La recherche au secours de l’élevage d’insectes

En 5 secondes Une équipe de recherche multidisciplinaire de l’UdeM s’est intéressée à la résistance bactérienne du ténébrion dans une optique d’optimisation de cet élevage prometteur.
La professeure Marie-Odile Benoit-Biancamano observant une larve de ténébrion meunier

La mouche soldat noire qui convertit les déchets organiques en biomasse. Le grillon qui apporte croustillant et protéine à l’assiette. Le ténébrion meunier qui a le potentiel de dégrader le plastique.

Longtemps relégués à la nature sauvage, les insectes font aujourd’hui l’objet d’élevages intensifs, au même titre que certains animaux. Au Québec comme ailleurs, différentes espèces sont produites pour leur potentiel nutritif ou écologique et sont bien souvent présentées comme des solutions d’avenir à des enjeux éthiques et environnementaux.

Mais derrière cet engouement se cachent des réalités plus complexes. Comme toute production animale, l’élevage d’insectes est confronté à des défis sanitaires, techniques et économiques encore largement sous-estimés.

Constatant le manque de lignes directrices au Québec quant à ce type d’élevage, une équipe de recherche multidisciplinaire de l’Université de Montréal s’est intéressée à la biosécurité de ces productions relativement nouvelles. 

Plus précisément, dans une nouvelle étude, Guillaume Saint-Jacques, alors étudiant au baccalauréat en sciences biologiques, s’est allié à Marie-Odile Benoit-Biancamano, professeure à la Faculté de médecine vétérinaire, et à Colin Favret, professeur au Département de sciences biologiques, pour analyser la résistance bactérienne de différentes souches de ténébrions meuniers.

Vulnérables aux maladies

Les insectes ne sont pas à l’abri des infections, rappelle Marie-Odile Benoit-Biancamano. Virus, bactéries, champignons et parasites peuvent rapidement se propager dans un élevage et provoquer une mortalité massive. 

«Contrairement aux élevages traditionnels comme le porc ou la volaille, ceux d’insectes ne bénéficient pas encore d’installations adaptées tels des sas d’entrée ni de protocoles sanitaires rigoureux comme des changements de vêtements, poursuit la chercheuse. Pourtant, les enjeux sont similaires. Lorsque la production s’intensifie, les risques sanitaires augmentent et les conséquences peuvent être dévastatrices.»

Ce manque de contrôle a ainsi un effet direct sur l’industrie. Plusieurs éleveurs, confrontés à des pertes répétées et incapables d’en déterminer la cause – un agent pathogène, des conditions environnementales inadéquates ou une combinaison des deux? –, finissent par abandonner. Résultat: malgré un fort intérêt initial, le nombre d’éleveurs fluctue vivement et le secteur traverse actuellement un creux, indique la professeure.

La biosécurité: un enjeu sous-estimé

Face à ces défis, l’équipe de recherche a voulu mettre la main à la pâte et identifier des souches de ténébrions meuniers – aussi appelés vers de farine à l’état de larves – naturellement plus résistantes aux maladies.

Guillaume Saint-Jacques a mené des expériences sur plusieurs lignées de ténébrions meuniers exposées à la bactérie Serratia marcescens, connue pour infecter plusieurs familles d’insectes. Au total, 200 larves de 10 souches ont été testées (pour un total de 2000 larves) et 2 souches se sont démarquées, soit celle d’origine turque et la française.

«Certaines présentaient une croissance rapide et une faible mortalité, tandis que d’autres, plus lentes à se développer, semblaient mieux résister aux infections. Cela laisse entrevoir qu’il serait possible d’orienter les élevages vers des lignées plus robustes», précise l’étudiant.

Mais les mécanismes derrière cette résistance restent flous. Plusieurs hypothèses sont envisagées: des facteurs génétiques, le rôle du microbiote ou encore un phénomène appelé «amorçage immunitaire», soit la transmission par les parents d’une certaine protection à un pathogène après exposition, explique Marie-Odile Benoit-Biancamano.

Un secteur prometteur, mais à structurer

Malgré ses difficultés actuelles, l’élevage d’insectes reste porteur, croit l’équipe de recherche. Cependant, pour que cette industrie se stabilise, un important travail reste à faire. «Il faut mieux comprendre les maladies, concevoir des outils de diagnostic adaptés et instaurer des normes de biosécurité rigoureuses», plaide Marie-Odile Benoit-Biancamano.

Plus largement, cela implique de repenser l’élevage des insectes en s’inspirant des pratiques existantes pour les autres animaux d’élevage, notamment la sélection des souches, le contrôle sanitaire et l’optimisation des conditions de production. 

Des prochaines étapes qui pourraient être rendues possibles par la multidisciplinarité de l’équipe, qui réunit des expertises en entomologie, pathologie animale, microbiologie et agriculture.

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