Pollution, chaleur, feux de forêt: quand le climat altère la santé de nos poumons

En 5 secondes Le Canada se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, aggravant des risques respiratoires déjà considérables et exigeant une adaptation rapide, selon une étude réalisée à l'UdeM.
Durant l'été de 2023, 15 millions d’hectares de forêt ont brûlé, propulsant brièvement Montréal au rang des villes les plus polluées au monde. Sur la période 2020-2024, la fumée des incendies de forêt aurait causé en moyenne 1400 décès prématurés par année.

Les changements climatiques aggravent ici et maintenant les maladies pulmonaires de millions de Canadiens, et les systèmes de santé doivent s’adapter rapidement à cette réalité. 

C’est la conclusion d’une analyse documentaire publiée dans la Revue canadienne des soins respiratoires et critiques et de la médecine du sommeil par Dany Doiron, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM), avec ses collègues Jeffrey R. Brook et Jean Bourbeau.  

Depuis 1948, la température moyenne au Canada a grimpé de deux degrés Celsius, soit près du double du réchauffement mondial, ce qui a multiplié vagues de chaleur, sécheresses et feux de forêt. 

En parallèle, la pollution atmosphérique – principalement les particules fines, d’un diamètre de 2,5 micromètres – est déjà responsable de 15 300 décès prématurés par an au Canada, de 35 millions de journées vécues avec des symptômes respiratoires aigus et de 9200 nouveaux cas de bronchite chronique chez les adultes, selon une étude de Santé Canada. 

La fumée des feux de forêt efface des décennies de progrès 

Depuis les années 1970, la règlementation environnementale avait permis de réduire significativement la pollution atmosphérique au Canada. Cette tendance favorable est aujourd’hui menacée. «Des études récentes démontrent que, avec les épisodes de feux de forêt plus intenses liés aux changements climatiques, cette diminution a été annulée par les particules fines issues des feux, notamment sur la côte ouest du pays», note Dany Doiron. 

La saison 2023 a illustré l’ampleur du phénomène: 15 millions d’hectares ont brûlé – soit six fois la moyenne historique –, propulsant brièvement Montréal au rang des villes les plus polluées au monde. En Ontario, les visites à l’urgence pour l’asthme ont bondi de plus de 20 %. On estime à 1300 les décès soudains et à 8300 les décès liés aux maladies chroniques attribuables à cette seule saison de feux. Sur la période 2020-2024, la fumée des incendies de forêt aurait causé en moyenne 1400 décès prématurés par année. 

Les projections pour les prochaines décennies sont préoccupantes. D’ici les années 2050, les concentrations de particules fines liées aux feux de forêt pourraient presque doubler et, d’ici 2100, la superficie touchée par les incendies pourrait augmenter de 75 %. Les coûts économiques associés aux effets chroniques de la fumée sont estimés entre 4,3 et 19 G$. 

Chaleur, pollens et moisissures: des facteurs aggravants

La chaleur extrême constitue elle aussi une menace directe pour les voies respiratoires. Elle provoque une bronchoconstriction, irrite les muqueuses et s’associe à une pollution accrue – un effet de synergie particulièrement redoutable pour les personnes âgées et les patients atteints de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC). Les Canadiens de 60 ans et plus ont vécu 284 % plus de journées de chaleur intense entre 2020 et 2024 qu’entre 1986 et 2005. Le dôme de chaleur de 2021 en Colombie-Britannique a causé à lui seul 619 décès. 

Les saisons polliniques se sont allongées d’environ 20 jours en Amérique du Nord depuis 1990 et les concentrations de pollen ont augmenté de 21 %. Au Québec, le coût des allergies au pollen attribuables au climat pourrait atteindre 360 M$ pour la période s’étendant de 2015 à 2065. Les inondations, pour leur part, favorisent la prolifération de moisissures dans les habitations, avec des effets attestés sur l’asthme et les symptômes respiratoires. 

Les plus vulnérables, les moins protégés 

Les chercheurs soulèvent une question d’équité fondamentale: ce sont souvent les personnes les moins outillées pour se protéger qui subissent les conséquences les plus graves de ces situations. Les communautés autochtones, qui représentent 5 % de la population canadienne, ont compté pour 42 % des évacués en raison des feux de forêt. Les individus atteints d’asthme ou de MPOC, les aînés, les ménages à faible revenu et les locataires sont également parmi les plus vulnérables aux expositions liées au climat et sont donc touchés de façon disproportionnée. 

«La fumée des incendies de forêt, contrairement à la pollution du trafic ou de l’industrie, peut parcourir de grandes distances et affecter fortement les populations en régions rurales et éloignées», précise le professeur de l’ESPUM. Des approches choisies avec les communautés autochtones pour en limiter les répercussions sont d’ailleurs jugées essentielles par les auteurs. 

Un rôle clé pour les cliniciens 

Face à ces risques, les chercheurs distinguent deux types d’actions. Les mesures individuelles – purificateurs d’air HEPA, masques N95, applications d’alerte – peuvent atténuer les effets délétères à court terme. Un essai randomisé cité dans l’étude indique que les purificateurs HEPA réduisent de 50 % les concentrations intérieures de particules fines et de 70 % les exacerbations modérées de MPOC. Mais ces solutions restent temporaires. 

Les auteurs insistent sur la priorité des mesures structurelles: réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre, électrification des transports, création de centres d’air pur et intégration des risques climatiques dans la planification des systèmes de santé. Les cliniciens ont ici un rôle particulier à jouer. «Les professionnels de la santé sont en première ligne, conclut Dany Doiron. Par leurs actions et leur proactivité, ils peuvent contribuer à rendre les systèmes de santé plus résilients.» 

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