Douleur et stress: une relation complexe

En 5 secondes Une étude examine plus finement les relations entre la douleur chronique et le stress.
La douleur reste encore aujourd’hui mal comprise par la science.

Le lien entre le stress et la douleur est bien connu: «La recherche indique que les personnes qui ont de plus hauts niveaux de stress vont généralement rapporter plus de douleurs», dit Gabrielle Pagé, professeure au Département d’anesthésiologie et de médecine de la douleur de l’Université de Montréal. Mais ce lien est plus complexe qu’il y paraît. Ainsi, une situation stressante peut avoir l’effet inverse: un soldat blessé, par exemple, qui marcherait plusieurs kilomètres pour se mettre à l’abri avant de ressentir la douleur. 

Sur le terrain, des programmes de gestion du stress sont déjà utilisés pour aider les personnes vivant avec une douleur chronique. «Mais ce qui manquait, selon nous, c’était de mieux comprendre de quelle façon la douleur peut elle-même devenir une source de stress, alimentant le cycle de la douleur», ajoute-t-elle. Avec son étudiante alors à la maîtrise en psychologie Karen Ghoussoub et plusieurs autres collaborateurs (dont Pierre Rainville, professeur au Département de stomatologie et spécialiste de la neuropsychologie de la douleur, Sonia Lupien, professeure au Département de psychologie de l’UdeM, et Mael Gagnon-Mailhot, à l’époque au doctorat), elle a voulu appliquer le modèle CINÉ à la perception de la douleur.

Contrôle faible, imprévisibilité, nouveauté, égo menacé: le modèle CINÉ, élaboré par Sonia Lupien, décortique les ingrédients déclencheurs de la réponse physiologique du stress. Ces facteurs provoquent une cascade de réactions dans le corps, dont la production de cortisol. 

L’équipe s’est demandé si les mêmes caractéristiques des situations qui déclenchent une réponse de stress s’appliquaient à la douleur. Si c’est le cas, cette étude observationnelle pourrait donner des pistes pour concevoir des programmes personnalisés de gestion de la douleur. Les premiers résultats de ce projet financé par les Instituts de recherche en santé du Canada viennent d’être publiés dans la revue European Journal of Pain.

De grandes variations

Les chercheurs ont recruté 181 participants et participantes à travers le Québec présentant une douleur au dos de modérée à forte. Durant une semaine, ils ont consigné dans un journal électronique leurs niveaux de stress et de douleur trois fois par jour et ce à quoi ils attribuaient leur stress. Fait à noter, la subvention a été obtenue au début de la pandémie, laquelle offrait des conditions toutes particulières pour étudier le stress.

Premier constat: la douleur varie grandement. «Les niveaux de stress et de douleur fluctuaient d’une personne à l’autre, mais également à travers le temps pour chacune», affirme Karen Ghoussoub. Si les personnes davantage stressées étaient plus susceptibles de ressentir de la douleur, toute variation au-delà de leur propre seuil de stress apportait davantage d’inconfort. 

Des pistes pour la suite

Deux des quatre caractéristiques du modèle CINÉ étaient associées à la douleur, et c’est particulièrement le manque de contrôle qui avait le plus grand effet. À l’inverse – et contre toute attente –, la nouveauté était liée à de plus bas niveaux de douleur. «Exposer les individus à des expériences nouvelles, non menaçantes pourrait être une piste d’intervention intéressante, suggère l’étudiante, qui fait d’ailleurs son doctorat sur le même thème. Nos résultats montrent la complexité du lien entre douleur et stress», croit-elle.

Ce projet de recherche comprenait par ailleurs deux autres volets. Des échantillons de salive d’un sous-groupe de participants et participantes ont été prélevés pour analyser si la sécrétion de cortisol était liée à la douleur. Des entrevues en sous-groupes ont aussi été menées pour décrire leur expérience.

Ces données aideront à nourrir les pratiques d’intervention, qui pourront être davantage ciblées. Parce que la douleur reste encore aujourd’hui mal comprise par la science. «La douleur touche une personne sur cinq, mais la recherche sur le sujet est sous-financée. On n’en meurt pas, mais ça cause beaucoup de souffrance», rappelle Gabrielle Pagé.

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