Droits des femmes: où en sommes-nous en 2026?

En 5 secondes En cette journée internationale des femmes, la professeure Pascale Devette fait le point sur les enjeux actuels liés à la condition féminine. Un climat d’intolérance inquiétant prévaut, selon elle.
Selon Pascale Devette, il y a de plus en plus de mobilisation, surtout chez les jeunes filles.

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Journée internationale des femmes Article 54 / 54

Les médias rapportent une hausse de la misogynie, de l’homophobie et de la transphobie dans les écoles primaires et secondaires du Québec. Le contexte politique international est dangereusement tendu. Le masculinisme et l’insécurité ressentie par les femmes et les personnes LGBTQ+ s’accroissent.  

À quoi ressemble un arrêt sur image des réalités féminines actuelles? 

Pascale Devette, professeure au Département de science politique de l’Université de Montréal et responsable du diplôme d’études supérieures spécialisées en études féministes, des genres et des sexualités, dresse un état des lieux. 

Questions Réponses

On parle d’une augmentation du sexisme dans les écoles. D’où vient cette montée, selon vous? 

Quand on observe ce phénomène qui se déroule tant dans les écoles primaires que dans les écoles secondaires, il est difficile de ne pas le relier à la banalisation croissante des discours masculinistes. Ce qui frappe, c’est à quel point les réseaux sociaux ont transformé l’espace public, les modes de communication et la manière d’aborder les débats. 

Les jeunes sont particulièrement exposés à ces contenus. Les discours masculinistes vont fonctionner plus facilement grâce aux algorithmes, mais aussi parce qu’ils sont plus sensationnalistes, faciles à comprendre. Peu nuancés, ils offrent des réponses rapides à des malaises complexes. Cette dynamique favorise aussi les propos d’extrême droite, qui captent efficacement l’attention. 

Vous pensez donc que les réseaux sociaux peuvent amplifier les discours masculinistes? 

Oui, en partie. Les algorithmes privilégient les contenus qui suscitent de fortes réactions. Or, les discours simplistes et polarisants sont plus «performants» que les analyses nuancées. Dire, par exemple, que l’augmentation des inégalités est «la faute des personnes étrangères» prend une seconde. Expliquer les mécanismes complexes de l’inflation exige du temps, des nuances et un effort cognitif. Les deux types de discours ne compétitionnent donc pas à armes égales. 

Cela dit, les réseaux sociaux ne sont pas intrinsèquement négatifs. Ils permettent aussi à des communautés marginalisées de se rassembler et de créer des solidarités. Le problème réside plutôt dans la captation des détresses sociales par des discours haineux et dans le manque d’encadrement de ces dynamiques. 

Et quel rôle joue le contexte politique actuel, notamment la situation américaine, sur le climat général de sexisme? 

Les controverses médiatisées du président Trump, les scandales liés aux violences sexuelles telle l’affaire Epstein, certains procès très médiatisés comme celui de Dominique Pelicot ou encore des prises de position politiques marquées contribuent, oui, à banaliser des formes de violence symboliques ou réelles. Ils contribuent aussi à banaliser la violence sexuelle et le sexisme, puis à valoriser le masculinisme.  

Même lorsqu’une personne n’est pas directement victime de ces sévices et de ces injustices, le simple fait que ces discours circulent massivement crée une insécurité diffuse. Cette «insécurité atmosphérique» touche particulièrement les jeunes filles et les personnes de la communauté LGBTQ+. Les microviolences, difficiles à dénoncer, finissent par nuire au sentiment de sécurité et à la possibilité de se réaliser pleinement. 

Cette insécurité est-elle aussi présente à l’université et dans le monde du travail? 

Oui, elle ne se limite pas aux écoles secondaires. À l’université, des étudiantes et même des membres du corps professoral sentent une ambiance plus tendue. Je le constate entre autres avec des personnes qui sont engagées dans les études féministes. Et c’est quelque chose qui doit être pris au sérieux, avant que des évènements graves se produisent.  

Dans le monde du travail, les inégalités salariales persistent. Aussi, même dans des milieux qui ne sont pas explicitement liés au care, les femmes continuent d’assumer une charge importante des soins et du soutien, que ce soit en prenant des charges administratives, avec l’encadrement étudiant, les tâches invisibles. Ce travail, essentiel à la collectivité, peut freiner leur progression professionnelle. 

On observe aussi un retour des discours valorisant le modèle des tradwives [épouses traditionalistes] ou certaines formes de parentalité qui, sous le couvert de la bienveillance, peuvent renforcer une vision essentialiste du rôle des femmes. Des discours pseudoscientifiques culpabilisants circulent, notamment pour ce qui est des premières années de vie des enfants, laissant supposer qu’une «bonne mère» devrait réduire son engagement professionnel. 

Que faire face à cette montée des tensions, des insécurités et des inégalités? 

Il faut aller à la racine des problèmes. Cela implique de réfléchir aux conditions d’un dialogue démocratique égalitaire et aux conditions qui nous permettent de bien percevoir la vulnérabilité des autres.  

Mieux règlementer les réseaux sociaux et dénoncer davantage les discours haineux constituent des pistes. Mais il faut aussi créer des «sanctuaires de déconnexion», surtout dans les écoles et les universités, où l’on peut se soustraire à l’hyperconnexion et retrouver une capacité d’attention soutenue pour les apprentissages et les gens qu’on côtoie.  

La mobilisation féministe est-elle en croissance ou en recul? 

Je pense qu’il y a de plus en plus de mobilisation, surtout chez les jeunes filles. Mais cette mobilisation est très exigeante. Les militantes doivent à la fois convaincre les institutions de prendre au sérieux la misogynie – pour éviter d’autres féminicides – et s’engager dans des luttes antiracistes, antifascistes et pour les droits des personnes migrantes. 

Cette multiplicité des fronts crée un épuisement. Les institutions peuvent paraître lentes à réagir ou accueillir froidement les revendications, ce qui accentue la fatigue militante. Il y a tant à faire. 

Donc, en 2026, où en sont les droits des femmes? 

Il y a une inquiétude réelle. Dans les dernières années, et même les derniers mois, on a observé des régressions, non seulement dans les droits établis, mais aussi dans les conditions sociales implicites dans lesquelles les femmes et les personnes LGBTQ+ évoluent. 

Des luttes s’organisent pour contrebalancer ces reculs. Mais un point demeure central: la responsabilité ne repose pas uniquement sur les femmes et les féministes. Les hommes et les alliés qui adhèrent à l’égalité des genres doivent se sentir concernés. 

Car, au fond, ne pas prendre position, c’est prendre position. 

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