Acouphènes: de la lumière sur un trouble invisible

En 5 secondes La chercheuse Sylvie Hébert fait le point sur l’évolution de la recherche et l’accroissement de la sensibilisation à ce trouble de l’audition.
Les acouphènes ont des conséquences sur le sommeil, l’attention, le stress et la qualité de vie.

Pendant longtemps, les troubles de la tolérance sonore – les acouphènes, l’hyperacousie ou encore la misophonie – sont restés dans l’ombre. Aujourd’hui, on ne les considère plus comme de simples curiosités médicales, mais comme des réalités complexes qui méritent d’être comprises et prises en charge. 

Les recherches récentes ont grandement aidé à lever le voile sur ces réalités invisibles, mais bel et bien incapacitantes. Sylvie Hébert, professeure à l’École d’orthophonie et d’audiologie de l’Université de Montréal, y consacre sa carrière scientifique.  

À titre de directrice du Laboratoire de recherche sur les acouphènes et l’hyperacousie, elle s’intéresse aux caractéristiques psychoacoustiques et aux comorbidités des acouphènes afin d’améliorer le diagnostic et le suivi des patients qui en souffrent. 

Une compréhension accrue des causes

On a beaucoup décrit les acouphènes comme un simple symptôme – un bruit perçu sans source externe. Or, cette définition s’avère trop restrictive. Les études récentes montrent qu’il existe plusieurs formes d’acouphènes dont les causes varient fortement.  

«Il y a des acouphènes qu’on dit “somatosensoriels”: ils surviennent, par exemple, après un coup à la tête ou sont liés à de mauvaises connexions entre des fibres sensitives du cou, de la mâchoire ou des muscles faciaux. D’autres résultent de phénomènes vasculaires, comme des turbulences dans les vaisseaux sanguins. D’autres encore sont associés à une perte auditive», explique Sylvie Hébert. 

Contrairement à une idée répandue, les acouphènes ne proviennent pas directement de l’oreille, poursuit la chercheuse. Elle peut être endommagée, mais c’est le cerveau qui crée le son perçu.  

«Lorsqu’il y a une perte auditive, souvent dans les hautes fréquences, le cerveau tente de compenser en produisant un signal interne qui ressemble aux fréquences perdues. Ce mécanisme explique pourquoi les acouphènes prennent fréquemment la forme de sifflements aigus et pourquoi ils sont souvent associés à une perte d’audition», dit-elle. 

Des traitements mieux ciblés 

L’évolution des connaissances permet de mieux distinguer les types d’acouphènes et facilite leur prise en charge. Alors qu’on disait jusqu’à récemment qu’il n’existait pas de solution aux acouphènes, le discours est aujourd’hui plus nuancé. Certes, aucun remède universel n’a été trouvé, mais plusieurs approches peuvent aider selon les acouphènes dont on souffre.  

Les appareils auditifs peuvent améliorer l’entrée sonore et réduire la perception du bruit, tandis que des thérapies sonores – une stimulation auditive dans la même fréquence que l’acouphène – peuvent contribuer à camoufler l’acouphène dans les environnements silencieux et en diminuer le dérangement.  

De nouveaux outils, comme la neuromodulation bimodale, combinent différents types de stimulation sensorielle. Par exemple, la thérapie appelée LENIRE fait intervenir des stimulations auditives et de faibles impulsions électriques sur la langue, qui se projettent toutes deux sur les aires auditives cérébrales et provoquent, grâce à la plasticité neuronale, une atténuation durable des acouphènes. 

Dans certains cas particuliers, notamment d’origine vasculaire, des interventions médicales peuvent être envisagées. D’autres approches, comme la physiothérapie ou les suivis psychologiques, agissent sur les dimensions corporelle et émotionnelle du trouble.  

«L’enjeu n’est donc plus de trouver une solution unique, mais de mieux orienter chaque personne vers la démarche la plus adaptée», plaide Sylvie Hébert. 

Une prise en charge holistique 

Notons que les acouphènes ont des conséquences sur le sommeil, l’attention, le stress et la qualité de vie. Ils ne relèvent pas uniquement du domaine de l’audiologie, leur prise en charge doit donc être multidisciplinaire.  

En Europe, des initiatives comme celles de l’Association francophone des équipes pluridisciplinaires en acouphénologie illustrent cette volonté de rassembler les expertises autour du patient. Ce modèle inspire de plus en plus de collaborations ailleurs, notamment au Québec, où l’intérêt pour ces troubles ne cesse de croître, indique Sylvie Hébert. 

Pour la chercheuse, un défi demeure: celui de l’invisibilité. «Les acouphènes ne se voient pas, ne se mesurent pas facilement et sont parfois difficiles à expliquer», rappelle-t-elle. Dans ce contexte, les groupes de soutien et les ressources communautaires jouent un rôle important pour briser l’isolement et faire connaître des stratégies d’adaptation.  

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