Favoriser le bien-être et la résilience des minorités sexuelles et de genre

  • Forum
  • Le 1 juin 2020

  • Dominique Nancy
La Chaire en science du sexe et du genre des IRSC a pour projet d’étudier le bien-être et la résilience des minorités de sexe et de genre auprès d’environ 500 personnes LGBTQ+ du Québec.

La Chaire en science du sexe et du genre des IRSC a pour projet d’étudier le bien-être et la résilience des minorités de sexe et de genre auprès d’environ 500 personnes LGBTQ+ du Québec.

Crédit : Getty

En 5 secondes

Le professeur Robert-Paul Juster, du Département de psychiatrie et d’addictologie de l'UdeM, devient titulaire de la chaire de recherche des IRSC en science du sexe et du genre.

Les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans, queers et autres (LGBTQ+) doivent combattre quotidiennement des préjugés à leur endroit. À cela s’ajoute la crainte du rejet d’une société qui les stigmatise: «La perte de confiance en soi, le repli et l’isolement provoqués par la stigmatisation sont renforcés par le regard négatif des autres. C’est un cercle vicieux qui crée beaucoup de stress», affirme Robert-Paul Juster.

Le professeur du Département de psychiatrie et d’addictologie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal vient de se voir accorder la Chaire en science du sexe et du genre des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Il a pour projet d’étudier le bien-être et la résilience des minorités de sexe et de genre auprès d’environ 500 personnes LGBTQ+ du Québec.

Grâce à une subvention de 700 000 $ sur quatre ans de la Chaire, il entreprendra des recherches sur la biologie du stress, la santé mentale et la résilience de cette population.

«Pour mieux comprendre comment la stigmatisation nuit à la santé, nous mesurerons la charge allostatique, soit un indice de stress chronique qui comprend des composants hormonaux, immunitaires et métaboliques ainsi que des paramètres cardiovasculaires, mentionne le professeur Juster. Notre groupe de recherche a été le premier à étudier la charge allostatique parmi la communauté LGBTQ+. Nos résultats ont révélé un risque unique à ces personnes, en plus de profils de résilience qui leur sont propres. Nous nous attendons à ce que l’exposition répétée à la stigmatisation contribue à une charge allostatique distincte et à des problèmes de santé mentale particuliers dans les sous-groupes LGBTQ+. Cela dit, nous cherchons aussi à connaître les facteurs qui influencent la résilience face à ce stress chronique élevé.»

Facteurs de protection

Robert-Paul Juster

La résilience est une capacité que possèdent souvent les individus marginalisés, chez qui le stress s’avère omniprésent dans la vie, signale le chercheur.

Par opposition aux facteurs de risque ou d’exposition au stress susceptibles de favoriser l’apparition de troubles psychologiques, la résilience tire son origine des éléments de protection comme les ressources individuelles, dont fait partie l’estime de soi, ou les ressources familiales. «Plus ces éléments sont présents, plus les individus seront résilients, que ces personnes soient lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans ou queers», observe M. Juster.

La chaire des IRSC permettra à l’équipe du professeur Juster de désigner des facteurs de résilience modifiables, comme le soutien social, les stratégies d’adaptation ou encore les comportements de santé favorables tels qu’une bonne qualité de sommeil, un régime équilibré et une activité physique régulière. En premier lieu, Robert-Paul Juster et son équipe prendront des données tirées d’une étude antérieure menée auprès de 217 personnes hétérosexuelles et cisgenres, c'est-à-dire des personnes dont l'identité de genre correspond au genre assigné à la naissance. Puis une seconde cohorte sera constituée. «Nous recruterons 480 personnes LGBTQ+ pour comparer leur charge allostatique avec celle des personnes hétérosexuelles et cisgenres. Ensuite, nous relèverons les différences individuelles qui renforcent ou qui amoindrissent les effets négatifs de la stigmatisation sur la charge allostatique et la santé mentale. Enfin, les changements dans les voies de risque ou de résilience parmi les sous-groupes LGBTQ+, par exemple les personnes âgées et les personnes trans, seront explorés pendant deux ans auprès de 120 sujets LGBTQ+», explique le professeur.

Dans une optique de transfert des connaissances, Robert-Paul Juster souhaite adapter l’application mobile + Fort © pour en faire bénéficier la communauté LGBTQ+. Cette application a été conçue par la professeure Isabelle Ouellet-Morin, de l’École de criminologie de l’UdeM, pour lutter contre la victimisation chez les jeunes. «La nouvelle application sera testée par des participants LGBTQ+ âgés de 18 à 25 ans et portera le nom de + Fièr en français et + Proud en anglais», précise le chercheur.

«L'étude de la santé des personnes LGBTQ+ permet également de mieux comprendre les mécanismes du stress et de la résilience, dit Robert-Paul Juster. Cela peut aider à expliquer comment la stigmatisation influence la santé physique et mentale des Canadiens et Canadiennes de diverses populations minoritaires.»

Deux chaires en science du sexe et du genre à l’UdeM

Les IRSC ont mis sur pied ce programme de chaires en science du sexe et du genre en attribuant 15 chaires de recherche à travers le pays dans différentes disciplines. L’objectif est de développer l’étude du sexe et du genre en vue d’accroître la visibilité du domaine et d’y stimuler l’innovation. La chaire de Robert-Paul Juster est l’une des deux accordées à l’Université de Montréal. L’autre l’a été en médecine à la professeure Vikky Ho.