L’activité physique améliore la santé des enfants atteints d’un cancer

  • Forum
  • Le 9 septembre 2020

  • Mathieu-Robert Sauvé
Un programme d’activité physique composé de deux séances de 45 minutes par semaine pendant six semaines à intensité modérée améliore la santé physique et psychologique des enfants atteints d’un cancer.

Un programme d’activité physique composé de deux séances de 45 minutes par semaine pendant six semaines à intensité modérée améliore la santé physique et psychologique des enfants atteints d’un cancer.

Crédit : Getty

En 5 secondes

Maxime Caru a consacré son doctorat à l’étude d’un plan d’activité physique pour les survivants d’une forme de cancer qui touche les enfants.

Un programme d’activité physique composé de deux séances de 45 minutes par semaine pendant six semaines à intensité modérée améliore la santé physique et psychologique des enfants atteints d’un cancer. C’est ce que démontre une étude menée par Maxime Caru dans le cadre de son doctorat en sciences de l’activité physique et en psychologie fait conjointement à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal, au Département de psychologie de l’Université Paris Nanterre et au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine. Dans la continuité de ces recherches, il souligne l’importance du soutien familial dans le maintien de saines habitudes de vie chez ces enfants atteints d’un cancer.

«Bien que nous devions être encore patients pour confirmer les bienfaits de cette intervention, les résultats préliminaires montrent que l’activité physique permet de maintenir et d’améliorer la santé physique et psychologique des enfants en traitement oncologique», explique-t-il, un mois après sa soutenance.

Plusieurs années après la fin de leurs traitements, de nombreux patients souffrent de problèmes de santé chroniques (obésité, troubles métaboliques, densité osseuse réduite, problèmes cardiaques). L’activité physique pratiquée régulièrement peut diminuer leurs méfaits. Chez les survivants atteints d’un déconditionnement physique grave, des facteurs génétiques pourraient être en cause.

Maxime Caru a également observé durant son doctorat que certains survivants d'un cancer pédiatrique seraient à un stade précoce d’insuffisance cardiaque à seulement 20 ans. Il souligne que l’activité physique régulière, notamment l’activité physique aérobie, peut atténuer les effets néfastes des traitements à court, moyen et long terme.

Haut risque

Maxime Caru

Le risque de maladie cardiovasculaire dans cette population persiste tout au long de la vie. «Les survivants qui souffrent de cardiotoxicité à long terme due aux traitements seraient sept fois plus susceptibles d’être atteints d’une insuffisance cardiaque congestive que la population générale», précise le chercheur.

Pour aider ces jeunes patients, Maxime Caru a participé à l'élaboration d’un programme d’activité physique supervisé au Centre de cancérologie Charles-Bruneau du CHU Sainte-Justine sous la houlette de Dr. Daniel Curnier, Dr. Caroline Laverdière, Dr. Daniel Sinnett, Dr. Serge Sultan et Dr. Valérie Marcil de l’Université de Montréal et du centre de recherche du CHU Sainte Justine. Le projet Valorisation, implication et éducation veut démontrer la pertinence et la faisabilité d’un programme d’interventions intégrées pour les enfants et adolescents chez qui un cancer a été nouvellement diagnostiqué.

Il peut être difficile pour ces enfants de pratiquer une activité physique régulière peu après le diagnostic. Une équipe de kinésiologues a été formée au CHU Sainte-Justine pour aider les enfants à bouger. «Selon la littérature scientifique, l’activité physique est l’un des traitements non pharmaceutiques qui fonctionnent le mieux auprès de cette population; ajoutez un soutien psychologique et nutritionnel et vous aurez la recette idéale», commente le chercheur, qui est titulaire d'une maîtrise en kinésiologie de l’UdeM et en activité physique adaptée de l’Université Paris Nanterre.

Exploration-action

Quand le chercheur de nationalité française a commencé à s’intéresser aux effets néfastes des traitements anticancéreux et aux bienfaits de l’activité physique auprès des enfants atteints d’un cancer, peu d’études s’étaient penchées sur les moyens de prévenir les problèmes de santé à long terme.

Le premier objectif du jeune chercheur était donc de documenter, 15 ans après la fin des traitements, les répercussions négatives à long terme sur la santé physiologique des survivants de la leucémie lymphoblastique aigüe. Le second objectif était d'élaborer une intervention sécuritaire et réalisable afin de les aider pendant leurs traitements. Maxime Caru a ainsi relevé de nombreux défis tout au long de son doctorat, dont celui de préciser l’ampleur de certaines comorbidités à long terme dans cette population à haut risque. «À terme, nous souhaitons proposer aux enfants atteints d’un cancer un soutien adapté à leurs besoins en milieu hospitalier comme à la maison. Grâce à la collaboration des oncologues, du personnel infirmier, des professionnels de la santé, dont les psychologues et les nutritionnistes, sans oublier les physiothérapeutes et les ergothérapeutes, nous y parviendrons», déclare Maxime Caru.


Productivité et excellence

Maxime Caru, cycliste dans l’équipe de France de 15 à 18 ans, a dû choisir entre la carrière d’athlète de haut niveau et les études. Le jeune docteur en sciences de l’activité physique ainsi qu’en psychologie a une productivité scientifique qui laisse pantois. Il a signé 25 articles au cours des quatre dernières années, dont 20 à titre de premier auteur. Il a participé à plus de 60 rencontres internationales et supervisé le travail de maints jeunes chercheurs à la maîtrise et au doctorat. Il est également un chargé de cours très apprécié de ses étudiants et étudiantes.

Le chercheur a reçu en 2019 une reconnaissance internationale au congrès de l’American College of Sports Medicine: le Cancer SIG-Karen Hornbostel Memorial Award. Il a aussi remporté le prix Jeunes Chercheurs du Centre interuniversitaire québécois de statistiques sociales.

Son succès est attribuable à ses deux axes de recherche (sciences de l’activité physique et psychologie) «et à beaucoup de travail», concède-t-il.

Cela dit, il tient à rendre hommage à son directeur de thèse à l’UdeM, Daniel Curnier, à ses directrices de thèse à l’Université Paris Nanterre, Lucia Romo et Laurence Kern, ainsi qu’à toute l’équipe du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, qui l’ont soutenu au cours des dernières années.

Il est prêt à entreprendre son stage postdoctoral aux États-Unis dès que les nouvelles restrictions sur les travailleurs étrangers seront levées. À moyen terme, il espère pouvoir occuper un poste de professeur dans une université afin de poursuivre ses activités d’enseignement et de recherche relativement aux enfants atteints d’un cancer.