Josée Boudreau secoue le pommier des rédacteurs

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Échange avec Josée Boudreau (traduction 2006), qui a écrit «Guide impertinent du rédacteur».

Rédactrice professionnelle agréée à la Ville de Montréal, Josée Boudreau publie le Guide impertinent du rédacteur, qu’elle destine aux gens qui doivent produire des textes dans l’exercice de leurs fonctions. Son guide promet de «judicieux et surprenants conseils» sur l’art d’exercer la profession de rédacteur. Diplômée du certificat de traduction de la Faculté de l’éducation permanente (2006), elle est membre du conseil du certificat de rédaction professionnelle de cette faculté depuis 2014. 

Votre guide est-il pertinent ou impertinent?

Les deux. Il offre une boîte à outils sur tout ce qui est utile pour exercer le métier, mais présente du même coup la profession et ses écueils avec humour. 

Est-ce qu’on naît avec le talent d’écrire?

Je dirais que, à l’image de bien des professions, on doit venir au monde avec le logiciel préinstallé et ensuite trouver le moyen de le mettre en fonction. Dès l’âge de cinq ans, j’aimais écrire des lettres sans en comprendre le sens. Un jour, j’ai formé le mot steak par hasard, ce qui m’a comblée de joie, car je croyais que l’écriture finirait par apparaître par magie au bout de mes doigts! Quand j’ai compris qu’écrire des textes pouvait être un métier, ça a littéralement changé ma vie. J’étais déjà inscrite à l’Université à un certificat en communication quand j’ai plongé dans un baccalauréat en rédaction, communication et multimédia et je ne l’ai jamais regretté. C’était en 1997. Je suis devenue rédactrice agréée en 2008. Membre de la Société québécoise de la rédaction professionnelle, j’ai été pendant cinq ans responsable de l’examen d’agrément et je continue d’y collaborer. 

Pourquoi a-t-on l’impression qu’un party de rédacteurs professionnels, ça doit être ennuyeux?

Parce que ce sont des gens de l’ombre – les deux tiers sont des femmes – habitués à naviguer dans les formes pronominales, anacoluthes et zeugmes pour répondre aux demandes de tout un chacun, sans que leur travail soit reconnu. Mais il y a des rédacteurs extravertis. Moi, par exemple, je porte aujourd’hui un chandail vert lime et des bottes Dr. Martens! Et c’est le message que je vise à transmettre: il y a de la place pour tous et toutes! 

L’important est d’aimer écrire! 

Mais le quotidien n’est pas toujours facile…

En effet. On nous met face à certains défis comme d’annoncer dans un communiqué des hausses de taxes sans mentionner… de hausses de taxes. D’une part, il faut savoir gérer les égos meurtris de nos clients et, de l’autre, mettre le sien de côté pour accepter que nos plus belles phrases disparaissent de la version finale. Notre travail est peu valorisé et mal connu; les femmes surtout sont souvent confondues avec des secrétaires, dont les tâches sont tout aussi complexes, mais complètement différentes. Cela dit, nous faisons un travail important, fondamental même, car la qualité de la langue est une signature pour une organisation et chaque individu qui sait lire peut reconnaître un texte efficace et bien écrit, sans nécessairement être calé en grammaire. 

Que voulez-vous dire?

Si un texte officiel est publié avec des fautes ou des ambigüités, c’est la crédibilité de l’organisation qui en souffre. Bien écrire, c’est comme bien se présenter dans une collectivité. Cela vaut pour les entreprises comme pour les individus.

En savoir plus

Guide impertinent du rédacteur
Josée Boudreau

Éditions au Carré, 2019