On a beaucoup décrit les acouphènes comme un simple symptôme – un bruit perçu sans source externe. Or, cette définition s’avère trop restrictive. Les études récentes montrent qu’il existe plusieurs formes d’acouphènes dont les causes varient fortement.
«Il y a des acouphènes qu’on dit “somatosensoriels”: ils surviennent, par exemple, après un coup à la tête ou sont liés à de mauvaises connexions entre des fibres sensitives du cou, de la mâchoire ou des muscles faciaux. D’autres résultent de phénomènes vasculaires, comme des turbulences dans les vaisseaux sanguins. D’autres encore sont associés à une perte auditive», explique Sylvie Hébert.
Contrairement à une idée répandue, les acouphènes ne proviennent pas directement de l’oreille, poursuit la chercheuse. Elle peut être endommagée, mais c’est le cerveau qui crée le son perçu.
«Lorsqu’il y a une perte auditive, souvent dans les hautes fréquences, le cerveau tente de compenser en produisant un signal interne qui ressemble aux fréquences perdues. Ce mécanisme explique pourquoi les acouphènes prennent fréquemment la forme de sifflements aigus et pourquoi ils sont souvent associés à une perte d’audition», dit-elle.
Des traitements mieux ciblés
L’évolution des connaissances permet de mieux distinguer les types d’acouphènes et facilite leur prise en charge. Alors qu’on disait jusqu’à récemment qu’il n’existait pas de solution aux acouphènes, le discours est aujourd’hui plus nuancé. Certes, aucun remède universel n’a été trouvé, mais plusieurs approches peuvent aider selon les acouphènes dont on souffre.
Les appareils auditifs peuvent améliorer l’entrée sonore et réduire la perception du bruit, tandis que des thérapies sonores – une stimulation auditive dans la même fréquence que l’acouphène – peuvent contribuer à camoufler l’acouphène dans les environnements silencieux et en diminuer le dérangement.
De nouveaux outils, comme la neuromodulation bimodale, combinent différents types de stimulation sensorielle. Par exemple, la thérapie appelée LENIRE fait intervenir des stimulations auditives et de faibles impulsions électriques sur la langue, qui se projettent toutes deux sur les aires auditives cérébrales et provoquent, grâce à la plasticité neuronale, une atténuation durable des acouphènes.
Dans certains cas particuliers, notamment d’origine vasculaire, des interventions médicales peuvent être envisagées. D’autres approches, comme la physiothérapie ou les suivis psychologiques, agissent sur les dimensions corporelle et émotionnelle du trouble.
«L’enjeu n’est donc plus de trouver une solution unique, mais de mieux orienter chaque personne vers la démarche la plus adaptée», plaide Sylvie Hébert.
Une prise en charge holistique
Notons que les acouphènes ont des conséquences sur le sommeil, l’attention, le stress et la qualité de vie. Ils ne relèvent pas uniquement du domaine de l’audiologie, leur prise en charge doit donc être multidisciplinaire.
En Europe, des initiatives comme celles de l’Association francophone des équipes pluridisciplinaires en acouphénologie illustrent cette volonté de rassembler les expertises autour du patient. Ce modèle inspire de plus en plus de collaborations ailleurs, notamment au Québec, où l’intérêt pour ces troubles ne cesse de croître, indique Sylvie Hébert.
Pour la chercheuse, un défi demeure: celui de l’invisibilité. «Les acouphènes ne se voient pas, ne se mesurent pas facilement et sont parfois difficiles à expliquer», rappelle-t-elle. Dans ce contexte, les groupes de soutien et les ressources communautaires jouent un rôle important pour briser l’isolement et faire connaître des stratégies d’adaptation.