Stimuler la recherche sur les maladies infectieuses pour protéger les plus vulnérables

En 5 secondes Les maladies infectieuses posent de grands défis aux équipes de recherche. Un don combiné d’Intact et des familles Brindamour et Gagnon de cinq millions de dollars aidera à les relever.
Louis Gagnon en compagnie de scientifiques du Centre d’excellence pour les maladies infectieuses: les Drs Fatima Kakkar, Soren Gantt et Isabelle Boucoiran

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UdeMmagazine Article 11 / 13

Causées par des microorganismes pathogènes – virus, bactéries, parasites, champignons –, les maladies infectieuses affectent des milliards de personnes chaque année dans le monde. Leur prévention et la recherche de traitements sont primordiales, car elles réduisent l’espérance de vie et l’espérance de vie en bonne santé, en plus de comporter des risques de complications et de malformations pour le foetus. Et il n’y a aucun répit en vue alors que les changements climatiques favorisent la montée d’autres maladies infectieuses comme la maladie de Lyme et le virus du Nil occidental. 

«On les voit, les effets des changements climatiques et, en tant qu’assureur, on les prend en compte. On veut aider celles et ceux qui seront les plus touchés», affirme Louis Gagnon, chef de la direction d’Intact au Canada.

Concrètement, le don de cinq millions de dollars a permis d’appuyer la création du Centre d’excellence pour les maladies infectieuses. Cette unité unique au Canada rassemble des chercheurs et chercheuses de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal qui travaillent à l’Institut Courtois en innovation biomédicale ou au Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine, qui contribue à la lutte contre les maladies infectieuses et à la préparation en vue des prochaines pandémies.

Des astres qui s'alignent

C’est en 2023 que le recteur Daniel Jutras sollicite Louis Gagnon pour qu’il copréside la campagne de financement de l’Université de Montréal. «J’ai accepté parce que je crois que l’université est un lieu de réflexion important pour résoudre les problèmes complexes», estime-t-il.

Un premier don personnel conduira à la mise sur pied du cours HORizon, qui propose l’étude d’enjeux de société par une approche collaborative et interdisciplinaire. 

Au même moment, et complètement par hasard, Charles Brindamour, chef de la direction d’Intact Corporation financière, devenait coprésident de la campagne de financement de la Fondation CHU Sainte-Justine, l’un des centres hospitaliers affiliés à l’Université de Montréal. L’occasion était parfaite pour solidifier les liens entre les deux établissements. En effet, si les chercheurs de part et d’autre collaborent régulièrement, le maillage entre deux grandes campagnes philanthropiques est plutôt rare.

C’est donc grâce à la force combinée des équipes de philanthropie de la Fondation CHU Sainte-Justine et de l’Université de Montréal que l’Initiative Intact pour la résilience en santé a vu le jour. «Nous voulions faire un don qui rejoigne les valeurs d’Intact, notamment le soutien aux communautés vulnérables. Au sortir de la COVID-19, le projet de centre d’excellence qu’on nous a présenté était tout avisé», relate Louis Gagnon.

Réunir différentes expertises et perspectives

Octobre 2020. Alors que le monde entier est plongé dans la pandémie de COVID-19, l’idée de mettre sur pied un centre consacré à la lutte contre les maladies infectieuses et à leur prévention prend forme à la Faculté de médecine de l’UdeM.

«La pandémie a mis en lumière l’importance d’être prêt à répondre aux maladies infectieuses, autant par leur prévention qu’avec de nouveaux traitements, qui sont les deux faces d’une même médaille», déclare Yves Brun, professeur au Département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l’UdeM et chercheur à l’Institut Courtois en innovation biomédicale dont les travaux fondamentaux portent sur la découverte de nouveaux antibiotiques.

«Notre objectif était de rallier nos forces et de créer un continuum, de la recherche fondamentale à la recherche clinique et vice versa de façon à collaborer pour prévenir et surveiller la prochaine pandémie, puis pour mettre au point des traitements», renchérit Ekat Kritikou, vice-doyenne à la recherche à la Faculté de médecine de l’UdeM.

«Le Centre met en présence des expertises et des perspectives différentes, une diversité d’approches comme de disciplines. Ensemble, on fait germer les idées», croit Yves Brun. Ainsi, son équipe a accès aux souches bactériennes du CHU Sainte-Justine et vise à élaborer et à tester de nouveaux antibiotiques. Ce lien privilégié permet que la recherche réponde directement aux besoins du terrain.

Le Centre s’intéressera tout particulièrement aux populations vulnérables, dont les femmes enceintes et les enfants. «Les équipes de recherche ont souvent peur de recruter les femmes enceintes pour leurs travaux, et ce sont les dernières à avoir un accès aux traitements», soulève la Dre Fatima Kakkar, professeure de clinique au Département de pédiatrie et chercheuse au CHU Sainte-Justine. Et pourtant, les maladies infectieuses peuvent avoir de graves effets sur leur santé et celle de leurs bébés, comme elle le rappelle: «Ces populations vulnérables ont vraiment souffert pendant la pandémie.»


Louis Gagnon: un engagement de longue date

Diplômé en économie de l’Université de Montréal, Louis Gagnon n’en était pas à son premier engagement ni à son premier don. Après une carrière dans le milieu bancaire puis comme courtier d’assurance, il fait son entrée chez Intact en 2007 et prendra la présidence des opérations canadiennes en 2018. Il y rencontre alors l’ancienne chancelière de l’UdeM Louise Roy, qui siégeait au conseil d’administration d’Intact assurance. C’est ainsi que Louis Gagnon renoue avec le milieu de l’éducation, qui a toujours été très important pour sa famille. Son père était directeur d’école, trois de ses soeurs enseignaient et deux d’entre elles ont suivi les traces du paternel dans la direction d’établissement scolaire.

L’université est un lieu de réflexion important pour résoudre les problèmes complexes.

Louis Gagnon


Changer des vies par la prévention

Au CHU Sainte-Justine, la Dre Caroline Quach-Thanh – nommée directrice nationale de santé publique du Québec en septembre – et son équipe voulaient être mieux préparées à la prochaine pandémie. C’est ce qui a motivé la création de la plateforme POPCORN en 2022, rendue possible grâce à des financements des Instituts de recherche en santé du Canada et du Fonds de recherche biomédicale du Canada. La plateforme met en lien 16 hôpitaux pédiatriques pour faciliter la recherche clinique auprès des femmes enceintes et des enfants. «Les principaux freins sont administratifs; POPCORN facilite la mise en place d’études cliniques de façon efficace», avance la Dre Quach-Thanh. Le don combiné d’Intact et des familles Gagnon et Brindamour a permis à la plateforme POPCORN d’embaucher une directrice des opérations, ce qui assurera la fluidité et l’efficacité optimale de la gestion quotidienne de ses activités.

Une grande partie de la somme financera par ailleurs les études des Drs Kakkar et Soren Gantt, pédiatres et chercheurs cliniciens, qui, avec la Dre Isabelle Boucoiran, obstétricienne, travaillent à la prévention des infections transmissibles de la mère à l’enfant et à l’optimisation du diagnostic et du traitement des enfants infectés. «Le don aide à mettre en route des projets de recherche et cliniques, des étapes préliminaires qui sont rarement financées par des fonds traditionnels», note la Dre Kakkar.

Dans leur mire, le cytomégalovirus (CMV), un virus très courant et normalement bénin, mais qui peut entraîner de lourdes conséquences pour le foetus. «Le CMV concerne 1 naissance sur 200, mais il n’est pas dépisté au Québec», dit la Dre Kakkar. Une infection au CMV en début de grossesse peut causer des malformations, la surdité ou des retards de croissance chez les bébés. Il existe des traitements, mais encore faut-il qu’on détecte le virus. Ce ne sont pas tous les nouveau-nés qui présentent des symptômes à la naissance, ce qui fait que seuls les cas graves sont diagnostiqués. Mais la Dre Kakkar est convaincue: «Si l’on mettait en place des tests systématiques, ça changerait la vie de plusieurs enfants.»

Grâce au don qui soutiendra des projets de dépistage du CMV chez les nouveau-nés québécois, l’équipe a recruté une infirmière de recherche et un épidémiologiste. L’infirmière de recherche au CHU Sainte-Justine peut solliciter les patientes pour les intégrer aux projets de recherche dès leur première visite. L’épidémiologiste analysera ensuite les coûts et l’efficacité de cette intervention. «La priorité est au CMV, mais nous serions prêts à nous pencher sur d’autres virus émergents», remarque la Dre Kakkar.

Le don aide à mettre en route des projets de recherche et cliniques, des étapes préliminaires qui sont rarement financées par des fonds traditionnels.

Dre Fatima Kakkar


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Chercher de nouveaux traitements

Parallèlement à ces travaux en prévention, la recherche de nouveaux traitements continue alors que la recrudescence de cas de résistance aux antibiotiques inquiète de plus en plus. Les scientifiques doivent donc explorer de multiples pistes: nouvelles molécules, réduction de l’utilisation inutile d’antibiotiques, traitements inusités. Le don soutiendra notamment les travaux de la chercheuse Frédérique Le Roux, titulaire d’une chaire d’excellence en recherche du Canada, qui s’intéresse aux bactériophages, soit des virus qui s’attaquent aux bactéries, qu’on peut utiliser en combinaison avec des médicaments.

Pour sa part, Yves Brun tente de trouver de nouveaux antibiotiques qui ont un mécanisme d’action inconnu des bactéries. «Il y a différentes façons de tuer les bactéries, par exemple en empêchant la réplication de l’ADN ou la synthèse de la paroi cellulaire, ce qui fait exploser leurs cellules», raconte-t-il.

La plupart des nouveaux antibiotiques commercialisés sont des variants d’antibiotiques qui existent déjà; pour trouver de nouvelles molécules, il faut penser en dehors de la boîte. «L’approche classique est de tester les molécules une à une pour voir si elles tuent les bactéries. Ça a bien marché durant des décennies, mais, depuis 40 ans, aucun nouvel antibiotique n’a été approuvé», constate-t-il.

Or, l’espace chimique théorique est vaste. «C’est là où l’intelligence artificielle entre en jeu», poursuit Yves Brun. Des modèles conçus par Yoshua Bengio, de l’UdeM, permettent de créer informatiquement de nouvelles molécules avec un fort potentiel antibiotique. «On peut explorer un espace chimique immense», se réjouit-il.

Pour faire ce genre de recherche innovante, les fonds qui la soutiennent doivent l’être tout autant. «Les dons philanthropiques permettent d’être agiles, que ce soit pour embaucher des étudiantes ou des étudiants exceptionnels ou pour acquérir de l’équipement», indique Yves Brun. Le don d’Intact consolide à ses yeux un financement majeur obtenu du Fonds de recherche biomédicale du Canada pour la création du consortium pancanadien PandemicStop-AI, qui combine des forces en microbiologie, IA et chimie médicinale. En un mot, si les subventions classiques sont fondamentales, les dons ont un effet de levier important.

Louis Gagnon espère entraîner d’autres donateurs dans son sillon pour pérenniser le Centre: «Nous sommes privilégiés; nous avons la possibilité de soutenir les communautés vulnérables et de les aider à faire face aux défis importants», dit-il. Parce que la Faculté de médecine de l’UdeM voit grand. «Nous souhaitons stimuler le développement du Centre, affirme Ekat Kritikou, en tissant de nouveaux liens de collaboration et en misant sur la philanthropie et les partenariats internationaux pour ainsi assurer son rayonnement.»


Don de cinq millions de dollars

Le don de cinq millions de dollars d’Intact a été rendu possible grâce à la générosité personnelle de Louis Gagnon et de Charles Brindamour. Ils sont venus bonifier, avec un don de 500 000 $ chacun, les quatre millions de dollars offerts par Intact. Ces gestes de générosité s’inscrivent dans le cadre de dons plus importants de la famille Brindamour au CHU Sainte-Justine et de la famille Gagnon à l’UdeM.


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Tiré à 25 000 exemplaires, UdeMmagazine est publié à raison d’un numéro par année et s’adresse principalement à la grande famille diplômée et donatrice de l’Université de Montréal. L’impression du magazine respecte les normes d’écoresponsabilité forestière: le papier provient de forêts et d’autres sources contrôlées exploitées selon des principes de développement durable. 

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