de l’UdeM. Le tournage s’est déroulé dans la communauté de Manawan, d’où est originaire Sandro Echaquan. «Nous voulions tourner dans la communauté, avec des acteurs autochtones, pour bien représenter leur réalité», évoque Stéphanie Carrier-Corbeil. C’est ainsi que la cousine de Sandro Echaquan, Jacinthe Petiquay, elle-même infirmière, joue le rôle de la patiente et sa propre fille, Martha, celui de la fille de la patiente.

La collaboration interprofessionnelle faisait partie intégrante du projet. Si la première partie de l’immersion se déroule du point de vue de l’infirmière, la deuxième adopte celui de la technicienne ambulancière paramédicale à bord de l’ambulance. Le scénario sera utilisé pour former autant le futur personnel infirmier que les TAP et illustre l’importance de travailler main dans la main. «Nous n’avions pas de réseau cellulaire pendant une bonne partie de la route et donc aucun moyen de joindre un médecin. Il faut alors travailler en équipe et mettre en place les bonnes stratégies pour stabiliser la patiente», affirme Stéphanie Carrier-Corbeil. 

En plus de figurer dans le microprogramme en soins critiques, la simulation sera mise à profit dans tous les cours de soins critiques de la faculté. «Ça reste des apprentissages utiles dans la carrière, d’autant plus que le manque de formation peut avoir des conséquences importantes sur la sécurité et la santé du patient lors d’un transport», conclut Stéphanie Carrier-Corbeil.

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