Robert Lacroix revient sur ses sept années de rectorat

  • Forum
  • Le 29 octobre 2019

  • Mathieu-Robert Sauvé
Robert Lacroix, qui a été recteur de l’Université de Montréal de 1998 à 2005, estime qu’il faut rouvrir le débat sur les droits de scolarité de façon à redonner un financement adéquat au réseau universitaire québécois.

Robert Lacroix, qui a été recteur de l’Université de Montréal de 1998 à 2005, estime qu’il faut rouvrir le débat sur les droits de scolarité de façon à redonner un financement adéquat au réseau universitaire québécois.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Robert Lacroix livre, dans «Grandeurs et misères de l’université québécoise», un bilan personnel de sept années de rectorat.

Robert Lacroix, qui a été recteur de l’Université de Montréal de 1998 à 2005, estime qu’il faut rouvrir le débat sur les droits de scolarité de façon à redonner un financement adéquat au réseau universitaire québécois. «Pour moi, c’est une évidence que le gel des droits de scolarité a nui au développement des universités du Québec; il faudra tôt ou tard s’y attaquer de nouveau, comme je l’explique dans le plus long chapitre du livre», dit-il en entrevue à Forum à l’occasion de la publication de Grandeurs et misères de l’université québécoise aux Presses de l’Université de Montréal.

Dans cet ouvrage de 296 pages, le professeur de sciences économiques revient sur ses sept années à la tête de l’Université de Montréal et sur la période ultérieure dans un chapitre intitulé «Y a-t-il une vie après le rectorat?»

C’est à la faveur d’un mandat confié par l’ancien recteur Paul Lacoste, en 1985, que Robert Lacroix plonge dans le sujet, qui va devenir la passion de sa vie professionnelle. Paul Lacoste lui demande de documenter la place de l’Université de Montréal parmi les grandes universités de recherche du Canada. Le rapport né de cette vaste enquête, comptant 450 pages, La poursuite de l’excellence, deviendra un document de référence et sera surnommé le «rapport Lacroix».

«Primus inter pares»

«Grandeurs et misères de l'université québécoise, souvenirs et réflexions d'un recteur» - Robert Lacroix

Cet universitaire de première génération, huitième enfant d’une famille de neuf, ne rêvait pas d’être recteur. C’est la rédaction de ce rapport qui lui a donné la visibilité nécessaire et la légitimité pour accéder au titre qu’il compare à celui non pas de président d’une entreprise privée mais de primat d’une congrégation, le primus inter pares, littéralement le «premier parmi les égaux». Il affirme avoir adoré ses sept années de rectorat même s’il a fait face à de nombreux enjeux.

Dans les 14 chapitres de Grandeurs et misères de l’université québécoise, l’ancien professeur et administrateur universitaire (il a été directeur de département et doyen avant de devenir recteur) présente ses constats et ses réflexions sur l’institution universitaire, son organisation, ses grands partenaires (les gouvernements du Québec et du Canada, les conseils subventionnaires, l’entreprise privée et les philanthropes) et ses membres (corps professoral, communauté étudiante et personnels). Il raconte aussi ses meilleurs coups, mais ne passe pas sous silence certains de ses échecs. Le plus retentissant est le choix de l'emplacement du centre hospitalier universitaire, un sujet sur lequel il s’était déjà expliqué dans un livre au titre sans équivoque: Le CHUM, une tragédie québécoise.

Chaires de recherche du Canada

Ceux qui s’intéressent à l’histoire intellectuelle du Québec et du Canada liront avec intérêt le pèlerinage de Robert Lacroix au gouvernement du Canada au tournant du millénaire. Après des années difficiles, le Canada retrouvait une certaine santé financière et le gouvernement de Jean Chrétien voulait financer des «programmes permettant de mieux préparer le Canada aux défis à relever au XXIe siècle». Il a multiplié les rencontres avec les directeurs d’organismes subventionnaires et les hauts fonctionnaires pour parvenir au bureau même du premier ministre. Pour l’an 2000, a-t-il fait valoir, il faut créer «2000 chaires de recherche perpétuelles». Des chaires dotées d’un budget suffisant pour attirer les meilleurs cerveaux de la planète: 200 000 $ par année pour les chercheurs principaux et 100 000 $ pour les jeunes chercheurs.

C’est en utilisant une analogie sportive que le recteur aurait marqué son «coup de circuit», selon le conseiller du premier ministre Eddie Goldenberg. Les universités québécoises sont comme les Expos de Montréal, a-t-il déclaré. «Lorsque, au grand plaisir des amateurs, le club devient très bon, il perd ses meilleurs joueurs au profit des riches clubs américains et tout est à recommencer», laissant entendre que le programme proposé permettrait de garder chez nous les personnes les plus talentueuses.

Encore aujourd’hui, le Programme des chaires de recherche du Canada investit 265 M$ par année afin «d’attirer et de retenir certains des chercheurs les plus accomplis et prometteurs du monde», dit le site Web du gouvernement fédéral. Le Québec reçoit plus que sa part de ce programme, souligne l’auteur. À l’UdeM, plusieurs chercheurs et chercheuses de renommée mondiale doivent leur retour au pays à ce programme.

Personnel et documenté

Robert Lacroix s’était fait conseiller par plusieurs amis de partager ses réflexions sous forme de livre; il relève brillamment le défi dans cet ouvrage à la fois personnel et solidement documenté. Le lecteur sent que c’est l’occasion, pour Robert Lacroix, d’exprimer son amour de l’institution, des professeurs et des étudiants.

Il parvient à nous surprendre, au sujet notamment de la sous-scolarisation des garçons, un problème de société qui l’inquiète. Il discute aussi de la syndicalisation des professeurs d’université et de la permanence universitaire, questions âprement débattues ailleurs dans le monde mais pas du tout ici. «C’est malheureux qu’il en soit ainsi», écrit-il.

Comme on le voit, l’auteur ne cherchait pas nécessairement à se faire des amis, mais les «souvenirs et réflexions d’un recteur» valent certainement le détour.