Premières Nations: nouveau référentiel de compétences des infirmières

En 5 secondes Le référentiel de compétences du personnel infirmier dans les communautés autochtones est maintenant plus accessible et intègre la vision du patient dans le concept de sécurisation culturelle.
Le Référentiel de compétences des infirmières

Dans la série

Les Premiers Peuples à l'UdeM Article 21 / 21

Le premier Référentiel de compétences des infirmières et infirmiers dans les communautés Premières Nations du Québec de l’Université de Montréal, qui datait de 2017, vient d’être revu.

«Dans les dernières années, de nouvelles définitions du concept de sécurisation culturelle se sont imposées dans la société: nous avons orienté le nouveau référentiel dans cette direction», indique Sandro Echaquan, premier infirmier praticien spécialisé de première ligne autochtone au Québec et professeur adjoint de clinique à la Faculté des sciences infirmières de l’UdeM.

Le document est axé sur la vision du patient. «On se demande comment la personne se sentira à la suite des soins reçus, explique le professeur. Les soins doivent être donnés dans un environnement exempt de racisme et prendre en compte l’histoire de vie de la personne et celle de sa communauté.»

Le nouveau référentiel intègre aussi le concept d’équité en santé. Dans la littérature, on parle beaucoup d’égalité, mais ce n’est pas suffisant, aux yeux de Sandro Echaquan, qui est responsable des soins infirmiers à Manawan, sa communauté.

«On ne part pas tous du même niveau parce qu’il y a des individus plus affectés que d’autres par les déterminants de la santé, mentionne-t-il. C’est pour cette raison qu’il faut atteindre l’équité. Aussi, il faut reconnaître que des biais peuvent influer sur le parcours des soins qu’on donne au patient, comme on l’a vu avec le décès de Joyce Echaquan [sa cousine].»

D’ailleurs, le Référentiel inclut maintenant le Principe de Joyce, qui vise à garantir à chaque Autochtone un droit d’accès équitable et sans discrimination à tous les services sociaux et de santé, ainsi que le droit de jouir du meilleur état possible de santé physique, mentale, émotionnelle et spirituelle. Il requiert obligatoirement la reconnaissance et le respect des connaissances et savoirs traditionnels et vivants des Autochtones relatifs à la santé. Cet énoncé a été rédigé par le Conseil des Atikamekw de Manawan et le Conseil de la Nation Atikamekw à la suite à la mort de Joyce Echaquan, survenue sous une pluie d’insultes racistes en septembre 2020 au Centre hospitalier de Lanaudière.

Quatre compétences 

Pour faciliter la compréhension et l’utilisation du Référentiel, quatre compétences ont été mises de l’avant. La première, c’est l’adoption d’une pratique infirmière culturellement sécuritaire.

«C’est primordial que le patient puisse établir un lien de confiance avec l’infirmière ou l’infirmier alors que les évènements qu'on a connus ont créé un fossé, remarque Sandro Echaquan. Bien des gens dans les communautés autochtones ont peur d’aller consulter une ou un médecin, donc souvent ils ne le feront pas ou le feront tardivement.»

La deuxième compétence est de prodiguer des soins globaux en faisant preuve d’un jugement clinique, éthique et éclairé. «Dans ce volet, il est question notamment de tenir compte des savoirs traditionnels de la communauté, indique-t-il. C’est nouveau et c’est appelé à transformer la pratique infirmière.»

La suivante est de soutenir l’autodétermination de la communauté en matière de santé. «Il faut que le patient soit acteur de ses propres soins», affirme le professeur. 

La dernière est d’optimiser les pratiques collaboratives par du leadership afin de faciliter l’accès aux soins et services. 

Un travail de coconstruction

La refonte, étalée sur un an, a été réalisée en coconstruction par une petite équipe facultaire avec des infirmières atikamekw et allochtones. Sandro Echaquan constate que le travail pour bien comprendre les concepts contenus dans le Référentiel et pour développer les compétences doit se faire des deux côtés.

«Moi, par exemple, j’ai été en quelque sorte colonisé par la profession infirmière, dit-il. L’enseignement est basé sur les sciences infirmières élaborées selon la vision occidentale, alors j’ai dû par la suite me réapproprier les savoirs traditionnels de ma propre culture. Nous avons voulu les intégrer dans le Référentiel pour que les membres de la profession qui sont autochtones puissent faire de même et que les non-Autochtones puissent faire de l’appréciation culturelle afin d’être mieux outillés pour travailler avec les patients autochtones.»

Vers la fin du processus, le travail de refonte a été présenté à des infirmières des autres communautés autochtones et à une guérisseuse atikamekw.

«Dans l’ensemble, l’écho que nous avons reçu est qu’elles se reconnaissaient dans les valeurs véhiculées par le nouveau référentiel, assure Sandro Echaquan. Maintenant, comme il est mentionné dans la dernière compétence, nous invitons les membres de la profession infirmière à devenir des porte-paroles de la sécurisation culturelle et à participer à la formation de leurs pairs pour atteindre l’équité en santé.»

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien d’Annie Pullen Sansfaçon, vice-rectrice adjointe aux relations avec les Premiers Peuples, à l’engagement et aux méthodologies participatives à l’UdeM, du ministère de l’Enseignement supérieur et de Services aux Autochtones Canada.

Consultez le Référentiel de compétences des infirmières et infirmiers dans les communautés Premières Nations du Québec sur le site du Centre d'innovation en formation infirmière et apprentissage professionnel de la Faculté des sciences infirmières de l’UdeM.

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