Pourquoi autant de couples abandonnent-ils leurs traitements de fertilité?

  • Forum
  • Le 5 juin 2019

  • Martine Letarte
«Près de 30 % des couples en moyenne abandonnent leurs traitements de fertilité au Canada, aux États-Unis et en Europe. C’est beaucoup et ça vient réduire le taux de succès des traitements de fertilité de façon globale.» - Katherine Péloquin

«Près de 30 % des couples en moyenne abandonnent leurs traitements de fertilité au Canada, aux États-Unis et en Europe. C’est beaucoup et ça vient réduire le taux de succès des traitements de fertilité de façon globale.» - Katherine Péloquin

Crédit : Getty

En 5 secondes

Plusieurs couples abandonnent leurs traitements de fertilité prématurément. Katherine Péloquin cherche à savoir pourquoi et comment leur apporter du soutien psychologique dans le processus.

Dès l’automne, 350 couples seront recherchés pour participer à une étude sur les facteurs liés à l’abandon prématuré des traitements de fertilité menée par Katherine Péloquin, professeure au Département de psychologie de l'Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles. Elle a obtenu une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada pour réaliser cette étude en collaboration avec Natalie Rosen, de l’Université Dalhousie, Audrey Brassard et Belina Carranza-Mamane, de l’Université de Sherbrooke, et Sophie Bergeron, de l’UdeM.

«Près de 30 % des couples en moyenne abandonnent leurs traitements de fertilité au Canada, aux États-Unis et en Europe, affirme Katherine Péloquin. C’est beaucoup et ça vient réduire le taux de succès des traitements de fertilité de façon globale.»

Si la raison financière est incontournable, des facteurs psychologiques sont aussi en cause.

«La fécondation in vitro est très exigeante sur le corps en raison de la médication qui l'accompagne et qui a des effets secondaires sur l’humeur, explique la professeure. Elle demande aussi un grand investissement de temps avec tous les rendez-vous médicaux et exige des injections quotidiennes à la maison. C’est en outre très intrusif relativement à la vie de couple. Les médecins posent beaucoup de questions sur la sexualité, qui devient axée sur la procréation. Il y a aussi une pression de performance qui peut causer de la détresse.»

L’infertilité touche pas moins d’un couple sur six et est en augmentation, alors que les gens attendent de plus en plus tard avant d’essayer d’avoir des enfants.

Loin du romantisme, essayer de faire un bébé entouré d’une équipe médicale dans une salle de chirurgie fait vivre toutes sortes d’émotions.

Pour mieux comprendre les facteurs psychologiques qui poussent à abandonner précocement des traitements, la chercheuse suivra les 350 couples sélectionnés, dès le début de leur démarche de procréation assistée, tous les six mois, pendant deux ans.

Groupe de soutien

Katherine Péloquin

Crédit : Amélie Philibert

Katherine Péloquin s’intéresse de façon générale aux dynamiques de fonctionnement conjugal et s’est penchée dans une précédente étude sur les couples qui sortent renforcés de l’épreuve de l’infertilité et de ses traitements par opposition à ceux que cette situation difficile affaiblit.

«Il y aurait des facteurs de vulnérabilité et d’autres de protection dans le fonctionnement conjugal», indique-t-elle.

La chercheuse s’inspire des résultats de ce type de travaux pour élaborer en parallèle des interventions en psychothérapie destinées à soutenir les couples en traitement de fertilité afin de réduire la détresse et les abandons prématurés.

Dans une étude publiée ce printemps dans le Journal of Sex & Marital Therapy, elle montrait qu’un groupe de soutien et d’information animé par une psychologue et une infirmière réduisait les symptômes de dépression et augmentait la qualité de vie des deux partenaires, en plus de diminuer les effets néfastes des traitements sur la relation de couple.

«Chaque rencontre aborde un thème, comme la montagne russe émotionnelle due aux espoirs et aux déceptions causées par les traitements, dit la chercheuse. La formule de groupe est intéressante parce qu’elle brise l’isolement social de ces couples. Et c’est moins coûteux que la psychothérapie individuelle, donc plus facile à implanter dans les cliniques de fertilité.»

Minorités sexuelles et de genre

Dans ses différents projets de recherche, Katherine Péloquin cherche à inclure les minorités sexuelles et de genre, qui représentent de 15 à 20 % de la clientèle des cliniques de fertilité. Elle souhaite aussi documenter leur expérience, puisque ces couples n’ont pas nécessairement de problèmes d’infertilité et que les cliniques n’ont pas conçu leur offre de services en pensant à eux.

«Ces couples vivent de la stigmatisation et il faut outiller le personnel des cliniques de fertilité pour qu’il soit en mesure de répondre à leurs besoins», déclare la chercheuse.

Les activités de recherche de Katherine Péloquin sont notamment soutenues par une bourse salariale Chercheur-boursier Junior 2 du Fonds de recherche du Québec – Santé, d’une durée de quatre ans. Elle permet à la professeure d’accorder davantage de temps à ses travaux sur la détresse conjugale liée à différents contextes de stress. En plus de l’infertilité, Mme Péloquin s’intéresse par exemple dans une autre étude aux parents qui ont un enfant atteint d’un cancer.