Portrait de l’insécurité alimentaire chez les personnes immigrantes

En 5 secondes Une étude a examiné les liens entre l’insécurité alimentaire, les compétences alimentaires et la qualité de l’alimentation chez les immigrants qui fréquentent les banques alimentaires au Québec.
L'étude démontre qu’il n’y aurait pas de lien clair entre le niveau d’insécurité alimentaire et la qualité de l’alimentation.

Dans la population générale, on sait que l’insécurité alimentaire est souvent associée à une moins bonne qualité de l’alimentation. Mais chez les individus issus de l’immigration, les résultats des études sont moins clairs. 

Une hypothèse souvent avancée est que les compétences alimentaires – savoir planifier, cuisiner, s’adapter – pourraient servir de facteur protecteur ou de levier d’intervention. Cette idée est d’ailleurs au cœur de nombreuses initiatives communautaires misant sur l’«autonomisation» par de telles compétences. 

Une nouvelle étude menée à l’Université de Montréal a exploré les associations entre l’insécurité alimentaire, les compétences alimentaires et la qualité de l’alimentation chez les nouveaux utilisateurs des banques alimentaires issus de l’immigration. Et elle montre qu’il n’y aurait pas de lien clair entre le niveau d’insécurité alimentaire et la qualité de l’alimentation. De plus, les compétences alimentaires ne seraient pas en cause. 

Autrement dit, vivre de l’insécurité alimentaire ne se traduisait pas automatiquement, dans cet échantillon, par une alimentation de moins bonne qualité, selon les indicateurs utilisés (fréquence de consommation de fruits et légumes, variété de l’alimentation). De même, chez les participants, avoir de meilleures compétences alimentaires n’aidait pas à avoir une alimentation de meilleure qualité, toujours selon les indicateurs utilisés. 

Une étude liant alimentation et santé publique 

Réalisée par Sarah Bonin dans sa maîtrise dirigée par Louise Potvin, professeure à l’École de santé publique de l’UdeM, cette étude transversale a analysé les données d’un échantillon de l’étude PARCOURS, comprenant 224 nouveaux utilisateurs enregistrés des banques alimentaires dans 106 banques alimentaires à Montréal. 

Aboutissement de plusieurs années de collaboration avec des organismes communautaires, l’étude PARCOURS vise à mieux comprendre qui sont les personnes qui franchissent pour la première fois la porte d’une banque alimentaire, leurs raisons, leurs parcours d’utilisation de cette ressource et les effets sur la santé et la sécurité alimentaire. Elle a été coordonnée par Federico Roncarolo, du Centre de recherche en santé publique, associé à la fois à l’UdeM et au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. 

L’insécurité alimentaire et la qualité de l’alimentation ont été évaluées à l’aide d’un questionnaire et les compétences alimentaires grâce à des éléments validés quant à la planification des repas, l’approvisionnement alimentaire et la préparation des aliments.  

La fréquence médiane de consommation de fruits et légumes était de trois fois par jour et le score moyen de variété alimentaire était de 16 sur 20. 

Prendre un pas de recul 

Ce constat ne signifie pas que tout va bien, croit Sarah Bonin. «Les participants ne consommaient pas, en moyenne, les portions recommandées de fruits et légumes. De plus, les outils utilisés mesuraient la fréquence et la variété, mais pas la quantité réelle d’aliments consommés. Une personne peut manger des légumes tous les jours, mais en portions insuffisantes», nuance-t-elle. 

Si les résultats remettent en question certains raccourcis établis entre pauvreté alimentaire et mauvaises habitudes alimentaires, ils ne nient pas la vulnérabilité vécue par les personnes immigrantes en situation d’insécurité alimentaire.  

«Nos résultats montrent plutôt que les solutions ne peuvent pas reposer uniquement sur des interventions individuelles, comme les ateliers de cuisine ou l’amélioration des compétences alimentaires», souligne la chercheuse aujourd’hui diplômée. 

Cela dit, poursuit-elle, les programmes axés sur les compétences alimentaires, comme les cuisines collectives ou les jardins communautaires, ne sont pas inutiles pour autant. Ils peuvent répondre à d’autres besoins importants comme la socialisation, le maintien d’une bonne santé mentale ou le sentiment d’appartenance.  

Revoir l’approche 

Pour Sarah Bonin, considérer les compétences alimentaires comme une solution principale pour améliorer la qualité de l’alimentation est réducteur, puisque l’insécurité alimentaire est d’abord et avant tout un problème de revenu.  

«Un autre levier souvent négligé concerne l’offre elle-même des programmes de dépannage alimentaire. Quelle est la qualité des aliments distribués? leur variété? Quelle est la place accordée aux fruits, aux légumes et aux aliments culturellement acceptables?» questionne-t-elle. 

En fin de compte, les résultats de cette étude rappellent que l’insécurité alimentaire ne se résume pas à des choix individuels ou à un manque de connaissances. C’est un phénomène complexe, profondément ancré dans des contextes économiques, sociaux et structurels. 

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