COVID-19: mise sur pied d’un programme extraordinaire d’immunisation passive par plasma

On procédera bientôt à la collecte de plasma convalescent qui servira à élaborer un programme d’immunisation passive pour traiter les malades de la COVID-19 hospitalisés.

On procédera bientôt à la collecte de plasma convalescent qui servira à élaborer un programme d’immunisation passive pour traiter les malades de la COVID-19 hospitalisés.

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Des établissements québécois joignent leurs forces scientifiques pour mettre sur pied un programme extraordinaire d’immunisation passive par plasma pour lutter contre la COVID-19.

Peut-on imaginer que le sang de personnes ayant guéri de la COVID-19 puisse aider à guérir celles qui en sont atteintes?

La situation extraordinaire que vit notre société actuellement exige la mise en œuvre de moyens extraordinaires. Face à la menace que fait peser la COVID-19, l’expertise québécoise en recherche se joint aux efforts nationaux et internationaux en se mobilisant autour d’un grand projet mettant en commun des scientifiques du CHU Sainte-Justine (CHUSJ et Université de Montréal), du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CRCHUM), de l'Hôpital général juif, d’Héma-Québec et de plusieurs autres hôpitaux du Québec pour trouver un moyen de guérir les personnes touchées par la maladie.

Sous le leadership du Dr Philippe Bégin, on procédera bientôt à la collecte de plasma convalescent qui servira à élaborer un programme d’immunisation passive pour traiter les malades de la COVID-19 hospitalisés. Le traitement sera étudié dans le cadre d’un grand essai clinique auquel prendront part une cinquantaine de centres au Canada, dont une quinzaine au Québec.

Une approche prometteuse basée sur de vieilles connaissances

Philippe Bégin

L’immunisation passive consiste à transfuser le plasma de patients guéris de la COVID-19 à des patients en début de maladie pour leur transférer les anticorps protecteurs. Il s’agit d’une approche qui était utilisée avant l’avènement des vaccins lors des grandes épidémies. De vieilles études portant sur d’autres pneumonies virales graves comme la grippe espagnole ont déjà rapporté des diminutions de la mortalité allant jusqu’à 75 %. Bien qu’encourageantes, ces études montraient toutefois des lacunes méthodologiques, et l’efficacité contre la COVID-19 reste à démontrer.

«L’avantage de l’immunisation passive, c’est que le médicament n’a pas à être conçu en laboratoire. C’est le corps du donneur qui le fabrique naturellement, sur mesure contre le nouveau virus. Par contre, comme tout nouveau médicament, il faut valider son efficacité à partir d’essais cliniques multicentriques. Le défi, c’est de monter de façon urgente l’infrastructure pour collecter le plasma et pour réaliser l’essai clinique», a déclaré le Dr Philippe Bégin, clinicien-chercheur au CHUSJ, chercheur associé au CRCHUM et professeur à l’Université de Montréal. Héma-Québec sera responsable de la collecte de plasma chez les patients guéris.

L’un des avantages de l’immunisation passive est que le nombre de donneurs potentiels croît au fur et à mesure que l’infection progresse. Advenant des résultats concluants, une offre clinique pourrait être immédiatement proposée à la population hospitalisée grâce à la structure mise en place par Héma-Québec et les banques de sang dans le cadre de cet essai clinique.

«Il faut attendre deux semaines après la fin des symptômes avant de prélever le plasma chez les patients convalescents, donc il commence à peine à y avoir des donneurs potentiels au Québec. Par contre, cela fait maintenant plus de trois semaines qu’Héma-Québec planche sur ce projet avec l’équipe de cliniciens et de chercheurs pour développer les protocoles et prévoir la logistique afin d’être prêts à offrir ce service, en plus de nos activités de collecte habituelles, qui demeurent essentielles», a mentionné Renée Bazin, directrice à l’innovation à Héma-Québec.

Un tour de force rendu possible grâce à une mise en commun des ressources

Andrés Finzi

Moins d’un mois se sera écoulé entre la conception du projet et l’essai clinique. Ce tour de force a été rendu possible par une mise en commun des ressources à tous les niveaux et une collaboration entre les laboratoires pour l’élaboration des tests sérologiques. Les échanges quotidiens entre les équipes cliniques et les épidémiologistes ont pu faire avancer le projet. L’équipe du Dr Andrés Finzi, au CRCHUM, a notamment joué un rôle déterminant dans la mise au point des tests sérologiques nécessaires pour valider la qualité du plasma avant la transfusion.

À l’Hôpital général juif, premier hôpital de la province à avoir reçu des personnes souffrant de la COVID-19, c’est l’équipe de la Dre Sarit Assouline, hémato-oncologue et chercheuse clinicienne spécialisée dans les cancers du sang, qui sera chargée de l’essai clinique.

«Tous veulent être là où ils seront le plus utile dans la crise actuelle. Pendant que les équipes en infectiologie et dans les unités de soins intensifs sont au front, nos équipes réussissent à apporter leur contribution en mettant à profit leurs expertises de recherche pour faire avancer la quête de solutions. Personne ne veut rester sur le banc!» affirme le Dr Gerald Batist, directeur du Centre de cancer Segal à l'Hôpital général juif.

Une initiative de portée nationale

Cette initiative d’envergure, qui comprend un volet pédiatrique et un volet adulte, dépasse les frontières provinciales. En effet, au cours de la dernière semaine, le projet mené au Québec s’est arrimé avec ceux entrepris ailleurs au Canada pour réunir les forces vives des centres de recherche et des établissements du pays et mettre sur pied un essai clinique pancanadien. Ce dernier sera codirigé par le Dr Philippe Bégin au CHU Sainte-Justine, le Dr Donald Arnold à l’Université McMaster et la Dre Jeannie Callum à l’Hôpital Sunnybrook, affilié à l’Université de Toronto. Un volet pédiatrique a été intégré en collaboration avec des chercheuses de l’Hôpital pour enfants malades de Toronto. Le Canada occupe ainsi une position de chef de file dans le développement de cette avenue thérapeutique.

Le soutien de la Fondation CHU Sainte-Justine

«La crise actuelle démontre plus que jamais l’importance de la recherche scientifique pour la société, a souligné Maud Cohen, présidente et directrice générale de la Fondation CHU Sainte-Justine. Avec son haut potentiel de retombées à court terme pour la population et ses brillants chercheurs qui travaillent d’arrache-pied pour trouver des solutions concrètes et crédibles, cette recherche mérite toute notre attention. Nous en appelons à la générosité de nos donateurs pour la réaliser. L’effort collectif, à tous les échelons, est indispensable pour faire face à cette pandémie.»

À propos du Centre de recherche du CHUM

Le Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) est l’un des principaux centres de recherche hospitaliers d’Amérique du Nord. Sa mission est d’améliorer la santé des adultes grâce à un continuum de recherche couvrant des disciplines telles que la science fondamentale, la recherche clinique et la santé des populations. Plus de 2150 personnes travaillent au CRCHUM, dont quelque 500 chercheuses et chercheurs et près de 650 étudiantes et étudiants et stagiaires postdoctorales et postdoctoraux. crchum.com

À propos du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine

Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine est un établissement phare en recherche mère-enfant affilié à l’Université de Montréal. Axé sur la découverte de moyens de prévention innovants, de traitements moins intrusifs et plus rapides et d’avenues prometteuses de médecine personnalisée, il réunit plus de 200 chercheurs, dont plus de 90 chercheurs cliniciens, ainsi que 500 étudiants de cycles supérieurs et postdoctorants. Le centre est partie intégrante du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le plus grand centre mère-enfant au Canada.

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