Soins infirmiers: quand les coulisses des soins intensifs se dévoilent en bande dessinée

En 5 secondes Une bande dessinée documentaire de près de 100 pages plonge le lecteur dans les unités de soins intensifs pour mettre en lumière la prise de décision des infirmières et des infirmiers.
Réalisé avec une grande rigueur factuelle, l'ouvrage plaira tant au grand public qu'aux étudiantes et étudiants en sciences infirmières.

Milieu de soirée, à l’unité des soins intensifs d’un hôpital près de chez vous. Un moniteur s’affole, c’est celui d’un patient qui vient de subir une chirurgie cardiaque. Une infirmière scrute les chiffres, évalue le débit des drains sous succion, consulte le dossier et prend une décision.  

Cette réalité complexe, invisible au grand public, est au cœur d’une bande dessinée documentaire en vente depuis le 30 mars aux Presses de l’Université de Montréal, dans la collection Enquêtes Scientifiques dirigée par la professeure Laurence Monnais et la vice-rectrice Valérie Amiraux.  

L’œuvre est le fruit des travaux d’une équipe multidisciplinaire de l’UdeM réunissant Patrick Lavoie, professeur à la Faculté des sciences infirmières, Virginie Tessier, professeure à l’École de design, Emily Landry-Lajoie, chargée de cours en scénarisation, et Karim Aktouf, ingénieur et artiste – une équipe qui a choisi l’art pour partager la science. 

L’idée découle des travaux de recherche de Patrick Lavoie sur la formation à la prise de décision clinique. Son équipe a mené des entretiens approfondis avec 39 infirmières et infirmiers comptant en moyenne 15 ans d’expérience en chirurgie cardiaque, leur demandant de raconter des situations vécues – des plus routinières aux plus critiques.  

L’angle retenu aborde les complications hémorragiques, un moment où chaque minute compte et où les décisions se prennent dans un environnement souvent imprévisible. 

Cette démarche visait à améliorer la formation de la prochaine génération d’infirmières et d’infirmiers. En ancrant l’analyse dans des récits authentiques plutôt que dans des scénarios simulés, l’équipe cherchait à cerner ce que les manuels scolaires ne parviennent pas à rendre, soit la réalité du travail clinique aux soins intensifs. 

Un écosystème qui façonne les décisions

Les résultats de ce projet de recherche vont à l’encontre d’une idée reçue selon laquelle la prise de décision relèverait d’une logique purement cognitive et indépendante du contexte.  

Les entretiens ont révélé l’inverse. «Un saignement à l’hôpital A n’est pas pareil à celui à l’hôpital B parce que leurs équipes respectives n’ont pas accès aux mêmes ressources, aux mêmes tests et aux mêmes laboratoires, sans parler des règles non écrites», explique Patrick Lavoie. «Ce que les infirmières et infirmiers expérimentés portent en eux n’est pas qu’un savoir technique: c’est une intelligence du milieu, forgée au fil des années dans un environnement précis, avec des collègues précis, selon des façons de faire souvent non dites.»

Des animaux en salle d’opération

Pour transposer en images l’action, les émotions et le contexte qui donnent à une décision clinique sa véritable signification, l’équipe a choisi un visuel original: les professionnelles et professionnels de la santé y sont représentés par des animaux anthropomorphes, c’est-à-dire aux allures humaines. 

Les infirmières et infirmiers sont incarnés par des renards, les chirurgiens par des lions, le personnel de soutien par des castors et les ambulanciers par des loutres. Ce choix n’est pas qu’esthétique «Ça permet de cerner rapidement les dimensions psychologiques des personnages», précise Karim Aktouf. 

«Ça évite aussi que l’on associe ou identifie une personne spécifique tout en permettant une plus grande immersion», ajoute Virginie Tessier. 

En attribuant un animal à chaque rôle, l’équipe de création permet aux lectrices et lecteurs de situer d’emblée les personnages sans avoir recours à des explications supplémentaires. L’anonymat des professionnelles et professionnels dont les histoires ont inspiré la bande dessinée est par ailleurs préservé. 

Ce choix confère à l’ensemble une identité visuelle particulière, tout en maintenant une certaine distance symbolique. Le lectorat n’est pas convié à épier des individus réels, mais à comprendre un système.

Une fidélité documentaire exigeante

Cette bande dessinée se distingue aussi par sa rigueur factuelle. D’abord, la scénariste Emily Landry-Lajoie a dû transformer des données de recherche en un récit cohérent et accessible, sans en trahir la substance. C’est de ce travail que sont nés les scènes et les dialogues qui structurent l’œuvre. 

Quant à Karim Aktouf, il a assisté à l’ensemble du processus menant à une chirurgie cardiaque – y compris une opération à cœur ouvert – non seulement afin de documenter visuellement l’entièreté du déroulement et de s’assurer que chaque détail et objet significatifs soient exacts, mais également pour prendre et sentir le «pouls» d’un évènement aussi extraordinaire.  

«La véracité des situations transposées en dessins était importante pour moi: les chiffres, les points du pacemaker, le nombre de battements du cœur par minute», souligne le dessinateur. 

Les moniteurs dessinés autour des patients affichent des données cliniques contextualisées et réalistes.  

«Des professionnels, des patients et des représentants du public ont été invités à vérifier une version préliminaire de la bande dessinée pour s’assurer de la véracité du récit, ajoute Patrick Lavoie. Cette validation externe garantit que l’œuvre peut être lue avec confiance, autant par le grand public que par un professionnel de la santé.» 

En faisant de l’exactitude une exigence artistique autant que scientifique, l’équipe a voulu éviter l’écueil de la vulgarisation approximative.  

Trois publics, un même objectif

Totalisant près de 100 pages, l’ouvrage s’adresse à trois types de lectrices et lecteurs aux besoins distincts.  

Pour le grand public, il constitue une fenêtre sur un univers fermé. «Des chirurgies cardiaques, ça se passe derrière des portes closes, on voit rarement avec autant de détail quelle est la trajectoire que suit un patient», souligne Patrick Lavoie. Patients, proches et curieux pourront ainsi comprendre ce qui se passe concrètement lors d’une telle intervention. 

La bande dessinée vise également à faire reconnaître l’expertise infirmière, dont la profondeur demeure largement ignorée en dehors du milieu. En donnant à voir la complexité des décisions que ces professionnelles et professionnels prennent quotidiennement, l’équipe création espère contribuer à une meilleure valorisation d’une profession aux prises avec des défis de recrutement et de rétention importants. 

Enfin, l’œuvre est appelée à devenir un outil pédagogique dans les formations universitaires en soins infirmiers, notamment dans les cours portant sur la prise de décision en contexte de soins intensifs.

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