Maladie cœliaque: améliorer le parcours de soins et l’inclusion sociale

En 5 secondes Des personnes vivant avec la maladie cœliaque ont contribué à définir les priorités d’un plan d’action élaboré en collaboration avec la Faculté de médecine et le CHU Sainte-Justine.
Christine Desjardins, nutritionniste - Cœliaque Québec; Maude Perreault, professeure et chercheure, Dép. nutrition - Faculté de Médecine, Université de Montréal; Ahmed Maherzi, directeur Bureau de la responsabilité sociale - Faculté de Médecine, Université de Montréal; Edith Lalanne, directrice Générale - Cœliaque Québec; Prévost Jantchou, gastro-pédiatre, chercheur - CHU Sainte-Justine et Université de Montréal; Saja Farhat, chargée de projet, Bureau de la responsabilité sociale - Faculté de Médecine, Université de Montréal; Chloé Vaccarino, étudiante en médecine - Faculté de Médecine, Université de Montréal.

La maladie cœliaque est une maladie auto-immune chronique déclenchée par l’ingestion de gluten, une protéine présente notamment dans le blé, l’orge et le seigle. Son seul traitement reconnu consiste à adopter une alimentation strictement sans gluten à vie.

Bien plus qu’une simple contrainte alimentaire, cette réalité a des répercussions importantes sur la vie au quotidien. Coût élevé des aliments sans gluten, difficulté à trouver des options sécuritaires dans les lieux publics, délais de diagnostic, sentiment d’exclusion sociale: tels sont les principaux défis rapportés par les personnes atteintes.

Afin de répondre à ces enjeux, le Bureau de la responsabilité sociale de la Faculté de médecine et le Département de nutrition de l’Université de Montréal, le Département de pédiatrie du CHU Sainte-Justine ainsi que Cœliaque Québec ont uni leurs forces pour élaborer le Plan d’action sur la maladie cœliaque 2026-2030. Son objectif: mieux accompagner les personnes atteintes et leur famille tout au long de leur parcours et, ultimement, contribuer à améliorer leur qualité de vie.

Des solutions coconstruites avec la communauté

Premier du genre au Québec, ce plan est l’aboutissement d’une démarche de coconstruction amorcée en 2021. Celle-ci s’appuie notamment sur une étude réalisée par Cœliaque Québec en collaboration avec le Département de nutrition, qui révélait que près de 70 % des personnes vivant avec la maladie cœliaque avaient ressenti une forme d’exclusion sociale au cours du mois précédant l’enquête.

La démarche s’est poursuivie avec la tenue d’un forum citoyen, en novembre 2024, qui a réuni plus de 70 personnes vivant avec la maladie cœliaque, leurs proches ainsi que des représentants des milieux de la santé, de la recherche, de l’action communautaire et de l’industrie alimentaire. Le but était de mieux comprendre les défis vécus par la communauté cœliaque et d’identifier des pistes d’action pour améliorer le parcours de soins et favoriser l’inclusion sociale. Les recommandations issues de ces échanges ont donné naissance à un plan d’action assorti d’objectifs mesurables, validé par les partenaires du projet.

«Cette démarche de coconstruction montre tout le potentiel du dialogue entre le milieu universitaire, les établissements de santé, les organismes communautaires et les patients. Ce modèle pourrait inspirer d’autres initiatives pour répondre aux défis posés par les maladies chroniques, particulièrement lorsque celles-ci sont associées à des enjeux d’inclusion sociale», affirme la Dre Nathalie Caire Fon, vice-doyenne aux affaires pédagogiques et aux partenariats à la Faculté de médecine de l’UdeM.

Faire évoluer le diagnostic chez les jeunes patients

Le CHU Sainte-Justine contribue également au projet. Gastroentérologue pédiatre et professeur titulaire de clinique au Département de pédiatrie de l’UdeM, le Dr Prévost Jantchou participe aux travaux visant à améliorer le parcours de soins des jeunes patients atteints de maladie cœliaque. «L’adoption d’approches diagnostiques sans biopsie, lorsqu’elles sont appropriées, permet de simplifier le parcours de soins de nombreux jeunes patients. L’un des objectifs est aussi de permettre à d’autres centres pédiatriques de bénéficier des connaissances et des outils développés», souligne-t-il.

Par ailleurs, le Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine soutient les activités de recherche et de mobilisation des connaissances grâce à un financement des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

Quatre priorités pour les cinq prochaines années

Déployé jusqu’en 2030, le plan d’action propose une série d’actions concrètes qui s’articulent autour de quatre grands axes. Les capsules vidéo qui les accompagnent donnent la parole à des personnes vivant avec la maladie cœliaque, à leurs proches et à différents partenaires du projet. Leurs témoignages mettent en lumière les réalités qui ont guidé les priorités du plan et soulignent l’importance de placer l’expérience vécue au cœur des actions.

1. Améliorer le diagnostic et le parcours de soins, notamment par la réduction des délais diagnostiques, le développement de formations destinées aux professionnelles et professionnels de la santé et l’amélioration de l’accompagnement des patients.

2. Faciliter l’accès aux produits sans gluten et réduire le fardeau financier associé à la maladie. Des actions sont prévues afin de sensibiliser les milieux de la restauration, de l’hôtellerie et des soins de santé, tout en poursuivant les démarches visant un meilleur soutien financier pour les personnes atteintes.

3. Favoriser l’inclusion sociale et le soutien communautaire. Il prévoit notamment le développement de programmes de mentorat, d’activités de réseautage et d’outils destinés aux personnes nouvellement diagnostiquées.

4. Renforcer la recherche et la production de connaissances afin de mieux documenter la réalité des personnes vivant avec la maladie cœliaque au Québec et d’orienter les actions futures.

La vice-doyenne aux sciences de la santé, Chantal Bémeur, salue la mobilisation qui a rendu possible l’élaboration du plan d’action. «Chacun apporte une expertise différente, mais tous partagent le même objectif: améliorer la vie des personnes atteintes et celle de leurs proches.» Elle insiste aussi sur l’importance de former les futures générations de professionnels de la santé et sur la participation de patients partenaires, deux leviers essentiels pour générer des changements durables. «Le lancement de ce plan marque le début d’un engagement collectif dont les retombées se mesureront au cours des prochaines années», conclut-elle.

Remise du prix Michelle-Laflamme 2026

Le dévoilement du Plan d’action sur la maladie cœliaque 2026-2030 a également été l’occasion de remettre le prix Michelle-Laflamme, qui souligne tous les deux ans l’engagement exceptionnel d’une professionnelle ou d’un professionnel de la santé dans l’avancement des connaissances et de l’éducation entourant la maladie cœliaque. 

Le prix rend hommage à Michelle Laflamme, nutritionniste et cofondatrice de la Fondation québécoise de la maladie cœliaque, aujourd’hui connue sous le nom de Cœliaque Québec. Diagnostiquée cœliaque il y a plus de 40 ans, elle a fait avancer la cause par ses contributions scientifiques, son engagement et son humanité.

Exceptionnellement, deux lauréats ont été récompensés cette année: Marie Marquis et le Dr Ahmed Maherzi.

Marie Marquis, professeure honoraire au Département de nutrition, a été l’une des instigatrices de la collaboration qui a mené à l’étude Vivre avec la maladie cœliaque: évaluation de l’impact sur la qualité de vie. Depuis, elle a contribué à renforcer les liens entre le milieu universitaire et Cœliaque Québec, notamment par son mentorat, son soutien à la diffusion des connaissances et son engagement envers la recherche.

«J’ai embarqué dans cette aventure avec beaucoup de naïveté, mais je savais qu’il y avait derrière un comité scientifique très sérieux. C’est une équipe extraordinaire qui porte à bout de bras une cause qui mérite toute l’attention du Québec. Je vais continuer à faire mon travail en coulisses, bien modeste comparativement aux efforts déployés par les ambassadrices de la maladie», indique Marie Marquis.

Le Dr Ahmed Maherzi, directeur du Bureau de la responsabilité sociale de la Faculté de médecine, a quant à lui été récompensé pour son rôle déterminant dans la conception du forum citoyen de 2024 et l’élaboration du Plan d’action sur la maladie cœliaque 2026-2030. Fondateur de l’Association des personnes cœliaques de Tunisie, il a mis à profit son expertise en responsabilité sociale et en mobilisation citoyenne pour favoriser une démarche collaborative centrée sur les besoins de la communauté.

«La Faculté de médecine a fait de la responsabilité sociale sa priorité académique en plaçant l’équité au cœur de ses actions. Je trouve cette vision extraordinaire et je suis très heureux de lui dédier ce prix», affirme le Dr Maherzi.

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