Centre de simulation en pharmacie: une expérience formative hors du commun

En 5 secondes La Faculté de pharmacie de l’UdeM plonge ses étudiants au cœur de pharmacies simulées pour les préparer aux défis de la pratique professionnelle et aux rôles grandissants du métier.
L'intérieur d'une pharmacie, avec un comédien et une comédienne à l'œuvre.

«Il est 15 h. Vous êtes l’équipe de soir qui prend le relais de l’équipe de jour. Tout s’est bien passé dans la journée, jusqu’à ce qu’un imprévu vienne perturber la chaîne de travail…» 

On pourrait croire qu’il s’agit là du discours d’un patron d’une pharmacie qui informe son équipe du déroulement de son quart de travail à venir. Or, il est en réalité 9 h et nous sommes au pavillon Jean-Coutu de l’Université de Montréal, le quartier général de la Faculté de pharmacie. 

Une cohorte étudiante s’apprête à entrer dans le Centre de simulation Pharmaprix, une installation qui reproduit fidèlement trois pharmacies. Officiellement ouvert l’automne dernier, ce centre plonge la communauté étudiante du doctorat de premier cycle en pharmacie (Pharm. D.) et du programme de qualification en pharmacie (QeP) dans une expérience formative unique. 

Tout y est: de véritables médicaments en vente libre et d’ordonnance, des ordinateurs contenant les dossiers des patientes et des patients, des imprimantes pour les étiquettes, des télécopieurs, des téléphones qui sonnent, etc. 

Mais surtout, des comédiennes et des comédiens incarnant des patientes et des patients… pas toujours patients justement: tantôt une femme exaspérée par la «lenteur» des opérations, tantôt un homme qui se présente pour sa mère âgée, puis une autre qui prend bruyamment ses appels personnels dans la salle d’attente. 

Les apprenantes et les apprenants ont 20 minutes pour décortiquer au mieux les situations et offrir un service adéquat. On les voit alors discuter entre eux, s’entraider, valider les informations auprès de la patientèle, poser des questions sur leurs symptômes, vulgariser les recommandations. 

«Du moment qu’on commence la simulation, on entre vraiment dans le personnage», partage Camille Thibodeau, étudiante en troisième année du Pharm. D et présidente de l’Association des étudiant.e.s en pharmacie de l’Université de Montréal (AÉPUM). «On a l’impression d’être à la pharmacie, et le stress tombe quasi immédiatement. C’est très réaliste et ça nous permet de pratiquer dans un environnement “sécuritaire”. En 20 minutes, on ne peut pas tout régler les problèmes de la pharmacie, donc il faut vraiment apprendre à prioriser les actions pour s’assurer que les patients sont bien pris en charge.» 

Une activité formative complète

Non évaluée, cette expérience est l’occasion de mettre en pratique les apprentissages cliniques et d’être exposé à des enjeux éthiques et de confidentialité, par exemple. Elle permet aussi de développer un savoir-être nécessaire en pharmacie: leadership, travail d’équipe, priorisation, gestion de crise, tolérance aux imprévus, communication, empathie. 

Le déroulement de ces scénarios est observé par des instructrices et des instructeurs dans les salles même, mais également dans une salle de contrôle attenante, puisque les pharmacies simulées sont munies de caméras et de microphones. 

«On est confrontés à des situations où on n’a aucune idée comment réagir, c’est un excellent moment pour apprendre», ajoute Florence Lipp, étudiante en deuxième année du Pharm. D. «Puisque ce n’est pas noté, c’est moins déstabilisant, et les actrices et acteurs sont vraiment doués. L’ambiance y est, on a vraiment l’impression qu’il s’agit de la vraie vie.» 

Après l’activité immersive, les personnes étudiantes assistent à un débreffage. Les instructrices et les instructeurs les questionnent alors sur ce qui s’est bien passé, leur ressenti, les améliorations potentielles, les enjeux abordés. 

«C’est la portion la plus pertinente, estime Camille Thibodeau. En pharmacie communautaire, on a rarement le temps de faire une rétroaction et une introspection. C’est agréable de pouvoir discuter de ce qui nous a plus stressés ou choqués, et d’ensuite voir comment on peut apprendre de cette expérience et aller plus loin.» 

À l’avant-garde

Rendue possible grâce à la générosité de Pharmaprix dans le cadre de la campagne philanthropique L’heure est brave, cette activité pédagogique est chapeautée par Claude Mailhot et Francis Richard, professeurs à la Faculté de pharmacie de l’UdeM, et Jérôme Tousignant, responsable de la simulation immersive. 

En mettant sur pied ce projet, l’équipe désirait bonifier la formation des futurs pharmaciens et pharmaciennes afin de mieux les préparer aux responsabilités qui les attendent, sachant que le rôle de ces professionnels est en plein essor. Rappelons que le projet de loi 67, adopté en novembre 2024, modifie le Code des professions et accroît notamment l’autonomie des pharmaciennes et des pharmaciens. 

«Les actes professionnels autorisés aux pharmacies évoluent et vont prochainement être encore plus élargis. On souhaitait en faire plus pour la population, que le pharmacien soit prêt à devenir un clinicien de première ligne. Par exemple, il lui sera bientôt possible de prescrire la médication pour des otites moyennes ou des pharyngites», illustre Francis Richard. 

Claude Mailhot ajoute que la Faculté de pharmacie se voulait ainsi «proactive», en mettant en place des modalités d’apprentissage novatrices. 

Une bonification en plusieurs volets

Le Centre de simulation Pharmaprix s’inscrit dans une vision plus large d’amélioration de la formation des pharmaciennes et pharmaciens de demain. Cet ajout vient compléter les laboratoires de pratique professionnelle qui incluent déjà 25 bureaux de consultation pharmaceutique, des activités de simulation virtuelle, un projet de simulation interprofessionnelle à distance (sous la responsabilité de la professeure Yvonne Khamla), ainsi qu’une salle de découverte du milieu hospitalier (chapeautée par la professeure Katherine Desforges). 

Cette dernière salle est pensée pour les cohortes étudiantes de deuxième année, avant leur premier stage clinique en milieu hospitalier. Elle sert à les familiariser avec une unité de soins et inclut une chambre d’hôpital et un poste infirmier. On y apprend par exemple à identifier les différentes sources d’informations concernant le patient (problèmes de santé, médication, allergies, signes vitaux, résultats des tests de laboratoire, etc.). 

«La Faculté de pharmacie était déjà excellente à l’échelle clinique, du point de vue du traitement des problèmes de santé. Mais avec toutes ces installations, on arrive maintenant en stage bien mieux préparés», croit Camille Thibodeau. 

Un renforcement des activités expérientielles qui vise à consolider les habiletés et les compétences des diplômés de manière à les préparer adéquatement aux nouveaux défis professionnels, résume Claude Mailhot. 

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