Florent Siaud, un «artiste atlantique» à la Comédie-Française

En 5 secondes Diplômé d’honneur de l’UdeM en 2023, Florent Siaud signe la mise en scène de «Lumières, lumières, lumières», première coproduction de la Comédie-Française avec le Québec.
La pièce «Lumières, lumières, lumières» arrive à Montréal le 2 septembre et poursuivra sa route à travers le Québec et le Canada.

Après avoir été présenté à Paris au printemps, le spectacle Lumières, lumières, lumières arrive à Montréal le 2 septembre et poursuivra sa route à travers le Québec et le Canada. Jouée 35 fois à guichets fermés au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, la pièce d’Evelyne de la Chenelière, librement inspirée du roman Vers le phare de Virginia Woolf, a été saluée par la critique parisienne, qui a notamment souligné le travail de mise en scène de Florent Siaud.

Florent Siaud développe depuis plusieurs années une pratique artistique entre l’Europe et le Québec. Son parcours l’a conduit à travailler dans de grandes organisations théâtrales et lyriques en France, au Canada et ailleurs en Europe. 

L’Université de Montréal occupe une place particulière dans cette trajectoire. C’est à l’UdeM, en 2007, à la faveur d’un échange avec l’École normale supérieure de Lyon, qu’il découvre la dramaturgie québécoise. Il réalise ensuite sur le campus de la montagne une partie de son doctorat en cotutelle avec la France. Cette formation influencera durablement sa manière d’aborder la création théâtrale.

À l’occasion de la tournée de Lumières, lumières, lumières, nous l’avons rencontré.

Questions Réponses

Vous avez étudié à l’UdeM et y avez réalisé une partie de votre parcours doctoral. Vous avez même été désigné diplômé d’honneur en 2023. Quels souvenirs gardez-vous de cette période et que vous a-t-elle apporté comme metteur en scène?

Ça a été un moment marquant à plusieurs égards. La première année, c’était un échange avec mon école française. C’est là que j’ai découvert le cours de dramaturgie québécoise de Gilbert David. Durant mes études à l’UdeM, j’ai aussi eu accès aux réflexions de Jeanne Bovet sur l’oralité, notamment autour du théâtre du 17e siècle. Cela m’a ensuite servi dans mes productions au Théâtre du Nouveau Monde, où j’ai mis en scène Britannicus, de Racine, et Le misanthrope, de Molière. Il y a eu un écho entre ce que j’ai découvert en arrivant et ce que j’ai fait par la suite comme artiste.

Ma scolarité de doctorat a aussi été importante. Les séminaires à l’UdeM sont très rigoureux. J’ai pu y suivre des cours traitant de l’oralité, d’anthropologie, de création littéraire, cinématographique, théâtrale, etc. J’ai dû intégrer inconsciemment ces réflexions à ma propre pratique.

Cela m’a donné accès à une réalité des milieux littéraire, culturel et dramaturgique québécois. Et en retour, c’est quelque chose que j’apporte lorsque je reviens en Europe. Peut-être que je suis un artiste atlantique, de plusieurs bords. En répétant à la Comédie-Française, j’ai travaillé dans l’esprit de ce que je fais, chaque année, à Montréal.

C’est justement cette position entre les deux cultures qu’on trouve dans «Lumières, lumières, lumières», la première coproduction de la Comédie-Française avec le Québec. Qu’est-ce que cela représente pour vous?

Cette collaboration m’honore parce que le Québec m’a accueilli avec beaucoup de bienveillance, à la fois dans le milieu artistique et dans ma formation. J’ai beaucoup étudié la dramaturgie québécoise à l’UdeM.

Devenir un passeur entre cette dramaturgie et une institution comme la Comédie-Française était une façon de rendre hommage à l’ouverture du Québec. Il y a un côté personnel et émotif très puissant, mais aussi la conviction qu’artistiquement, c’était ce qu’il fallait faire.

Je trouve beau que l’une des trois salles de la Comédie-Française puisse accueillir la parole d’une auteure majeure comme Evelyne de la Chenelière. C’est ma huitième collaboration avec elle et je trouvais stimulant que le public parisien puisse se frotter à son écriture et à sa manière si particulière d’affronter certains sujets. 

Votre thèse portait sur la complexité des processus de création. Cette réflexion continue-t-elle de vous accompagner?

Quand j’ai totalement basculé dans la vie active de metteur en scène, je me suis aperçu que le mot complexité était d’actualité de 8 h du matin jusqu’à minuit dans la pratique artistique! Il y a une complexité humaine, parce qu’il faut faire interagir les imaginaires, mais aussi une complexité de production, avec des contextes pratiques et des façons de fonctionner qui diffèrent selon les situations.

Je me suis aussi aperçu que ménager la complexité des points de vue pouvait constituer un défi dans un monde qui cherche beaucoup la polarisation et la simplicité dans la présentation des choses. Pour ma part, je milite pour quelque chose qui concilie l’imaginaire des interprètes et des concepteurs des deux rives.

La recherche m’a peut-être appris à prendre du recul. La réflexion et la pensée critique qui peuvent s’élaborer dans un doctorat peuvent servir dans le quotidien, y compris dans la vie artistique. Ça amène un autre point de vue, une bouffée d'oxygène, un recul qui parfois tend à nous manquer dans notre société du temps court et du numérique à tout va.

La tournée québécoise sera ponctuée d’ateliers et de rencontres avec des étudiants et de jeunes artistes. Pourquoi cette dimension de transmission est-elle importante pour vous?

C’est fondamental. Nous sommes dans un moment où les générations se passent le relais, notamment dans les organisations théâtrales. Une toute nouvelle garde arrive aux directions du théâtre. 

Je mets souvent en scène des finissants des écoles de théâtre et je trouve important de transmettre des idées, de passer le flambeau pour que la jeune génération puisse se faire son propre avis et inventer sa propre manière de faire. Et ces ateliers, c'est une façon d'amplifier tout cela. On réfléchit ensemble à la façon de jouer. 

J’irai aussi en région et j’aurai l’occasion d’y découvrir d’autres façons de pratiquer l’art théâtral. Donc, ça va me sortir de ma zone de confort.

Je crois que la moindre des choses dans une tournée, c’est que ça déplace, en plus des corps, ce qu’on pense, ce qu’on sent, ce qu’on voit. À travers les ateliers et dans les échanges avec le public, avant ou après les représentations, j’espère que nous allons avoir beaucoup d’occasions de dialoguer. Peut-être que cette circulation du spectacle va permettre un voyage des imaginaires et de la parole.

Je vais d’ailleurs essayer d’être présent à toutes les représentations. Si vous êtes étudiant ou étudiante à l’UdeM et que vous souhaitez échanger à l’issue des représentations, n’hésitez pas, ça me fera plaisir!

«Lumières, lumières, lumières» au Québec

Après ses 35 représentations à guichets fermés au Studio-Théâtre de la Comédie-Française à Paris, Lumières, lumières, lumières sera présenté à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, à Montréal, du 2 au 19 septembre.

Le spectacle poursuivra ensuite sa tournée notamment à Québec, Longueuil, Ottawa, Saint-Mathieu-du-Parc, Baie-Comeau, Rimouski, Saguenay et Vancouver. Plusieurs représentations seront accompagnées de rencontres avec le public, d’ateliers dramaturgiques et de classes de maître.

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