Gare aux pièges à scarabées japonais

En 5 secondes Conçus pour lutter contre l’espèce envahissante, ces dispositifs capturent aussi des insectes bénéfiques. Une étude révèle le coût caché de cette solution pas si inoffensive que ça.
Un scarabée japonais sur un tagète

Le scarabée japonais (Popillia japonica) est l’un des insectes envahissants les plus redoutés en Amérique du Nord. Introduit accidentellement au début du 20ᵉ siècle, il sévit aujourd’hui jusqu’à Vancouver et au-delà des Alpes. 

Particulièrement polyphage (on le sait friand de plus de 300 espèces de plantes et d’arbres), cet insecte ravage les cultures et les jardins, au point d’avoir inspiré une panoplie de stratégies de lutte.  

Parmi elles, les pièges combinant phéromones sexuelles et composés floraux sont largement utilisés tant par les agriculteurs que par les particuliers. Simples, peu coûteux et sans insecticide, ils semblent incarner la solution écologique idéale. 

Mais une récente étude menée par Simone Aubé, alors étudiante dirigée par Jacques Brodeur, écologiste et professeur au Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal, invite à regarder de plus près ce qui se prend réellement dans ces pièges et leurs effets sur la biodiversité. 

Des conséquences à différents échelons

Dans cette étude, l’équipe de recherche a quantifié l’abondance et la diversité des pollinisateurs et des coléoptères nécrophages – ceux qui se nourrissent d’organismes morts et qui contribuent au recyclage de la matière organique, mais qui sont encore peu étudiés.  

Ces insectes ont été capturés par accident dans des pièges installés sur les terres de 20 fermes d’une région agricole du sud du Québec. À partir de 360 échantillons de pièges collectés entre juin et septembre derniers, l’équipe a analysé la variation des prises accessoires en fonction de la saison, de l’abondance des scarabées japonais, de la composition du paysage et des conditions météorologiques. 

Les résultats montrent que les pollinisateurs étaient capturés accidentellement surtout en début de saison, notamment dans les fermes qui pratiquent une agriculture très intensive ou qui sont entourées majoritairement de milieux naturels. Ces captures augmentaient aussi lorsque les températures étaient élevées et l’humidité faible. 

En revanche, les insectes nécrophages étaient capturés en plus grand nombre à la fin août. Ils étaient plus abondants lorsque le temps était frais et pluvieux, et dans des fermes où l’agriculture était d’intensité moyenne.  

«D’une part, les pollinisateurs sont attirés par les odeurs florales qui émanent des pièges. D’autre part, les pièges deviennent attirants pour les nécrophages lorsqu’ils sont saturés de cadavres de scarabées, en raison de l’odeur de décomposition qui s’en dégage. À titre indicatif, on peut trouver de 5000 à 6000 scarabées par semaine dans un seul piège», explique Jacques Brodeur, ex-titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biocontrôle. 

Repenser la lutte contre les espèces envahissantes

À la lumière de ces résultats, l’équipe de recherche ne plaide pas pour autant en faveur d’un abandon des pièges à phéromones, mais pour une utilisation plus réfléchie et encadrée de ces dispositifs. Les auteurs recommandent notamment d’en éviter la pose en début d’été, lorsque les pollinisateurs sont très actifs, d’autant plus que les scarabées apparaissent plus tard dans la saison. 

Pour réduire l’attrait des pièges pour les espèces pollinisatrices (et essentielles aux écosystèmes), l’équipe propose aussi d’éviter les pièges de couleur jaune ou blanche et ceux qui contiennent du géraniol, un composé floral dont elles raffolent. 

«Les pièges fonctionnent très bien en milieu agricole lorsqu’ils sont installés en grand nombre, en périphérie des cultures contre les vents dominants. Mais ils sont peu recommandés dans les jardins des particuliers», ajoute le chercheur. 

Plus largement, l’étude rappelle une leçon fondamentale en écologie: intervenir sur un système complexe entraîne presque toujours des conséquences inattendues. 

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