Faire pousser une forêt à l’orée des raffineries: le projet de Michel Labrecque récompensé

Par UdeMnouvelles
En 5 secondes Le professeur de biologie Michel Labrecque a reçu un prix de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal pour son projet de forêt urbaine, implantée en zone industrielle dans l’est de l’île.
Le site du projet de la Forêt de demain.

Faire pousser une forêt ayant la capacité de dépolluer un secteur industriel où se trouvaient rassemblées les raffineries de pétrole de l’Est de Montréal, est-ce un projet que certains qualifieraient d’utopique? Certainement pas Michel Labrecque et son équipe de l’Institut de recherche en biologie végétale, à tout le moins! 

Ce projet, qui a de quoi surprendre, a pris forme il y a environ 10 ans et semble bien avoir le mérite d’améliorer le milieu de vie des résidants.  

C'est la raison pour laquelle Michel Labrecque a reçu un prix au Gala ESTim le 7 mai. Professeur de sciences biologiques à l'Université de Montréal et chef de la division Recherche et développement au Jardin botanique, il dirige ce projet depuis près d’une décennie. 

Le lauréat a profité de cette occasion pour rédiger un texte expliquant l’origine et les bienfaits de ce projet, que nous reproduisons ici.

À l’est de Montréal, là où dominaient autrefois le béton, les sols compactés et l’héritage lourd de l’industrie, une transformation discrète mais prometteuse est en marche. Depuis près de 10 ans, une équipe de scientifiques du Jardin botanique et de l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV) a entrepris de redonner vie à des terrains dégradés et pollués pour en faire un espace vert résilient: La Forêt de demain. 

Tout a commencé en 2016, lorsque le service du développement économique de la Ville de Montréal a confié à I’IRBV la mission de tester une approche écologique de décontamination de sols industriels dans l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles. Plutôt que d’excaver et de remplacer les sols selon la méthode traditionnelle, les chercheurs et chercheuses ont misé sur la phytoremédiation: l’utilisation de plantes capables d’absorber, de stabiliser ou de dégrader des contaminants présents dans le sol.

Sur quatre hectares de friches industrielles, des végétaux pionniers – principalement des saules et des peupliers – ont été utilisés pour faire la phytogestion des sites, qui implique la culture des plantes, mais aussi la récolte régulière de leurs parties aériennes (branches et feuilles). Malgré des conditions difficiles (sols compactés, fortement minéralisés et contaminés), des résultats très encourageants ont pu être obtenus. Il a ainsi été démontré que la moitié des points d’échantillonnage suivis dans le cadre de ce travail montraient une diminution marquée de la contamination. Les terrains pouvaient dès lors être considérés comme en voie de réhabilitation. 

Mais les surprises ne s’arrêtent pas là. Au fil des ans, les sites sont devenus des refuges inattendus pour la biodiversité. Les plantes phytoremédiatrices ont attiré les insectes, les oiseaux et les petits mammifères. Et la vie est aussi revenue dans le sol, plus riche en matière organique et plus propice pour le développement des communautés microbiennes. Le paysage s’est métamorphosé, les écrans de verdure masquant les infrastructures des raffineries au plus grand plaisir des résidants du quartier.

Fort de ces succès, le projet est entré dans une nouvelle phase ambitieuse. L’objectif? Pérenniser deux des sites réhabilités et leur donner une vocation durable, éducative et scientifique. Grâce à l’appui financier de la Fédération canadienne des municipalités mais aussi de la Fondation Espace pour la vie, le projet La Forêt de demain a pris forme en 2025.  

Pourquoi ce nom? Parce que les changements climatiques forceront nos villes à se réinventer. D’ici 2050, le climat de Montréal pourrait ressembler à celui de Washington aujourd’hui. Plusieurs espèces d’arbres actuellement présentes dans le sud du Québec risquent d’éprouver des difficultés à s’adapter. La Forêt de demain propose donc une réponse concrète: tester, dès maintenant, des essences d’arbres typiques des forêts feuillues du centre des États-Unis, mieux adaptées à ces conditions futures. 

Chênes, caryers, noyers, tulipiers, copalmes ou sassafras, près d’une trentaine d’espèces pour un total d’environ 200 arbres seront ainsi introduites sur le site. Elles profiteront de la protection des saules et peupliers, déjà en place, le tout simulant une succession naturelle accélérée. À terme, le site deviendra une sorte d’arborétum laboratoire où l’on observera la croissance, la résistance et l’adaptation de ces essences au contexte montréalais.  

L’originalité du projet ouvre également la voie à la participation d’autres scientifiques d’Espace pour la vie, notamment des entomologistes de l’Insectarium ou des vétérinaires du Biodôme. Il sera en effet intéressant de caractériser les pollinisateurs ou les petits mammifères qui pourraient être attirés par ce nouvel environnement. 

Au-delà de la recherche, La Forêt de demain se veut un lieu ouvert et rassembleur. Un îlot de fraîcheur dans un secteur très minéralisé. Un espace d’apprentissage pour les résidants, les groupes communautaires, les écoles et les étudiants. Un laboratoire à ciel ouvert pour les scientifiques de l’IRBV et d’Espace pour la vie, mais aussi un lieu de sensibilisation aux enjeux environnementaux et à la résilience face aux changements climatiques. 

Soutenue par les élus de l’arrondissement et ancrée dans la communauté, La Forêt de demain incarne une vision inspirante: celle d’une ville qui transforme ses cicatrices industrielles en paysages porteurs d’espoir pour l’ensemble de l’écosystème urbain. 

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