Le mécanisme du «syndrome cardiaque des fêtes» expliqué

  • Forum
  • Le 18 décembre 2020

  • Martin LaSalle
Une consommation régulière d’importantes quantités d’alcool peut causer des modifications dans les tissus de l’oreillette du cœur, ce qui accentue le risque de fibrillation, dont les principaux signes sont des battements rapides, inconfortables et accélérés. La fibrillation atriale peut provoquer la formation d’un caillot dans les oreillettes et causer un accident vasculaire cérébral.

Une consommation régulière d’importantes quantités d’alcool peut causer des modifications dans les tissus de l’oreillette du cœur, ce qui accentue le risque de fibrillation, dont les principaux signes sont des battements rapides, inconfortables et accélérés. La fibrillation atriale peut provoquer la formation d’un caillot dans les oreillettes et causer un accident vasculaire cérébral.

Crédit : GETTY

En 5 secondes

Le mécanisme par lequel une consommation excessive d’alcool peut provoquer une accélération irrégulière du rythme cardiaque a été mis au jour par des chercheurs de l’UdeM.

Si vous avez déjà senti que votre rythme cardiaque s’accélérait ou que votre cœur battait de façon irrégulière au lendemain d’une soirée particulièrement arrosée, vous avez probablement vécu un épisode de fibrillation atriale.

Ce phénomène, bien connu dans le domaine médical, est appelé «syndrome cardiaque des fêtes» ‒ traduction libre de holiday heart syndrome. Or, les mécanismes cellulaires et moléculaires par lesquels l’alcool pourrait causer la fibrillation atriale (ou auriculaire) étaient jusqu’ici inconnus.

Ils ont été en partie élucidés par une équipe internationale de scientifiques qui a mené un projet de recherche fondamentale dont les résultats ont été publiés dans le Circulation Journal et auquel a collaboré le cardiologue Stanley Nattel, de l’Institut de cardiologie de Montréal.

L’effet de l’alcool sur les cellules cardiaques

Le Dr Stanley Nattel

Crédit : Faculté de médecine de l'UdeM.

En laboratoire, les chercheurs ont eu recours à des rats adultes qui ont avalé par eux-mêmes 20 ml d’éthanol concentré à 20 % et d’autres à qui ils ont servi 20 ml d’eau distillée. Aux fins de comparaison, ils ont injecté à d’autres rats 10 ml d’éthanol à 20 % ou une solution saline par leur cavité abdominale.

«Vingt millilitres d’éthanol à 20 % est une grande quantité d’alcool pour des rongeurs, soit environ l’équivalent d’un quart de bouteille de spiritueux pour un humain», fait remarquer Stanley Nattel, également professeur au Département de médecine de l’Université de Montréal.

Une fois l’ivresse provoquée, on a vérifié les changements du système électrique du cœur des rongeurs: à l’aide d’un système d’électrophysiologie, on a mesuré leur susceptibilité à subir une fibrillation atriale à la suite d’une stimulation électrique du cœur au moyen d’une sonde dans l’œsophage, qui se situe derrière le cœur.

«Nous avons constaté des modifications de la transcription des canaux ioniques, qui contribuent à la sensibilité à la fibrillation, indique le cardiologue. Les canaux ioniques sont présents dans la membrane de toutes les cellules et jouent notamment un rôle central dans la fonction d’automaticité des cellules qui régulent le rythme cardiaque.»

Vulnérabilité huit heures après l’ingestion

Fait à noter, le rythme cardiaque des rongeurs a augmenté tant après la consommation excessive d'éthanol qu’à la suite de l’injection. Et après la stimulation électrique, la consommation et l’injection d'éthanol étaient associées à une probabilité de 92 % que se produise une fibrillation atriale.

«Cela s’explique par le fait que l’éthanol inhibe la protéine kinase C, qui participe à différentes fonctions physiologiques de la cellule cardiaque, dont la modulation de l'activité des canaux ioniques», précise Stanley Nattel.

Aussi, les résultats ont montré que la vulnérabilité à la fibrillation survenait 8 heures après la consommation ou l’injection d’alcool, tandis qu’elle disparaissait 24 heures plus tard.

Alcool et fibrillation atriale: prudence

Le cardiologue tient à mentionner que, lorsqu’il est question de fibrillation atriale chez les consommateurs d’alcool, il faut distinguer le risque élevé et le risque transitoire.

«Le risque qu’une fibrillation atriale survienne après une seule consommation excessive d’alcool est faible chez l’humain ‒ on parle d’un cas sur environ 1000 consommations excessives ‒, ce qui représente un petit risque aigu, illustre-t-il. Un risque plus grand, lui, guette ceux qui consomment régulièrement d’importantes quantités d’alcool, puisque cela cause des modifications dans les tissus de l’oreillette du cœur, ce qui accentue le risque de fibrillation.»

Bien qu’elle puisse s’avérer asymptomatique, les principaux signes de la fibrillation sont des battements rapides, inconfortables et accélérés. Le principal danger de la fibrillation atriale est qu’elle peut entraîner la formation d’un caillot dans les oreillettes et provoquer un accident vasculaire cérébral.

«Les personnes qui ont déjà un problème de fibrillation devraient limiter leur consommation d’alcool à quelques occasions et boire de façon modérée, conclut Stanley Nattel. Et si l’on ressent que le cœur bat à tout rompre au lendemain d’une soirée arrosée et que la fibrillation persiste, il ne faut pas hésiter à se rendre aux urgences.»

La fibrillation associée aux AVC

De façon générale, la fibrillation atriale touche surtout les personnes âgées: plus de 10 % des individus de plus de 80 ans en sont atteints à différents degrés. On estime toutefois que 25 % de la population aura au moins un épisode de fibrillation au cours de sa vie.

Les statistiques indiquent qu’au Canada un accident vasculaire cérébral (AVC) sur quatre est associé à une fibrillation atriale.