Cannabis: quel profil ont les adultes dont le risque de dépendance est faible?

En 5 secondes Une équipe de recherche invite à un changement de regard en s’intéressant à des usages du cannabis souvent invisibilisés par les approches dominantes centrées sur le risque et la problématisation.
Selon Guillaume Dubé, les consommateurs à faible risque de dépendance ressemblent davantage aux non-consommateurs qu'aux consommateurs à risque élevé.

Une nouvelle étude dirigée par Marie-Pierre Sylvestre, professeure à l'École de santé publique de l'Université de Montréal, examine la consommation de cannabis quatre à cinq ans après la légalisation canadienne en adoptant une perspective différente: plutôt que de se concentrer uniquement sur les cas à risque ou associés à des problèmes, elle met au jour les profils sociodémographiques, de santé mentale et d'habitudes de vie de ceux et celles qui présentent un faible risque de trouble lié à l'usage du cannabis (TUC). 

L’équipe de recherche a analysé les données de 731 adultes québécois âgés d'environ 35 ans. Les résultats montrent que, parmi les 44 % de participants ayant consommé du cannabis au cours de la dernière année, 63 % avaient un faible risque de souffrir d’un TUC.

Des profils distincts selon le risque

L'étude, dont Guillaume Dubé est l'auteur principal, a permis de relever des différences marquées entre les groupes. «Les consommateurs à faible risque de dépendance ressemblent davantage aux non-consommateurs qu'aux consommateurs à risque élevé, explique Guillaume Dubé. Ces derniers sont plus souvent des hommes, ont des niveaux d'éducation moindres et sont davantage aux prises avec des problèmes de santé mentale, notamment l'anxiété.» 

Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l'UdeM et coauteur de l'étude, souligne l'importance de ces découvertes: «Cette recherche appuie un changement d’attitude et de regard: au lieu de nous intéresser presque exclusivement aux profils de consommation à risque ou associés à des problèmes, penchons-nous sur un volet trop souvent délaissé, voire occulté, c’est-à-dire les usages non problématiques du cannabis.»

L’un des facteurs bénéfiques: la consommation occasionnelle

Sans surprise, la fréquence de consommation demeure le facteur le plus fortement associé au risque élevé de TUC. Cependant, l'étude révèle que d'autres facteurs de risque pourraient jouer un rôle important, comme la consommation simultanée de cannabis et de tabac et le tabagisme en général ainsi que les symptômes d’anxiété. L’étude indique aussi que la consommation de cannabis dans un contexte social, plutôt qu’en solitaire, est associée à un risque plus faible de TUC. 

Après avoir pris en compte divers facteurs dans son analyse, l’équipe de recherche a aussi mis en exergue que les femmes et les personnes qui consomment simultanément du cannabis et de l'alcool étaient plus susceptibles d'avoir une consommation à faible risque. 

«Nous avons également observé que les personnes qui consommaient de l’alcool et du cannabis simultanément avaient un risque plus faible de TUC que celles qui consommaient le cannabis sans alcool. Cela peut paraître surprenant, mais nous avons émis l’hypothèse que, lorsque ces deux substances sont consommées en même temps, c’est qu’elles le sont dans un contexte social, qui est le véritable facteur bénéfique. Ça reste cependant à démontrer», mentionne Guillaume Dubé. 

À l’inverse, la consommation de tabac et de cannabis est un facteur de risque important qui différencie les consommateurs à risque élevé de ceux à faible risque.

Politiques publiques: cesser de démoniser le cannabis

Marie-Pierre Sylvestre insiste sur les implications concrètes de l’étude: «Nos résultats soulignent l'importance des stratégies de réduction des méfaits et d'une éducation fondée sur des données probantes pour les politiques liées au cannabis.» 

L'équipe recommande que les campagnes de santé publique fournissent une information factuelle sur les effets potentiels du cannabis, tant positifs que négatifs. 

«Tout comme l’alcool, le cannabis est consommé depuis l’aube de l’humanité. La consommation de substances psychoactives comporte des risques, peu importe la substance. Pour les adultes qui souhaitent consommer du cannabis, il existe des pratiques pour en maximiser les bienfaits et réduire ces risques», conclut Guillaume Dubé.

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