Une nouvelle technique de neurostimulation non invasive qui permet d’atteindre les régions profondes du cerveau a été utilisée pour élucider les mécanismes cérébraux de la douleur, ce qui a laissé voir de prometteuses applications cliniques neurologiques et psychiatriques. Les résultats de cette étude, publiés dans le journal Pain, mettent en lumière le potentiel de cette technologie pour sonder les réseaux neuronaux de la douleur avec, en perspective, la mise au point d’interventions cliniques efficaces.
«Jusqu’à récemment, les techniques de neuromodulation comprenaient des méthodes invasives [stimulation cérébrale profonde] et des approches non invasives qui ne permettaient pas souvent d’atteindre les régions profondes du cerveau. C’est le cas en particulier de la stimulation magnétique transcrânienne et de la stimulation transcrânienne par courant continu», explique Oury Monchi, chercheur au Centre de recherche de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (CRIUGM) et professeur au Département de radiologie, radio-oncologie et médecine nucléaire de l’Université de Montréal.
«La stimulation transcrânienne par ultrasons [TUS] se présente comme une solution novatrice, car elle utilise l'énergie de manière non invasive pour cibler plus précisément des régions profondes du cerveau, notamment celles associées à la douleur», poursuit Ali K. Zadeh, premier auteur de l’étude.
L'équipe de recherche a mené un essai expérimental à double insu et contrôlé par placébo auprès de 25 participants en santé âgés de 18 à 40 ans. L'étude visait à évaluer l'effet de la TUS sur différents tests de sensibilité à la douleur en ciblant précisément deux régions du cerveau: le cortex somatosensoriel primaire gauche (S1) et le noyau ventro-postéro-latéral gauche (VPL) du thalamus.
Les résultats révèlent que la stimulation du S1 abaisse significativement le seuil de détection de la douleur thermique et la tolérance à celle-ci du côté opposé à la stimulation, reflétant une sensibilité accrue à la douleur. Parallèlement, le ciblage du S1 ou du VPL a entraîné une diminution bilatérale du seuil de détection de la chaleur non douloureuse. En revanche, aucun changement marqué n'a été observé dans la sensibilité à la douleur mécanique. Ces observations confirment la mobilisation de l'axe S1-VPL dans la composante thermique de la douleur.