Les changements climatiques aggravent ici et maintenant les maladies pulmonaires de millions de Canadiens, et les systèmes de santé doivent s’adapter rapidement à cette réalité.
C’est la conclusion d’une analyse documentaire publiée dans la Revue canadienne des soins respiratoires et critiques et de la médecine du sommeil par Dany Doiron, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM), avec ses collègues Jeffrey R. Brook et Jean Bourbeau.
Depuis 1948, la température moyenne au Canada a grimpé de deux degrés Celsius, soit près du double du réchauffement mondial, ce qui a multiplié vagues de chaleur, sécheresses et feux de forêt.
En parallèle, la pollution atmosphérique – principalement les particules fines, d’un diamètre de 2,5 micromètres – est déjà responsable de 15 300 décès prématurés par an au Canada, de 35 millions de journées vécues avec des symptômes respiratoires aigus et de 9200 nouveaux cas de bronchite chronique chez les adultes, selon une étude de Santé Canada.
La fumée des feux de forêt efface des décennies de progrès
Depuis les années 1970, la règlementation environnementale avait permis de réduire significativement la pollution atmosphérique au Canada. Cette tendance favorable est aujourd’hui menacée. «Des études récentes démontrent que, avec les épisodes de feux de forêt plus intenses liés aux changements climatiques, cette diminution a été annulée par les particules fines issues des feux, notamment sur la côte ouest du pays», note Dany Doiron.
La saison 2023 a illustré l’ampleur du phénomène: 15 millions d’hectares ont brûlé – soit six fois la moyenne historique –, propulsant brièvement Montréal au rang des villes les plus polluées au monde. En Ontario, les visites à l’urgence pour l’asthme ont bondi de plus de 20 %. On estime à 1300 les décès soudains et à 8300 les décès liés aux maladies chroniques attribuables à cette seule saison de feux. Sur la période 2020-2024, la fumée des incendies de forêt aurait causé en moyenne 1400 décès prématurés par année.
Les projections pour les prochaines décennies sont préoccupantes. D’ici les années 2050, les concentrations de particules fines liées aux feux de forêt pourraient presque doubler et, d’ici 2100, la superficie touchée par les incendies pourrait augmenter de 75 %. Les coûts économiques associés aux effets chroniques de la fumée sont estimés entre 4,3 et 19 G$.