Quand on pense aux défis vécus par les enfants ayant un trouble développemental du langage, on imagine spontanément des difficultés à parler, comprendre ou raconter. On pense beaucoup moins à leurs effets sur la vie sociale. Pourtant, dès le préscolaire, certains enfants ont besoin de plus de soutien pour trouver leur place parmi les autres parce qu’ils présentent des problèmes liés au développement du langage.
C’est ce constat qui a motivé une étude réalisée par Marylène Dionne et Stefano Rezzonico, respectivement professeure adjointe de clinique et professeur agrégé à l’École d'orthophonie et d'audiologie de l’Université de Montréal. Menée auprès de 63 enfants âgés de trois à cinq ans qui avaient le français comme langue dominante et qui fréquentaient des garderies montréalaises, l’étude comprenait 12 enfants désignés comme étant à risque de présenter un trouble développemental du langage. Ce trouble, qui concerne environ sept pour cent des enfants à leur entrée à l’école, touche principalement le développement du langage, sans être expliqué par une autre condition biomédicale comme une surdité ou une déficience intellectuelle. «C’est un trouble qui touche la prononciation, le vocabulaire, la structure des phrases, la compréhension, mais aussi l’utilisation sociale du langage», précise l’orthophoniste Marylène Dionne.
Les enfants ont été invités à raconter un fait vécu. Ils ont été évalués à l'aide de mesures du vocabulaire, de la morphosyntaxe, des compétences pragmatiques et des capacités narratives, tandis que les éducatrices ont rempli un questionnaire destiné à mesurer leurs compétences sociales. Les chercheurs ont ainsi voulu comprendre comment le langage influence la compétence sociale dès la petite enfance. Ils ont découvert que les enfants à risque de présenter un trouble développemental du langage ne sont pas plus agressifs, n’ont pas plus de comportements d’opposition ni ne sont moins prosociaux que leurs pairs. Mais ils sont plus dépendants des adultes dans leurs interactions sociales. Ils ont aussi découvert que ce sont les habiletés à participer aux conversations et à raconter un fait vécu qui sont les plus associées à la compétence sociale chez les jeunes enfants.