Solidifier les liens entre scientifiques de partout dans le monde rend possible la création de vastes projets de recherche qui s’attaqueront aux défis internationaux. «Dans un contexte de fortes tensions géopolitiques, il est important de mettre de l’avant une science rigoureuse, respectueuse des droits de la personne et de la démocratie, et qui permet aux États de travailler collectivement sur les questions qui les préoccupent», affirme Catherine Régis. L’Union européenne a récemment publié sa stratégie sur la diplomatie scientifique, adoptée à la suite de plusieurs consultations. «L’Europe a bien compris qu’être une référence scientifique stable dans des pays avec des valeurs démocratiques devient un atout pour obtenir la confiance des différents partenaires et du grand public», poursuit-elle.
Un exemple de diplomatie scientifique est le premier comité scientifique indépendant sur l’IA créé par l’ONU en août 2025 – dont Yoshua Bengio est le coprésident – pour mieux comprendre et encadrer les répercussions de l’intelligence artificielle. «Le comité épaule l’ONU et les États dans ce travail et fait le bilan de la science en IA pour que tous les pays puissent y avoir accès et prennent les bonnes décisions», précise Catherine Régis.
La science pour tous
Donner accès aux mêmes ressources à tous fera partie des préoccupations abordées lors de ce sommet. «La science, c’est une activité qui est historiquement fermée, qui est faite dans des pays riches. La littérature n’est pas toujours disponible à tous», note Vincent Larivière. Avec Marie-Josée Hébert, il discutera de science ouverte et de sécurité. «La science ouverte veut faciliter l’accès aux contenus scientifiques et à l’activité de recherche elle-même, notamment pour que toutes les nations puissent discuter à partir de la science», résume-t-il.
Si les tensions géopolitiques peuvent inciter à vouloir restreindre certaines collaborations, le professeur recommande la prudence. «On parle de boycottage de différents scientifiques ou de réduire les collaborations avec tel autre pays, mais ce n’est pas une bonne idée parce que la science est indépendante de la politique, mais également parce qu’elle maintient un canal de communication entre les nations», avance-t-il. «Partager des idées, ça crée des relations, mais aussi des rapports de force. On doit aujourd’hui se demander comment nous pouvons partager équitablement les savoirs pour avoir une influence positive sur la société en général. C’est notre responsabilité collective de le faire», estime Marie-Josée Hébert.
Ce sommet aidera, espèrent les organisateurs, à jeter les bases d’une réflexion sur la diplomatie scientifique et sur la stratégie à élaborer sur les plans provincial et national. «La science reste une des voies communes pour favoriser la prise de décisions éclairées à l’échelle mondiale; elle joue un rôle extrêmement important», conclut Catherine Régis.