Cet été, Patrick Garon-Sayegh, professeur à la Faculté de droit de l’Université de Montréal, passera des semaines plongées dans des centaines de pages de transcriptions judiciaires. Son terrain de recherche ne se trouve ni dans un laboratoire ni dans un hôpital, mais dans les échanges verbatim de procès en responsabilité médicale.
À travers l’analyse détaillée de trois causes entendues au Québec et en Ontario, il cherchera à mieux comprendre comment les tribunaux évaluent le travail médical, comment les médecins experts se critiquent entre eux et comment les savoirs scientifiques sont traduits en langage juridique.
Lire les procès comme des laboratoires d’argumentation
Le projet de Patrick Garon-Sayegh s’inscrit dans un programme de recherche à long terme sur la faute professionnelle et l’expertise. Pour le professeur, les procès en responsabilité médicale constituent un terrain particulièrement riche.
«Les médecins poursuivis sont eux-mêmes des experts: un médecin accusé d’avoir commis une faute ne cesse pas d’être médecin parce qu’il se retrouve devant les tribunaux», dit-il. Le médecin peut donc défendre sa conduite en mobilisant sa propre expertise, en parallèle des témoins experts appelés par les deux parties. «Dans le cas le plus simple, on a trois voix expertes: le médecin poursuivi, l’expert de la défense et l’expert de la partie demanderesse», résume le professeur Garon-Sayegh.
Son travail consistera à lire attentivement les transcriptions des audiences… qui se sont parfois étendues sur cinq à huit jours de procès. Il s’intéresse particulièrement aux témoignages des experts, aux questions posées par les avocats et à la manière dont des raisonnements médicaux complexes sont reformulés pour être compris par des juges qui, sans être médecins, doivent décider si le travail médical effectué en l’espèce était adéquat ou non.
«Le travail juridique traditionnel nous donne surtout accès à des produits finis: les lois et les jugements. Je regarde ce qui se passe avant, tout le travail d’argumentation qui rend ensuite la décision juridique possible», mentionne-t-il.