Du centre jeunesse au Département de psychologie de l’UdeM

Marie-Claire Sancho

Marie-Claire Sancho

Crédit : Courtoisie

En 5 secondes

Marie-Claire Sancho a connu un parcours scolaire tumultueux. Portrait d’une battante à qui l’on a donné la chance de rêver mieux et qui incite à son tour les jeunes à croire en eux.

Le 1er février 2021 restera longtemps gravé dans la mémoire de Marie-Claire Sancho. Ce jour-là, elle soutenait sa thèse de doctorat portant sur la socialisation des émotions des enfants en milieu scolaire et les différences de genre. «J’étais très, très nerveuse, avoue-t-elle. Je me demandais ce que je faisais là!» Heureusement, elle a fait taire son syndrome de l'imposteur pour laisser s’exprimer la chercheuse. Avec succès! «Quand le jury m'a annoncé à l'unanimité que j'avais passé mon doctorat, j’étais si fière!»

«Je n’ai jamais accroché»

Il faut dire que Marie-Claire Sancho a fait de longs détours pour remporter cette victoire. En commençant par un passage cahoteux au secondaire. Nous sommes à la fin des années 90 et la jeune fille fréquente une école française qui mise sur la performance avant l’individu. «Je ne cadrais pas avec le modèle de l’élève disciplinée, se souvient-elle. J’accumulais les échecs, les mauvaises fréquentations et les mauvais coups. Je n’ai jamais senti qu’on s’intéressait à moi ni qu’on me percevait comme une fille intelligente.» 

Étrangement, personne ne cherche à savoir pourquoi elle agit ainsi. «Quand ça ne fonctionne pas en classe, il y a une raison.» Elle a beau changer d’école 10 fois, rien n’y fait. Désormais étiquetée comme une «fille à problème», elle est envoyée en centre jeunesse. Au cours de cette année-là, elle a le bonheur d’y côtoyer des éducatrices «incroyables» qui la remettent en selle et l’encouragent à poursuivre ses études selon la méthode d’apprentissage modulaire.

 À l’école Marie-Anne, où elle termine son secondaire, une présentation du Collège de Bois-de-Boulogne la sidère. Et si les études collégiales, c’était pour elle? Surprise! Elle est acceptée en sciences humaines et se passionne pour ses cours de psychologie. Pour la première fois de sa vie, elle a de bonnes notes et se sent bien sur les bancs d’école.

Changer le monde

Dès lors, tout s’enchaîne. Elle s’inscrit au baccalauréat en psychologie à l’Université de Montréal. Nouveau coup de cœur, cette fois pour sa professeure de psychologie sociale, Roxane de la Sablonnière. «Elle m’a donné envie de changer le monde, dit Marie-Claire Sancho. Elle m’a montré qu’on peut consacrer son énergie à aider les autres.» Alors qu’elle travaille comme éducatrice spécialisée au centre jeunesse qui l’a accueillie des années plus tôt, elle s’intéresse à la dure réalité des jeunes filles auprès desquelles elle intervient. «Elles arrivent archipoquées, ce qui n’était pas mon cas. À 18 ans, elles se retrouvent à l’arrêt de bus avec leurs affaires dans un sac noir.» Sous la supervision de Roxane de la Sablonnière, Marie-Claire Sancho entame un mémoire de maîtrise où elle cherche à savoir si, pour les filles des centres jeunesse, le fait de s’identifier à leur éducatrice va diminuer les comportements déviants.

Thèse, boulot, bébé

Ses connaissances et ses expériences de vie la portent ensuite à réfléchir sur les compétences émotionnelles des garçons. «Beaucoup d’études démontrent que les parents font des différences de genre: nos garçons, on les veut forts, indépendants, compétitifs, débrouillards. Le modèle masculin ne cadre pas avec l’expression des émotions de vulnérabilité. On ignore leurs pleurs, on les distrait… Je me suis demandé pourquoi on handicape nos garçons de la sorte», résume Marie-Claire Sancho.

Son sujet attire l’attention de la directrice du Département de psychopédagogie et d'andragogie de l’UdeM, Nadia Desbiens, qui accepte de diriger sa thèse de doctorat. Après des heures d’observation dans des classes de maternelle et des entrevues semi-dirigées, elle arrive à la conclusion suivante: peu importe les émotions exprimées par les enfants, les enseignants sont influencés par les stéréotypes de genre et offrent une socialisation des émotions différente selon que l’élève est une fille ou un garçon. «On rate le coche, car, ce faisant, on ne favorise pas le développement émotionnel des garçons.» 

Devenue enceinte une semaine avant le dépôt de sa thèse, elle la termine sur les chapeaux de roue, entre sa charge d’enseignement au cégep et la naissance de son petit River. Alors, imaginez sa joie en recevant son doctorat! «Ça signifie beaucoup pour moi. Ce n'est pas parce qu’on a une trajectoire en dents de scie qu’on ne peut pas accomplir de grandes choses. Il faut rêver. Je le vois avec mes étudiants: on peut stimuler leur motivation en les incitant à se projeter dans l’avenir et en leur montrant que c’est possible pour eux de réussir. C’est comme ça qu’ils arrivent à libérer leur plein potentiel.»