Cartographier la parole citoyenne

En 5 secondes Quels sont les points forts et les points faibles de votre quartier? Une nouvelle application créée par la professeure Evelyne Brie donne la parole aux citoyens.

«Au Québec, il existe une foule de données ouvertes. Mais ce qu’on n’a pas, c’est le point de vue citoyen», constate Evelyne Brie, professeure au Département de science politique de l’Université de Montréal. 

Inspirée par son passage à CityLAB Berlin, la chercheuse a créé l’application Tag ta ville, qu’elle a lancée début mai à l’occasion de l’université d’été en biodiversité de l’UdeM. Elle permet de recueillir les points forts et les points faibles des quartiers de Montréal, mais aussi de cartographier les inégalités sociales dans la ville. «L’idée était de concevoir un outil qui permette aux gens de nommer des endroits qu’ils aiment ou n’aiment pas dans un rayon de 750 m de leur résidence», poursuit-elle. 

Le citoyen, expert de son quotidien

«Une des choses importantes dans le quotidien, c’est la qualité de vie, qui peut être influencée par plusieurs choses: l’accès à des espaces verts, le fait que les déchets soient ramassés ou traînent sur les trottoirs…», remarque Evelyne Brie. Et à cet égard, les citoyens sont les meilleures sources d’information. Si d’autres façons de communiquer avec la Ville existent déjà (le 311 par exemple), l’application se veut beaucoup plus facile à utiliser et permet surtout de soulever les bons coups comme les moins bons. «On n’appellerait pas la Ville pour dire qu’on aime le parc près de chez soi ou que le quartier qu’on habite manque d’art urbain», donne comme exemple la chercheuse. 

Ces données collectées pourront être utilisées pour la recherche, pour comprendre les facteurs qui font en sorte que certains endroits sont appréciés ou non. La chercheuse souhaite par ailleurs les juxtaposer à d’autres données ouvertes disponibles (présence de verdure, indice de défavorisation matérielle et sociale). «J’aimerais voir si certains problèmes sont corrélés à l’indice de défavorisation matérielle et si cela met en lumière les inégalités», soulève-t-elle.

Un outil pour tous

Pour construire Tag ta ville, Evelyne Brie a eu recours à la plateforme collaborative GitHub: «Je voulais vraiment qu’il soit possible de reproduire la même chose pour n’importe quelle autre ville», souligne-t-elle. En plus des données d’OpenStreetMap, la chercheuse s’est servie des données de la Ville de Montréal sur la hauteur des immeubles de façon à créer une représentation en 3D de la métropole. 

L’utilisation de données ouvertes a donc permis de concevoir un outil à coût presque nul. «J’ai plusieurs partenariats avec des villes, mais je voulais que la première version soit complètement indépendante», note-t-elle. Lorsque la preuve de concept sera faite, l’expérience pourra être répétée dans d’autres agglomérations (les étiquettes peuvent notamment être personnalisées) et des partenariats établis.

Les citoyens peuvent entrer dans la carte, y naviguer, y apposer des étiquettes et laisser des commentaires supplémentaires pour expliquer leur attribution. Ils peuvent ensuite partager leur carte avec leurs voisins et leurs amis. «Ces commentaires libres additionnels laissés par les utilisateurs pourront être analysés via de grands modèles de langage», précise Evelyne Brie. 

En plus de permettre aux citoyens d’accéder à une représentation ludique de leur quartier, l’application vise à engendrer des retombées concrètes. «J’aimerais rendre disponibles les données agrégées, ce qui permet de faire émerger des tendances», ajoute la chercheuse. Les zones ainsi cartographiées pourraient être présentées à l’administration municipale pour éclairer ses prises de décision.

 

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