Prévenir le déclin cognitif grâce à un programme en ligne

En 5 secondes Actuellement testée en conditions réelles, cette initiative vise à aider la population à mieux comprendre les facteurs qui influencent la santé cognitive et à agir sur ceux qui sont modifiables.
Selon Sylvie Belleville, une importante proportion des troubles neurocognitifs pourrait être évitée ou retardée en agissant sur les sept facteurs de risque modifiables.

On estime que près de 50 % des cas de maladie d’Alzheimer et de troubles apparentés pourraient être évités ou retardés en agissant sur des facteurs de risque modifiables. 

Santé Cerveau PRO est un programme en ligne destiné aux adultes de 50 ans et plus qui présentent un risque accru de déclin cognitif. Il propose de l’information scientifiquement validée, des exercices et des stratégies pratiques portant sur sept facteurs de risque modifiables: l’activité physique, l’alimentation, l’engagement cognitif, le sommeil, la santé sociale et la santé psychologique, la santé vasculaire ainsi que la vision et l’audition.  

Conçu sans visée lucrative, son contenu repose sur l’expertise d’environ 150 chercheuses et chercheurs canadiens spécialisés dans leur domaine et sur la contribution d’un comité consultatif citoyen. Le projet a été coordonné par Sylvie Belleville, professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal, chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal Santé Québec Centre-Sud de-l’Île-de-Montréal – Universitaire et directrice scientifique du Réseau québécois de recherche sur le vieillissement. 

Une première étude menée auprès de 353 personnes partout au Canada a déjà permis de montrer que le programme peut améliorer les connaissances des participants quant aux troubles neurocognitifs, leur sentiment de contrôle sur leur santé et certains facteurs de risque modifiables. 

Mais ces participants étaient des volontaires engagés dans un contexte de recherche. Que se passe-t-il lorsque le programme sort du laboratoire? 

Voilà l’objectif d’une nouvelle étude d’implantation, qui vient d’être lancée grâce au financement de la Fondation de la famille Weston et du Consortium canadien en neurodégénérescence associée au vieillissement. 

Un test dans la «vraie vie»

«Faire une innovation, ce n’est pas suffisant. Il faut aussi comprendre comment on la transpose en contexte réel», résume Sylvie Belleville, également titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neuroscience cognitive du vieillissement et plasticité cérébrale. 

Ainsi, 14 partenaires répartis au Canada – notamment des organismes communautaires, des acteurs de la santé publique et des cliniques – commencent à proposer Santé Cerveau PRO à leurs clientèles. 

Et chacun peut le faire à sa manière. Une clinique médicale pourrait simplement remettre un dépliant à une personne susceptible de bénéficier du programme. Un organisme communautaire pourrait plutôt organiser une activité autour de la santé du cerveau et accompagner les participants dans leur démarche. 

Cette diversité est volontaire. «Ce n’est pas une “taille unique”, c’est vraiment adapté à chaque communauté parce que c’est ça, la vraie vie», estime la chercheuse. 

L’équipe de recherche va donc observer ce qui fonctionne, mais aussi ce qui ne fonctionne pas. Un organisme n’arrive pas à intéresser sa clientèle? Il faudra comprendre pourquoi. Le personnel manque de temps pour répondre aux questions? Il faudra déterminer quels outils pourraient l’aider. Un milieu abandonne complètement le programme? Ce sera également une information précieuse. 

«Les études scientifiques ont souvent tendance à attirer des personnes déjà soucieuses de leur santé. Et les participants sont fréquemment des femmes plus scolarisées. Mais comme notre objectif est de prévenir les troubles neurocognitifs à l’échelle de la population, il faut aller beaucoup plus loin et atteindre les gens qui ne correspondent justement pas à ce profil», ajoute-t-elle. 

Passer de la connaissance à l’action 

Le principe du programme Santé Cerveau PRO est relativement simple: fournir aux gens des informations fiables et des moyens concrets d’agir sur les différents facteurs associés à la santé cognitive. 

Le but n’est toutefois pas de leur demander de transformer leur mode de vie du jour au lendemain. À l’inscription, les participants remplissent d’abord un questionnaire qui permet d’établir leur profil. Une sorte d’horloge leur indique ensuite les domaines dans lesquels leur santé pourrait être améliorée, et ils peuvent choisir leurs priorités. 

Chaque semaine, ils reçoivent de nouveaux contenus sous la forme de courtes vidéos interactives. Environ 10 minutes suffisent pour passer à travers une section, avec des jeux-questionnaires et des conseils pratiques. Par exemple, le programme peut expliquer pourquoi l’activité physique est bénéfique pour le cerveau, en plus de proposer des stratégies pour être moins sédentaire et se motiver. 

La prévention: la base d’un cerveau en santé 

Sylvie Belleville le rappelle: une importante proportion des troubles neurocognitifs pourrait être évitée ou retardée en agissant sur les sept facteurs de risque modifiables.   

«Il faut toutefois éviter de traduire ces résultats par une promesse du type “faites telle chose et vous n’aurez pas de trouble neurocognitif”. La prévention ne garantit pas qu’une personne ne souffrira pas de la maladie, mais elle permet de diminuer certains risques aux échelles individuelle et collective», nuance la chercheuse. 

Et certains changements observés dans la population sont encourageants, poursuit-elle. Même si le nombre total de personnes atteintes de troubles neurocognitifs s’accroît avec l’augmentation de l’espérance de vie et du nombre de personnes âgées, certaines analyses montrent une diminution de l’incidence de ces troubles lorsqu’on tient compte de l’âge. 

«L’allongement de l’espérance de vie ne signifie pas nécessairement que les dernières années de vie seront toutes vécues en mauvaise santé. Au contraire, les populations vivent plus longtemps en bonne santé qu’auparavant, même si la période marquée par des problèmes importants de santé et une perte d’autonomie demeure difficile à réduire. L’enjeu est donc aussi de faire en sorte que les années gagnées soient des années de vie en santé, notamment sur le plan cognitif», conclut la professeure.

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