Parallèlement à ces travaux en prévention, la recherche de nouveaux traitements continue alors que la recrudescence de cas de résistance aux antibiotiques inquiète de plus en plus. Les scientifiques doivent donc explorer de multiples pistes: nouvelles molécules, réduction de l’utilisation inutile d’antibiotiques, traitements inusités. Le don soutiendra notamment les travaux de la chercheuse Frédérique Le Roux, titulaire d’une chaire d’excellence en recherche du Canada, qui s’intéresse aux bactériophages, soit des virus qui s’attaquent aux bactéries, qu’on peut utiliser en combinaison avec des médicaments.
Pour sa part, Yves Brun tente de trouver de nouveaux antibiotiques qui ont un mécanisme d’action inconnu des bactéries. «Il y a différentes façons de tuer les bactéries, par exemple en empêchant la réplication de l’ADN ou la synthèse de la paroi cellulaire, ce qui fait exploser leurs cellules», raconte-t-il.
La plupart des nouveaux antibiotiques commercialisés sont des variants d’antibiotiques qui existent déjà; pour trouver de nouvelles molécules, il faut penser en dehors de la boîte. «L’approche classique est de tester les molécules une à une pour voir si elles tuent les bactéries. Ça a bien marché durant des décennies, mais, depuis 40 ans, aucun nouvel antibiotique n’a été approuvé», constate-t-il.
Or, l’espace chimique théorique est vaste. «C’est là où l’intelligence artificielle entre en jeu», poursuit Yves Brun. Des modèles conçus par Yoshua Bengio, de l’UdeM, permettent de créer informatiquement de nouvelles molécules avec un fort potentiel antibiotique. «On peut explorer un espace chimique immense», se réjouit-il.
Pour faire ce genre de recherche innovante, les fonds qui la soutiennent doivent l’être tout autant. «Les dons philanthropiques permettent d’être agiles, que ce soit pour embaucher des étudiantes ou des étudiants exceptionnels ou pour acquérir de l’équipement», indique Yves Brun. Le don d’Intact consolide à ses yeux un financement majeur obtenu du Fonds de recherche biomédicale du Canada pour la création du consortium pancanadien PandemicStop-AI, qui combine des forces en microbiologie, IA et chimie médicinale. En un mot, si les subventions classiques sont fondamentales, les dons ont un effet de levier important.
Louis Gagnon espère entraîner d’autres donateurs dans son sillon pour pérenniser le Centre: «Nous sommes privilégiés; nous avons la possibilité de soutenir les communautés vulnérables et de les aider à faire face aux défis importants», dit-il. Parce que la Faculté de médecine de l’UdeM voit grand. «Nous souhaitons stimuler le développement du Centre, affirme Ekat Kritikou, en tissant de nouveaux liens de collaboration et en misant sur la philanthropie et les partenariats internationaux pour ainsi assurer son rayonnement.»