«Être ours, c’est être fort»

En 5 secondes Une toute nouvelle œuvre de l’artiste atikamekw Eruoma Awashish a été dévoilée le 12 mars au pavillon 2101, boulevard Édouard-Montpetit.
L’artiste atikamekw Eruoma Awashish devant son œuvre.

Puiser dans la force de l’ours, s’inspirer du territoire. Dans ce diptyque peint par l’artiste atikamekw Eruoma Awashish, deux ours se font face, enracinés dans la forêt. «Le territoire, c’est central. En atikamekw nehirowimowin [langue atikamekw], notcimiw veut dire “dans la forêt”, mais aussi “là d’où je viens”. C’est là où se trouve tout ce dont on a besoin, les Premières Nations, mais aussi toute l’espèce humaine», a-t-elle expliqué au dévoilement de l’œuvre le jeudi 12 mars.

Le diptyque est né de la rencontre de deux projets, soit le Jardin des Premiers Peuples de l’Université de Montréal – financé par le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie – et la volonté des Services à la vie étudiante de donner une voix aux personnes autochtones dans l’espace où se trouvent le Centre de santé et de consultation psychologique et le Centre étudiant de soutien à la réussite. «Cette œuvre vise à célébrer et à mettre en valeur les cultures autochtones tout en offrant un lieu d’expression aux étudiantes et étudiants issus des Premiers Peuples à l’UdeM», a indiqué la directrice de la section Accueil et intégration aux Services à la vie étudiante, Isabelle Brasseur.

C’est le professeur honoraire de la Faculté de médecine Pierre Haddad et Chantal Levesque, chargée de cours à la Faculté de l’apprentissage continu et instigatrice du Jardin des Premiers Peuples, qui ont demandé au Centre étudiant des Premiers Peuples de participer à cette initiative. Le diptyque s’ajoute ainsi à plusieurs autres œuvres et aménagements présents sur le campus de la montagne, mais également au centre de la petite enfance, à l’École de santé publique et au campus de l’UdeM en Mauricie, au CHUM et aux centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal et de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec. 

Ces créations, comme les activités qui ont été organisées depuis 2022 en coconstruction avec les Premiers Peuples, notamment avec des porteurs de savoirs et des aînés, soulignent la complémentarité des approches de soins générales et traditionnelles. «Les œuvres d’art, comme les jardins et les outils [dont le guide Double regard ou encore les fiches sur les plantes médicinales utilisées traditionnellement par les Premiers Peuples qui ont été répertoriées sur les campus], pérennisent en quelque sorte ce que nous avons pu mettre en place et mettent de l’avant les savoirs et les médecines traditionnelles autochtones», a déclaré Pierre Haddad.

Cultiver le bien-être

En plus de valoriser l’art et les cultures des Premiers Peuples dans un lieu de passage des étudiants, autochtones comme non autochtones, cette œuvre est le résultat d’un processus de consultation avec eux. En effet, la communauté étudiante des Premiers Peuples a été invitée à transmettre ses idées au cours de trois consultations animées par l’artiste wendate Mélanie Savard. Des membres de différents groupes et nations comme des allochtones ont échangé durant cette série de rencontres. «Les participantes et participants étaient vraiment très motivés. Ils souhaitaient mettre de la vie dans cet environnement et rappeler l’importance de la guérison et du soutien entre les personnes», a raconté Mélanie Savard. 

Eruoma Awashish s’est ensuite inspirée des nombreuses idées évoquées pour concevoir son œuvre. L’ours a rapidement pris une place centrale, invitant à prendre soin de ce qui est autour de soi, mais aussi de soi-même. «Dans le mot “fort” en atikamekw nehirowimowin – mackowisiwin –, il y a le mot “ours”. C’est donc dire qu’être ours, c’est être fort», a-t-elle dit. Dans la tradition orale, l’ours symbolise également la guérison et sa graisse a longtemps été une médecine précieuse pour les Premières Nations.

Le territoire est aussi très présent: «Je voulais représenter le territoire parce que je sais que, lorsqu’on vit en milieu urbain, on se sent parfois loin d’où l’on vient. Mais le territoire nous habite toujours», a-t-elle rappelé. Les fleurs qui poussent dans les mains des ours illustrent finalement l’importance d’agir et de prendre soin de soi, un peu comme les personnes qui fréquentent le Centre de santé et de consultation psychologique et le Centre étudiant de soutien à la réussite des Services à la vie étudiante. «Quand on veut être mieux, quand on veut se guérir, il faut être dans l’action pour cultiver le bien-être», a conclu Eruoma Awashish.

Le diptyque est exposé dans l’entrée du pavillon 2101, boulevard Édouard-Montpetit.

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