On sait désormais comment poussent les feuilles des mousses!

Par UdeMnouvelles
En 5 secondes Une étude révèle que les mousses et l'arabette des dames, petite plante à fleurs, partagent les mêmes principes de croissance des feuilles malgré 400 millions d'années d'évolution séparée.
La formation des feuilles de la mousse et de la plante modèle Arabidopsis thalianarepose sur des dynamiques cellulaires très similaires.

Et si des feuilles d'origines évolutives différentes partageaient les mêmes règles de développement? Une étude publiée dans Science Advances montre que, chez la mousse et la plante modèle Arabidopsis thaliana, appelée communément «arabette des dames», la formation des feuilles repose sur des dynamiques cellulaires très similaires, avec une croissance concentrée à leur base.  

Les scientifiques révèlent aussi que l'auxine, hormone clé du développement végétal, contrôle dans les deux cas la division et l'élongation des cellules, mais par des mécanismes de transport distincts. En mettant en évidence à la fois des convergences et des divergences, ces travaux éclairent la manière dont l'évolution réutilise des principes communs tout en les adaptant à différentes lignées. Une avancée qui améliore notre compréhension des lois fondamentales gouvernant la morphogenèse foliaire des plantes, c'est-à-dire l'ensemble des processus biologiques qui gouvernent la formation et le développement d'une feuille, de l'apparition des premières cellules fondatrices à l'acquisition de sa forme définitive. 

Ces résultats sont le fruit d'une collaboration internationale coordonnée notamment par Daniel Kierzkowski, chercheur à l'Institut de recherche en biologie végétale du Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal. Son laboratoire s'est imposé ces dernières années comme une référence en morphogenèse végétale: ses travaux sur les dynamiques cellulaires qui sous-tendent la forme des organes végétaux ont été publiés dans des revues de premier plan comme Cell, Nature Plants ou Nature Communications.

«Les mousses ont bien des feuilles au sens commun du terme, mais pas au sens botanique strict, explique Daniel Kierzkowski. Les mousses possèdent de petits appendices verts et plats qui ressemblent à des feuilles et remplissent la même fonction: capter la lumière pour la photosynthèse. Mais techniquement, les botanistes les appellent “phyllides” plutôt que “feuilles” pour les distinguer des vraies feuilles des plantes vasculaires.» 

L'étude, parue dans Science Advances et effectuée par Wenye Lin, doctorante dans le laboratoire du professeur Kierzkowski, pose les bases de la compréhension de la morphogenèse foliaire chez la mousse Physcomitrium patens en soulignant à la fois la simplicité anatomique de ses feuilles et leurs surprenantes similitudes morphologiques avec celles des plantes à fleurs.

Une maquette numérique du vivant

Pour mener à bien cette recherche, Daniel Kierzkowski et son équipe ont mis à profit une approche méthodologique de pointe d’imagerie en temps réel en la combinant avec la génétique et la modélisation informatique. Celle-ci consiste à simuler virtuellement la croissance des feuilles à partir de données réelles, ce qui permet de tester des hypothèses et de prédire des comportements cellulaires avant même de les reproduire en laboratoire, comme une maquette numérique du vivant. 

Ces travaux ont été réalisés en étroite collaboration avec Yoan Coudert, de l'École normale supérieure de Lyon (France), pour la composante génétique, et Richard Smith, du John Innes Centre (Royaume-Uni), pour la modélisation informatique.  

La structure en une seule couche de cellules des feuilles de mousse offre en effet une occasion unique de quantifier le développement de l'organe entier à partir d’une seule cellule fondatrice, une solution difficilement atteignable chez les plantes à fleurs. C'est précisément cette fenêtre d'observation privilégiée qu'ont exploitée le professeur Kierzkowski et ses collaborateurs pour démontrer que des principes développementaux partagés régissent la croissance des feuilles à travers des lignées végétales séparées par des centaines de millions d'années d'évolution, une avancée qui fait de la mousse un organisme modèle incontournable pour décrypter les lois universelles de la morphogenèse végétale.

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