Des règles qui changent, des trajectoires bousculées

En 5 secondes Les étudiants étrangers occupent une place importante dans les universités québécoises, mais les changements successifs des politiques d’immigration ont rendu leur avenir plus incertain.
Dans la campagne électorale actuelle, les étudiants étrangers demeurent absents des discussions.

Chaque année, plus de 9800 étudiantes et étudiants étrangers fréquentent l’Université de Montréal. Ils participent à la vie universitaire, contribuent à la recherche et, pour certains, représentent de futurs diplômés que le Québec pourrait souhaiter retenir.

Or, leur situation s’est fragilisée au cours des dernières années. Ottawa a resserré l’accès aux permis d’études et plafonné le nombre de demandes. Du côté de Québec, le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) fait partie des voies d’accès à la sélection permanente pour les personnes ayant fait leurs études au Québec. Or, il a été suspendu soudainement pour les diplômés en octobre 2024, puis fermé en novembre 2025 et finalement rouvert en juillet pour une période de deux ans.

Un système complexe

Le dossier illustre la complexité du système d’immigration canadien, dans lequel Ottawa et Québec disposent de pouvoirs différents et parfois concurrents.

France Houle, professeure titulaire à la Faculté de droit de l’UdeM, s’intéresse précisément au partage des compétences entre les deux ordres de gouvernement et à l’adaptation de ce partage aux transformations de l’immigration. L’importance croissante de l’immigration temporaire, dont font partie les étudiants étrangers, soulève notamment la question de l’adéquation des mécanismes instaurés dans un autre contexte et à une autre époque.

«L’immigration est l’un des deux domaines pour lesquels la Constitution canadienne prévoit un partage explicite des compétences entre les parlements fédéral et provinciaux, ce qui, en principe, favorise la mise en œuvre d’un fédéralisme coopératif, indique-t-elle. Toutefois, la coordination en temps réel des actions intergouvernementales peut rendre ces interrelations dysfonctionnelles, car elles doivent tenir compte de paramètres juridiques définis il y a plus d’un quart de siècle. Le PEQ en est un bon exemple.»

Des parcours fragilisés

Derrière les programmes se trouvent des personnes qui ont parfois entrepris leur projet d’études il y a plusieurs années. Admission, certificat d’acceptation du Québec, permis d’études, permis de travail après les études et, pour certaines, projet d’établissement permanent: la moindre modification de règle peut transformer une trajectoire déjà amorcée.

C’est précisément cette question qu’étudie Juan Herrera, doctorant en droit à l’UdeM et consultant règlementé en immigration canadienne, dont la thèse porte sur la sécurité juridique et la prévisibilité des parcours migratoires. Dans un contexte de concurrence internationale pour attirer les talents, il s’interroge sur les conséquences que cette imprévisibilité peut avoir sur la confiance des étudiants étrangers à l'égard du Québec et du Canada.

«Les changements soudains ont brisé la prévisibilité des parcours en modifiant les règles, les quotas et les critères, rendant difficile la planification des études et de la vie au Québec, explique-t-il. Cette instabilité érode la confiance des candidats, qui privilégient des destinations perçues comme plus stables, ce qui réduit l’attractivité du Québec par rapport aux autres provinces et celle du Canada à l’échelle internationale.»

Cette question de l’attractivité se pose aussi concrètement sur les campus. Les conditions d’études, mais également les possibilités offertes après l’obtention du diplôme, peuvent peser lourdement sur le choix d’un pays ou d’une université par les étudiants qui envisagent leurs options.

Oscar Castillo, chef de la section Immigration à UdeM international, observe directement les effets de ces changements sur le terrain. Son équipe accompagne les étudiantes et les étudiants dans leurs démarches, souvent complexes, et doit elle-même composer avec un cadre règlementaire en constante évolution.

«Sur le terrain, nous observons une diminution des effectifs, notamment aux cycles supérieurs, ce qui touche directement les équipes et les projets de recherche, révèle-t-il. La complexité des démarches et les délais de traitement déraisonnables engendrent de l’angoisse et de l’incompréhension. Plusieurs étudiants et étudiantes ne comprennent pas pourquoi, après avoir étudié ici, il devient si difficile de construire un avenir pérenne au Québec.»

Quelle place pour les étudiants étrangers?

Dans la campagne électorale actuelle, les étudiants étrangers demeurent largement absents des discussions, alors que leur situation se trouve pourtant au croisement de plusieurs enjeux qui occupent le débat public: immigration, démographie, besoins en main-d’œuvre, enseignement supérieur et attraction des talents.

Ils viennent d’abord au Québec pour étudier. Certains repartent ensuite, d’autres souhaitent y travailler ou s’y établir. Au-delà du nombre de permis délivrés ou des seuils d’immigration, une question plus fondamentale se pose: quelle place le Québec souhaite-t-il donner aux étudiants étrangers dans son projet universitaire, migratoire, économique, social?

C’est cette question que viendra approfondir la table ronde «Au-delà des promesses: les étudiants internationaux dans le débat public québécois», organisée le 23 septembre par la Faculté de droit de l’Université de Montréal, la Commission du droit du Canada, la Maison des affaires publiques et internationales de l'UdeM et l’Équipe de recherche sur l’immigration au Québec et ailleurs.

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