Victimes de leur propre complexité
Dans un article de synthèse récent, le neurobiologiste et ses collègues font état des connaissances actuelles quant à la vulnérabilité de ces neurones. L’équipe propose une hypothèse surprenante: les neurones dopaminergiques seraient plus vulnérables parce qu’ils sont plus complexes.
Ces cellules possèdent un nombre impressionnant de connexions, jusqu’à plus d’un million, comparativement à quelques centaines pour la plupart des autres neurones dans le cerveau, souligne Louis-Éric Trudeau.
«Elles sont peu nombreuses dans le cerveau, mais elles en contrôlent de grandes parties. Et cette complexité a un coût, elles doivent produire énormément d’énergie pour fonctionner», poursuit le chercheur.
Or, produire de l’énergie a aussi un effet secondaire, soit le stress oxydatif. Ce déséquilibre entre la production de radicaux libres et l’incapacité des antioxydants à les neutraliser fait partie du vieillissement normal. «C’est pour ça que nos cheveux deviennent blancs avec l’âge, parce qu’il y a des cellules qui deviennent oxydées et qui voient leurs propriétés changer avec le temps», fait observer le scientifique.
Ainsi, ce phénomène, naturel mais cumulatif, endommage progressivement les cellules. Au fil du temps, les neurones dopaminergiques semblent subir plus d’oxydation que les autres cellules. Autrement dit, ces neurones pourraient «vieillir plus vite» que les autres.
Une recherche étendue
Si Louis-Éric Trudeau et son équipe cherchent à comprendre comment fonctionnent les neurones dopaminergiques et pourquoi ils dégénèrent dans la maladie de Parkinson, c’est bien pour améliorer le diagnostic de la maladie. «Lorsqu’un patient reçoit un diagnostic de parkinson, il a souvent déjà perdu de 60 à 70 % de ses neurones dopaminergiques. Pour espérer ralentir, voire prévenir, la maladie, il faudrait intervenir bien plus tôt», estime-t-il.
Pour y arriver, les scientifiques s’intéressent par exemple à la ferroptose, une forme de mort cellulaire – qui se distingue de l’apoptose, le «suicide» cellulaire – dans laquelle le fer présent dans les cellules accélère les réactions d’oxydation, ce qui précipite leur destruction.
Les recherches récentes pointent également vers le système immunitaire comme acteur dans la maladie de Parkinson. Des infections virales ou bactériennes pourraient déclencher une inflammation chronique dans l’organisme, y compris dans le cerveau. «Chez certaines personnes, cette réponse inflammatoire pourrait fragiliser davantage les neurones déjà vulnérables», note Louis-Éric Trudeau.
Une autre piste prometteuse vient d’un trouble du sommeil appelé trouble du comportement en sommeil paradoxal. Les personnes qui en sont atteintes «vivent» physiquement leurs rêves, s’agitant et se débattant pendant leur sommeil. Environ 90 % d’entre elles souffriront, au fil des ans, de la maladie de Parkinson ou de la démence à corps de Lewy.
«Un modèle précieux pour mettre au jour des biomarqueurs précoces et tester des traitements avant l’apparition des symptômes moteurs», croit le chercheur.
Un futur optimiste
Pour Louis-Éric Trudeau, les avancées concernant la maladie de Parkinson sont très encourageantes.
«Comparativement à d’autres maladies neurodégénératives, comme la maladie d’Alzheimer, la recherche sur le parkinson avance relativement vite. De nombreux gènes associés à la maladie ont été découverts, offrant des pistes concrètes pour comprendre ses mécanismes et mettre au point des traitements ciblés», indique-t-il.
En parallèle, de nouvelles approches thérapeutiques émergent, notamment la thérapie cellulaire. L’idée est de remplacer les neurones perdus en fabriquant de nouvelles cellules à partir de cellules de peau transformées puis réimplantées dans le cerveau.
Selon le chercheur, en combinant compréhension des mécanismes cellulaires, détection précoce et innovations thérapeutiques, il devient envisageable de ralentir de façon marquée – voire de freiner – l’évolution de la maladie.