Se défaire de sa dépendance à la cocaïne? Voici une façon qui risque de ne pas marcher.

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La prise de cannabidiol, un produit chimique contenu dans la plante de cannabis sativa, ne serait pas un moyen efficace de traiter les troubles liés à la consommation de cocaïne, selon une étude.

En Amérique du Nord, près de 5,5 millions de personnes consomment régulièrement de la cocaïne et près d'une personne sur cinq en devient dépendante, souffrant ainsi un trouble d’usage pour lequel il existe peu d'options de traitement.  Une solution a toutefois été récemment mise de l'avant: le cannabidiol.

Plus connu sous le nom de CBD, il s'agit d'un produit chimique contenu dans la cannabis sativa, connu pour ses effets protecteurs sur le cerveau et le foie. Il peut être extrait naturellement ou fabriqué en laboratoire. Mais il y a très peu de preuves scientifiques pour soutenir une utilisation comme traitement de la dépendance.

En fait, dans une étude publiée ce mois-ci dans la revue Addiction, une équipe scientifique canadienne du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal montre que les vertus thérapeutiques présumées du CBD pour traiter la dépendance à la cocaïne étaient largement inexistantes.

Les scientifiques sous la direction du professeur de psychiatrie et d'addictologie de l’UdeM Didier Jutras-Aswad ont montré que, à la dose utilisée, il ne diminue ni l'envie de cocaïne ni le risque de rechute dans la dépendance.

78 personnes testées

Didier Jutras-Aswad

Pour un essai clinique, le Dr Jutras-Aswad et son équipe ont recruté 78 personnes, âgées en moyenne de 46 ans, la plupart souffrant de troubles graves liés à la consommation de cocaïne, et ont réparti les participants au hasard dans deux groupes: l'un recevant du cannabidiol (800 mg par jour), l'autre un placébo.

Ni les participants ni les chercheurs ne savaient quel traitement était administré. Après 10 jours d'hospitalisation pour une désintoxication, les sujets ont été autorisés à rentrer chez eux et suivis de façon hebdomadaire pendant les trois mois suivants.

«Dans notre étude, l'utilisation du CBD n'était pas plus efficace qu'un placebo pour traiter le trouble de la consommation de cocaïne, a déclaré Violaine Mongeau-Pérusse, premiere auteure de l'étude et doctorante au laboratoire du Dr Jutras-Aswad. Bien qu'il soit sûr et ne produise que des effets secondaires légers, le CBD ne réduit ni l'envie de consommer de la cocaïne ni le risque de rechute après une désintoxication.»

D'autres recherches seront nécessaires

Qualifiant leurs résultats d'instructifs, les chercheurs de l'UdeM espèrent que leur étude contribuera à orienter les directives médicales sur l'utilisation thérapeutique de la CBD, qui connaît une popularité croissante au Canada et ailleurs dans le monde.

Selon de récentes estimations, il y a plus de 19 millions de consommateurs de cocaïne dans le monde. Les efforts de recherche doivent continuer pour trouver des traitements efficaces pour ce type de dépendance, a dit le Dr Jutras-Aswad.

D'autres études seront aussi nécessaires pour déterminer les conditions dans lesquelles le CBD peut être utile ou non, a ajouté Violaine Mongeau-Pérusse, mais pour l'instant, les preuves sont là: si vous voulez vaincre votre dépendance à la cocaïne, le cannabidiol n'est probablement pas un bon choix.

A propos de l’étude

L’article « Cannabidiol as a treatment for craving and relapse in individuals with cocaine use disorder : a randomized placebo-controlled trial », par Violaine Mongeau-Pérusse et ses collègues, a été publié le 19 janvier 2021 dans le journal Addiction. Le financement de l'étude a été assuré par les Instituts de recherche en santé du Canada.

À propos du CRCHUM

Le Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) est l’un des principaux centres de recherche hospitaliers en Amérique du Nord. Sa mission est d’améliorer la santé chez l’adulte grâce à un continuum de recherche couvrant des disciplines telles que les sciences fondamentales, la recherche clinique et la santé publique. Plus de 1850 personnes travaillent au CRCHUM, dont plus de 550 chercheurs et plus de 460 étudiants des cycles supérieurs.

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