Un projet pédagogique pour repenser la cour d’honneur

En 5 secondes À l’initiative d’une professeure de l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage, des équipes étudiantes ont imaginé la revitalisation de la cour d’honneur du pavillon Roger-Gaudry.
Projet Réalités multiples du campus. Travail réalisé par Ariane Lee, Catherine Thibodeau et Ines Thomas.

Riche de son histoire géologique, de ses transformations humaines successives et de son caractère symbolique et patrimonial, la cour d’honneur du pavillon Roger-Gaudry offre un terrain d’exploration privilégié pour repenser les relations entre architecture et paysage, montagne et ville.  

C’est cette complexité qui a séduit Shabnam Rahbarbehbahani, professeure à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal, pour son cours Atelier 1: paysages de proximité (APA 6508), où elle a demandé à ses classes d’élaborer des propositions d’aménagement pour ce lieu. L’exercice a permis aux équipes d’appliquer leur créativité et leurs connaissances à un endroit réel en imaginant comment il pourrait être réinventé. 

Les projets devaient refléter une lecture attentive et critique du paysage existant, dans une logique de médiation plutôt que de domination. Les équipes étaient ainsi appelées à sélectionner, hiérarchiser et interpréter les éléments de la cour d’honneur qu’elles jugeaient les plus significatifs afin de composer des propositions soucieuses des identités multiples du lieu tout en répondant à des enjeux bien concrets. 

Quelques contraintes 

L’atelier a permis de mettre en lumière des contraintes souvent sous-estimées de la cour d’honneur, notamment l’ensoleillement inégal, les zones ombragées, la forte exposition au vent ou encore la complexité d’un lieu qu’on imagine spontanément symétrique.  

«Ces réalités géophysiques imposent des limites claires aux ambitions de verdissement et obligent à repenser les formes, les usages et même la symbolique de la cour d’honneur», note Pierre-Luc Tranclé-Armand, architecte paysagiste et chargé de projet à la Direction des immeubles de l’UdeM invité à critiquer les projets étudiants. 

Pour Shabnam Rahbarbehbahani, s’attaquer à cette portion du campus de la montagne demande un changement de posture fondamental. «Le campus possède une réalité très changeante, avec de nombreux chantiers, en plus de la vie étudiante, estime la professeure. L’aménagement doit pouvoir traduire cette mouvance et s’y adapter. C’est d’ailleurs cette réalité qui a guidé une équipe vers la création d’un paysage inachevé.» 

Des idées structurantes 

Les sept projets réalisés par les équipes étudiantes ont révélé une grande diversité d’angles d’attaque. Une équipe s’est concentrée sur la gestion de l’eau, un élément crucial dans un contexte de changements climatiques. Ce projet ne se limitait pas à des solutions techniques – sols perméables, bassins de biorétention, etc. –, il cherchait aussi à valoriser la dimension symbolique de la composante, en intégrant un miroir d’eau qui reflète la grande tour du pavillon Roger-Gaudry. 

Une autre équipe a travaillé sur la notion de connexion: entre le campus et ses usagers, mais aussi entre le campus et la montagne ou encore entre le campus et le quartier environnant. L’objectif était de proposer un aménagement appropriable, capable de renforcer les sentiments d’appartenance et de continuité territoriale. 

Une équipe a cherché à «révéler l’invisible», c’est-à-dire mettre de l’avant l’histoire enfouie, le patrimoine discret, les couches de sens qui structurent le paysage sans toujours se donner à voir. Des étudiants et étudiantes ont plutôt choisi d’aborder le campus comme un paysage politique, de la primauté de l’automobile à une attention renouvelée portée aux écosystèmes. 

«Trouver une juste mesure entre la valorisation de l’axe monumental du campus principal et la réponse aux enjeux écologiques s’est révélé être un exercice délicat, mais particulièrement fécond sur le plan pédagogique», indique Shabnam Rahbarbehbahani. 

Si les propositions étudiantes ne sont pas destinées à être réalisées, elles constituent tout de même un réservoir d’idées susceptibles d’alimenter des projets professionnels, croit Pierre-Luc Tranclé-Armand. 

Cette logique de collaboration plutôt que de silos habite également Shabnam Rahbarbehbahani. «Cet atelier illustre la pertinence d’un maillage accru entre l’enseignement, la recherche et la gestion institutionnelle», conclut la professeure. 

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