La consommation d’alcool à tous les stades de la grossesse peut avoir diverses conséquences, appartenant au trouble du spectre de l’alcoolisation fœtale (TSAF). Ces conséquences, de légères à très graves, incluent des déformations congénitales, un retard de croissance durant la grossesse et des problèmes émotionnels et comportementaux liés au développement du cerveau.
En Amérique du Nord, on estime que 0,9 % des enfants souffrent des effets de l’exposition à l’alcool dans le ventre de leur mère. Néanmoins, ce diagnostic est très difficile à établir après la naissance. Par ailleurs, très peu d’études existent sur la consommation d’alcool durant la phase embryonnaire préimplantatoire de la grossesse, c’est-à-dire durant la première semaine de la grossesse, quand l’embryon flotte librement dans l’utérus et avant même qu’un test de grossesse puisse détecter une fécondation. Or, le bébé à naître est particulièrement vulnérable à ce stade.
Jusqu’à récemment, on croyait, à tort, à l’effet du tout ou rien, c’est-à-dire que l’embryon exposé à une forte concentration d’alcool au cours de cette période allait soit subir un avortement spontané, soit se développer correctement.
Les travaux de Serge McGraw, également professeur agrégé à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, permettent de réfuter cette croyance. De fait, en utilisant la souris comme modèle, son équipe a démontré dans une étude publiée en 2021 que les embryons survivent à une dose unique et excessive d’alcool durant la première semaine de gestation et qu’ils présentent des problèmes morphologiques dans 19 % des cas. Ces anomalies, qui sont observées tôt durant la gestation et persistent dans le temps, ont été confirmées dans la présente étude, mais elles ne représentent qu’une petite proportion des conséquences de la consommation d’alcool pendant la grossesse. Effectivement, «dans nos deux études chez la souris, les embryons avec ou sans défauts morphologiques présentent aussi des anomalies dans les mécanismes régulant l’expression des gènes, surtout pour ce qui est des gènes associés au développement du cerveau», précise Serge McGraw.
Ainsi, il est probable que chez un certain nombre d'embryons physiquement normaux des problèmes de développement du cerveau se manifestent après la naissance. D’ailleurs, chez les humains, 90 % des enfants atteints du TSAF n’ont pas d’anomalies morphologiques, mais présentent des symptômes relatifs aux facultés intellectuelles, aux troubles émotionnels ou comportementaux, qui se déclarent dans l’enfance et à l’adolescence.