Créer et maintenir des liens en temps de pandémie: le défi des travailleurs sociaux

  • Forum
  • Le 21 avril 2020

  • Martin LaSalle
Durant la pandémie, maintenir des liens avec les gens les plus vulnérables constitue un défi d’adaptation pour les travailleurs sociaux.

Durant la pandémie, maintenir des liens avec les gens les plus vulnérables constitue un défi d’adaptation pour les travailleurs sociaux.

Crédit : Getty

En 5 secondes

La distanciation sociale pose des défis de taille aux travailleurs sociaux, dont la profession consiste à créer et maintenir des liens avec les plus vulnérables de notre société.

Ils interviennent auprès de personnes âgées en perte d’autonomie pour les aider à rester à domicile, auprès de familles en détresse, de jeunes en difficulté ou victimes de maltraitance, de femmes qui subissent de la violence conjugale, d’itinérants, d’individus atteints de troubles de santé mentale, et ce, tant sur le terrain que dans des organismes communautaires ou des établissements de soins…

Pour les travailleuses sociales et travailleurs sociaux, dont la profession consiste à créer et maintenir des liens avec les gens les plus vulnérables et les plus à l’écart de la société, la distanciation sociale que commande la pandémie constitue un défi d’adaptation qu’ils relèvent du mieux qu’ils peuvent, avec les moyens souvent limités dont ils disposent.

«Le confinement nous fait tous et toutes prendre conscience à quel point les relations sociales sont importantes et façonnent notre quotidien, indique Céline Bellot, professeure à l’École de travail social de l’Université de Montréal. Et à l’heure des mesures de distanciation physique, le travail social doit s’adapter tout en défendant ses positions pour entretenir des liens avec les populations isolées.»

Le travail social s’adapte

Céline Bellot

Dans leur pratique habituelle, les travailleuses sociales et travailleurs sociaux accompagnent des personnes qui sont socialement isolées et pour lesquelles les ressources manquent. Ils les aident aussi à faire valoir leurs droits et à s’intégrer dans la société pour, en somme, créer des liens en alimentant le filet social qui doit les protéger.

«Actuellement, plusieurs s’activent par le biais de lignes d’écoute afin de garder le contact avec les populations qu’ils servent, mais l’écoute à distance ne peut pas remplacer tous les services qu’ils rendent en temps normal», indique Mme Bellot, qui est aussi directrice de l’école.

De fait, certaines visites doivent être effectuées pour assurer la sécurité des bénéficiaires, notamment dans les domaines de la protection de la jeunesse, du maintien à domicile des personnes âgées ou des gens qui vivent avec un handicap, du travail de rue aussi, avec les risques que ces interventions comportent en période de pandémie.

Malgré le risque d’infection, des travailleuses sociales et travailleurs sociaux doivent aller à la rencontre des clients qui n’ont pas accès aux outils technologiques pour être joints autrement qu’en personne ou encore se rendre là où il y a des enjeux de violence ou de maltraitance.

«C’est leur rôle d’aller vers les gens auxquels ils viennent en aide, de ne pas attendre que ceux-ci aillent vers eux et d’écouter au-delà d’entendre, souligne Céline Bellot. C’est encore plus important dans ce contexte de distanciation sociale parce que les plus vulnérables risquent d’être les plus affectés par ces mesures, d’être les plus oubliés parce qu’ils sont déjà petits sur le radar de nos préoccupations collectives habituelles.»

Pour Céline Bellot, la pauvreté et la vulnérabilité «sont le plus souvent des situations sociales qu’on préfère ignorer: il est d’ailleurs surprenant qu’on semble découvrir le traitement et la vulnérabilité des personnes aînées dans les établissements d’hébergement qui, en général, étaient loin d’être des milieux de vie chaleureux bien avant la pandémie».

Des finissants déjà à l’œuvre

Les étudiantes et étudiants qui achevaient leur baccalauréat en travail social à l’UdeM étaient en stage depuis la session d’automne lorsque le confinement décrété par le gouvernement a mis fin abruptement à leur immersion dans la réalité du terrain. Plusieurs travaillent déjà dans le réseau comme agents de ressources humaines et devraient devenir rapidement travailleuses sociales ou travailleurs sociaux.

«Nous nous affairons à terminer la session afin qu’ils puissent travailler le plus vite possible, ajoute Mme Bellot. D’ailleurs, tant le ministère de la Santé et des Services sociaux que l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec ont mis des procédures en place pour accélérer la délivrance des permis et répartir des finissantes et finissants dans le réseau, dans le contexte difficile de la COVID-19 mais également de la pénurie de main-d’œuvre constatée depuis plusieurs années.»

Tant les personnes diplômées de l’UdeM que celles des autres écoles qui offrent le programme iront ainsi rejoindre les quelque 15 000 membres de cet ordre qui régit le travail de l’un des plus grands groupes de professionnelles et professionnels du domaine psychosocial au Québec.

«Dans les mois à venir, nous serons appelés à exercer notre solidarité dans un contexte économique difficile, soutient Céline Bellot. La pauvreté risque de s’étendre à des groupes qui étaient précaires et il faudra informer les gens de leurs droits, les accompagner dans leurs démarches, éviter qu’ils perdent leur logement, les mettre en relation avec les organismes de soutien alimentaire pour répondre à leurs besoins de base et les écouter.»

Solidarité financière pour les étudiants dans le besoin

Cette sensibilité à la précarité s’est aussi manifestée au sein même de l’École de travail social de l’UdeM: un fonds d’urgence a été mis sur pied qui a permis de distribuer, dès le début d’avril, plus de 80 bourses de 500 $ à des étudiantes et étudiants dans le besoin.

«La création de ce fonds n’a demandé qu’une semaine, et la collecte de dons se poursuit, lance fièrement Mme Bellot. De plus, nous avons mis en place un système de communication et d’information par lequel nous assurons un lien avec nos étudiantes et étudiants: ça permet d’illustrer comment, comme professionnels, ils auront à appliquer les valeurs, principes et savoir-faire liés à la profession, en apprenant à s’adapter à toutes les circonstances. Ces gestes de l’école montrent ce qu’il est possible de faire lorsqu’on travaille ensemble pour témoigner sa solidarité.»

À lire aussi: