Un nouveau centre de recherche en santé publique

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À la veille de l’inauguration du Centre de recherche en santé publique de l'UdeM, sa directrice scientifique et un conférencier invité parlent de sa mission et des défis à venir.

Olivier De Schutter

«Une seule santé», telle est l'approche novatrice et multisectorielle des questions de santé publique qu’adoptera un nouveau centre de recherche de l'Université de Montréal et du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, qui sera inauguré mercredi.

Financé par le Fonds de recherche du Québec ‒ Santé, le Centre de recherche en santé publique (CReSP) de l’UdeM compte plus de 50 chercheurs et chercheuses de six facultés de l’Université et de son école de génie affiliée, Polytechnique Montréal, et autres professionnels d’organisations partenaires.  

Le CReSP travaille en étroite collaboration avec la Direction régionale de santé publique de Montréal, l'Institut national de santé publique du Québec, l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux et l'Agence de santé publique du Canada.

«Notre mission est de produire de nouvelles connaissances, de fournir un aperçu des problèmes de santé de la population et de soutenir des initiatives de santé publique fondées sur des données probantes afin de promouvoir la santé et de réduire le fardeau de la maladie», a déclaré la directrice scientifique du Centre, Louise Potvin.

Les chercheurs et chercheuses du CReSP évalueront l'influence des déterminants comportementaux, sociodémographiques, environnementaux, agricoles, économiques et politiques sur la santé humaine, animale et environnementale, au-delà des frontières nationales.

Diffusée en direct sur le Web le 16 septembre à midi, la cérémonie d’inauguration pourra être suivie par le grand public et en particulier par ceux et celles qui s’intéressent à la question des systèmes alimentaires durables.

Olivier De Schutter ‒ juriste belge, professeur à l'Université catholique de Louvain et à Sciences Po à Paris, codirecteur de l'IPES-Food et rapporteur spécial des Nations unies sur l'extrême pauvreté et les droits de la personne ‒ est conférencier invité.

Nous lui avons demandé d'expliquer certaines des questions qu'il abordera.

Vous parlerez du droit à l'alimentation en période de pandémie et de la transition vers des systèmes alimentaires durables. L'Europe et le Canada sont-ils confrontés à des défis analogues à ceux du reste du monde?

La crise a mis en lumière la fragilité de systèmes alimentaires qui, depuis 60 ans, ont été orientés vers le souci d'augmenter la production et de satisfaire les attentes des marchés internationaux. On a privilégié les économies d'échelle, le recours aux monocultures favorisant la mécanisation de la production et la spécialisation des régions, et le choix de variétés animales et végétales à haut rendement. On a oublié, ce faisant, que la diversité pouvait être source de résilience, que la qualité nutritionnelle de l'alimentation importe au moins autant que la quantité de calories disponibles et que l'agriculture n'était pas seulement une manière de produire notre alimentation, mais servait aussi d'autres fonctions comme l'entretien des sols et de l'agrobiodiversité, la création d'emplois et la santé. C'est le moment d'un examen de conscience.

D'autres intervenants à l’inauguration aborderont divers aspects de la santé publique: médicaux, vétérinaires, environnementaux, etc. Le moment est-il bien choisi pour lancer un nouveau centre de recherche sur ces sujets?

Jamais, sauf peut-être lors de la crise des prix des produits agricoles en 2008, on n'a vu autant d'intérêt pour une refondation des systèmes alimentaires: le moment est venu de faire des propositions audacieuses, fondées sur la prise de conscience que les chaînes longues d'approvisionnement ‒ basées sur l'accentuation de la division internationale du travail et la libéralisation du commerce des produits agricoles ‒ ainsi que le recours à une main-d'œuvre étrangère de travailleurs saisonniers ne sont pas des stratégies viables alors que les États se barricadent derrière leurs frontières et que la population privilégie les circuits courts et la production locale. C'est à cette refondation qu'un nouveau centre de recherche peut contribuer, maintenant plus que jamais. 

Une fois la pandémie derrière nous, quels sont les problèmes de santé publique les plus urgents auxquels la planète sera confrontée au cours de la prochaine décennie?

Longtemps, la question de la faim ‒ c'est-à-dire de la sous-alimentation, du déficit calorique ‒ a mobilisé les efforts. Aujourd'hui se pose plus largement, avec une insistance accrue, la question de la malnutrition. Il faudrait mettre le terme au pluriel: il recouvre non seulement la sous-alimentation, mais aussi le déficit en micronutriments essentiels ‒ notamment le fer, le zinc, certaines vitamines ‒ et les risques de surpoids et d'obésité liés à une alimentation transformée et donc devenue trop riche en sucres et sels ajoutés et en graisses saturées. Nos manières de produire et nos habitudes alimentaires, les deux étant liées, sont au cœur de la réponse que nous devons apporter à ce défi. 

À propos du CReSP

L’inauguration du Centre de recherche en santé publique (CReSP) de l'Université de Montréal a lieu le 16 septembre à midi. Vous pourrez la visionner en ligne et participer à la discussion en remplissant le formulaire d'inscription.