Cannabis: d'abstinents à consommateurs, qu'est-ce qui fait basculer les adolescents?

En 5 secondes C'est l’influence des amis consommateurs combinée avec la perception d'un accès facile au cannabis qui multiplie le risque d’expérimentation chez les adolescents, selon une étude longitudinale.
Selon Marie-Pierre Sylvestre, ce qui fonctionne en prévention, c'est d'outiller les jeunes.

Qu’est-ce qui pousse les adolescents abstinents à consommer du cannabis? L’équipe de Marie-Pierre Sylvestre, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, a voulu le découvrir en menant une étude dont les résultats ont été publiés dans la revue scientifique Addiction. Ces travaux s’appuient sur les données du volet québécois de l’étude COMPASS, une étude canadienne longitudinale sur les comportements de santé des élèves du secondaire. 

Les analyses portent sur 1768 élèves de 11 écoles au Québec suivis entre 2017 et 2019, tous non consommateurs de cannabis au départ. L’équipe a examiné dans quelle mesure deux facteurs, c’est-à-dire avoir des amis qui consomment du cannabis et percevoir le cannabis comme facile à obtenir, contribuent à ce basculement.

Les résultats montrent que les deux facteurs agissent en synergie. Avoir des amis consommateurs sans percevoir le cannabis comme accessible ne multiplie pas significativement le risque d’en consommer à son tour.

En revanche, croire que le cannabis est facile à obtenir, même sans amis consommateurs, augmente déjà le risque de manière notable. C’est la combinaison des deux qui a l’effet le plus marqué: une différence de risque de 21,6 points de pourcentage par rapport aux jeunes sans amis consommateurs et qui perçoivent l'accès au cannabis comme difficile.  

«Les adolescents qui avaient des amis consommateurs de cannabis et qui percevaient le cannabis comme facile à obtenir présentaient la probabilité la plus élevée de l’expérimenter», résume Marie-Pierre Sylvestre, auteure principale de l’étude.

La perception: un mécanisme explicatif central

Les résultats indiquent que la perception d'un accès facile au cannabis pourrait expliquer environ 39 % du lien entre avoir des amis qui en consomment et en expérimenter les effets. En d'autres termes, les amis consommateurs agiraient en partie en rendant le cannabis subjectivement plus accessible aux yeux de l'adolescent, qu'il s'agisse de partager des produits, de faciliter des contacts ou simplement de normaliser l'idée que le cannabis est «à portée de main». 

Fait frappant: plus des trois quarts des élèves qui avaient une opinion sur la question estimaient qu'il leur serait facile de se procurer du cannabis malgré les restrictions légales introduites par la Loi sur le cannabis en 2018. 

Des pistes d'action concrètes pour les écoles et les familles 

Les milieux scolaires, les familles et les décideurs publics devraient prêter attention à ces résultats. L’équipe de recherche recommande des stratégies qui agissent simultanément sur l'environnement social des jeunes et sur leur perception de l'accessibilité du cannabis. Elles comprennent le renforcement des habiletés à dire non, la création de liens adultes-jeunes de qualité ainsi que des normes scolaires claires autour de la non-consommation. 

«Ce qui fonctionne en prévention, c'est d'outiller les jeunes, pas seulement de leur parler du cannabis. Des activités interactives, animées par des pairs ou des intervenants de terrain, ont une influence bien plus grande qu'un cours magistral ou une simple transmission d’information», conclut Marie-Pierre Sylvestre.

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