«Faire une innovation, ce n’est pas suffisant. Il faut aussi comprendre comment on la transpose en contexte réel», résume Sylvie Belleville, également titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neuroscience cognitive du vieillissement et plasticité cérébrale.
Ainsi, 14 partenaires répartis au Canada – notamment des organismes communautaires, des acteurs de la santé publique et des cliniques – commencent à proposer Santé Cerveau PRO à leurs clientèles.
Et chacun peut le faire à sa manière. Une clinique médicale pourrait simplement remettre un dépliant à une personne susceptible de bénéficier du programme. Un organisme communautaire pourrait plutôt organiser une activité autour de la santé du cerveau et accompagner les participants dans leur démarche.
Cette diversité est volontaire. «Ce n’est pas une “taille unique”, c’est vraiment adapté à chaque communauté parce que c’est ça, la vraie vie», estime la chercheuse.
L’équipe de recherche va donc observer ce qui fonctionne, mais aussi ce qui ne fonctionne pas. Un organisme n’arrive pas à intéresser sa clientèle? Il faudra comprendre pourquoi. Le personnel manque de temps pour répondre aux questions? Il faudra déterminer quels outils pourraient l’aider. Un milieu abandonne complètement le programme? Ce sera également une information précieuse.
«Les études scientifiques ont souvent tendance à attirer des personnes déjà soucieuses de leur santé. Et les participants sont fréquemment des femmes plus scolarisées. Mais comme notre objectif est de prévenir les troubles neurocognitifs à l’échelle de la population, il faut aller beaucoup plus loin et atteindre les gens qui ne correspondent justement pas à ce profil», ajoute-t-elle.
Passer de la connaissance à l’action
Le principe du programme Santé Cerveau PRO est relativement simple: fournir aux gens des informations fiables et des moyens concrets d’agir sur les différents facteurs associés à la santé cognitive.
Le but n’est toutefois pas de leur demander de transformer leur mode de vie du jour au lendemain. À l’inscription, les participants remplissent d’abord un questionnaire qui permet d’établir leur profil. Une sorte d’horloge leur indique ensuite les domaines dans lesquels leur santé pourrait être améliorée, et ils peuvent choisir leurs priorités.
Chaque semaine, ils reçoivent de nouveaux contenus sous la forme de courtes vidéos interactives. Environ 10 minutes suffisent pour passer à travers une section, avec des jeux-questionnaires et des conseils pratiques. Par exemple, le programme peut expliquer pourquoi l’activité physique est bénéfique pour le cerveau, en plus de proposer des stratégies pour être moins sédentaire et se motiver.
La prévention: la base d’un cerveau en santé
Sylvie Belleville le rappelle: une importante proportion des troubles neurocognitifs pourrait être évitée ou retardée en agissant sur les sept facteurs de risque modifiables.
«Il faut toutefois éviter de traduire ces résultats par une promesse du type “faites telle chose et vous n’aurez pas de trouble neurocognitif”. La prévention ne garantit pas qu’une personne ne souffrira pas de la maladie, mais elle permet de diminuer certains risques aux échelles individuelle et collective», nuance la chercheuse.
Et certains changements observés dans la population sont encourageants, poursuit-elle. Même si le nombre total de personnes atteintes de troubles neurocognitifs s’accroît avec l’augmentation de l’espérance de vie et du nombre de personnes âgées, certaines analyses montrent une diminution de l’incidence de ces troubles lorsqu’on tient compte de l’âge.
«L’allongement de l’espérance de vie ne signifie pas nécessairement que les dernières années de vie seront toutes vécues en mauvaise santé. Au contraire, les populations vivent plus longtemps en bonne santé qu’auparavant, même si la période marquée par des problèmes importants de santé et une perte d’autonomie demeure difficile à réduire. L’enjeu est donc aussi de faire en sorte que les années gagnées soient des années de vie en santé, notamment sur le plan cognitif», conclut la professeure.