La science pour répondre aux grands enjeux contemporains

En 5 secondes Du 15 au 18 juin, l’UdeM sera l’hôte du Sommet sur la diplomatie scientifique, qui réunira la communauté universitaire, les responsables gouvernementaux et décideurs, l’industrie et la société civile.
Le campus MIL de l'Université de Montréal

«C’est la première fois que ce type d’évènement a lieu au Canada», remarque la professeure de la Faculté de droit de l’Université de Montréal Catherine Régis, qui a contribué à l’organisation du Sommet sur la diplomatie scientifique et qui participera à l'un de ses panels. Le Sommet se déroulera du 15 au 18 juin au campus MIL de l’Université. Préparée par l’UdeM, l’Université de Calgary et l’Université McGill, la rencontre est appuyée par d’autres partenaires comme le Geneva Science and Diplomacy Anticipator et l’ambassade de Suisse au Canada. 

L’évènement rassemblera des membres de la communauté de recherche, des décideurs et des diplomates ainsi que d’autres acteurs de la société. «Lorsqu’on fait de la diplomatie scientifique, il est important que les chercheuses et chercheurs ne se parlent pas qu’entre eux. Il faut aussi réunir et faire interagir les milieux politique et diplomatique et, plus largement, la société civile», souligne-t-elle.

Se réunir pour relever les défis de demain

Changements climatiques, pandémies, avancées fulgurantes de l’intelligence artificielle (IA): les bouleversements qui touchent nos sociétés sont des défis complexes qui exigent une réponse globale plutôt que locale. La science est un des leviers qui permettront de répondre à ces questions. «La diplomatie scientifique va dans les deux sens», dit Catherine Régis. Elle dirige l’une des chaires du nouveau programme de chaires en diplomatie scientifique du Fonds de recherche du Québec, qui porte sur la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. 

La diplomatie scientifique, c’est donc, d’une part, de créer des ponts entre la science et la diplomatie pour épauler la prise de décisions éclairées (la science pour la diplomatie) et dans certains cas convergentes à l’échelle mondiale. D’autre part, la diplomatie scientifique vise à faciliter les collaborations et les échanges entre chercheurs et chercheuses et à les soutenir financièrement et diplomatiquement (la diplomatie pour la science).

«Nous ne règlerons pas les grands problèmes de société seuls de notre côté. La crise environnementale doit être abordée de façon collective», ajoute Vincent Larivière, professeur à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information, qui participera avec Marie-Josée Hébert, ancienne vice-rectrice à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation de l’UdeM, à l’un des panels de la semaine. Les scientifiques ne remplaceront donc pas les décideurs. «La science n’est pas là pour prendre les décisions, mais pour favoriser la réflexion et mieux outiller l’action», rappelle Marie-Josée Hébert.

Solidifier les liens

Solidifier les liens entre scientifiques de partout dans le monde rend possible la création de vastes projets de recherche qui s’attaqueront aux défis internationaux. «Dans un contexte de fortes tensions géopolitiques, il est important de mettre de l’avant une science rigoureuse, respectueuse des droits de la personne et de la démocratie, et qui permet aux États de travailler collectivement sur les questions qui les préoccupent», affirme Catherine Régis. L’Union européenne a récemment publié sa stratégie sur la diplomatie scientifique, adoptée à la suite de plusieurs consultations. «L’Europe a bien compris qu’être une référence scientifique stable dans des pays avec des valeurs démocratiques devient un atout pour obtenir la confiance des différents partenaires et du grand public», poursuit-elle. 

Un exemple de diplomatie scientifique est le premier comité scientifique indépendant sur l’IA créé par l’ONU en août 2025 – dont Yoshua Bengio est le coprésident – pour mieux comprendre et encadrer les répercussions de l’intelligence artificielle. «Le comité épaule l’ONU et les États dans ce travail et fait le bilan de la science en IA pour que tous les pays puissent y avoir accès et prennent les bonnes décisions», précise Catherine Régis. 

La science pour tous

Donner accès aux mêmes ressources à tous fera partie des préoccupations abordées lors de ce sommet. «La science, c’est une activité qui est historiquement fermée, qui est faite dans des pays riches. La littérature n’est pas toujours disponible à tous», note Vincent Larivière. Avec Marie-Josée Hébert, il discutera de science ouverte et de sécurité. «La science ouverte veut faciliter l’accès aux contenus scientifiques et à l’activité de recherche elle-même, notamment pour que toutes les nations puissent discuter à partir de la science», résume-t-il.  

Si les tensions géopolitiques peuvent inciter à vouloir restreindre certaines collaborations, le professeur recommande la prudence. «On parle de boycottage de différents scientifiques ou de réduire les collaborations avec tel autre pays, mais ce n’est pas une bonne idée parce que la science est indépendante de la politique, mais également parce qu’elle maintient un canal de communication entre les nations», avance-t-il. «Partager des idées, ça crée des relations, mais aussi des rapports de force. On doit aujourd’hui se demander comment nous pouvons partager équitablement les savoirs pour avoir une influence positive sur la société en général. C’est notre responsabilité collective de le faire», estime Marie-Josée Hébert. 

Ce sommet aidera, espèrent les organisateurs, à jeter les bases d’une réflexion sur la diplomatie scientifique et sur la stratégie à élaborer sur les plans provincial et national. «La science reste une des voies communes pour favoriser la prise de décisions éclairées à l’échelle mondiale; elle joue un rôle extrêmement important», conclut Catherine Régis. 

Partager