L’IRIC entrevoit un traitement pour l’obésité sévère

L’obésité morbide est causée par l’inaction d’une hormone qui régule l’appétit et la dépense d’énergie, la mélanocortine.

L’obésité morbide est causée par l’inaction d’une hormone qui régule l’appétit et la dépense d’énergie, la mélanocortine.

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Le professeur Michel Bouvier présente son étude sur une piste de traitement pour une forme d’obésité d’origine génétique.

Une recherche menée à l’Université de Montréal dont les résultats sont parus le mois dernier dans le Journal of Clinical Investigation pourrait ouvrir la voie au traitement de l’obésité morbide précoce familiale, une maladie qui touche de quatre à six pour cent des personnes souffrant d’obésité sévère précoce. «Les gens qui sont atteints de cette maladie rare ne ressentent pas la satiété, ce message envoyé à notre cerveau pour stopper la faim. Ils mangent donc beaucoup trop pour leurs besoins, ce qui entraîne des effets indésirables comme l’obésité et le diabète de type 2», explique Michel Bouvier, coauteur de cette étude avec sa collègue Patricia René, de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC) de l’UdeM, et deux chercheurs de l’Université Laval, Damien Lanfray et Denis Richard.

Avec des modèles animaux dont le génome avait été modifié afin de reproduire la maladie humaine, les chercheurs se sont attaqués à la mutation d’un gène connu pour son rôle dans la satiété, le récepteur de la mélanocortine de type 4 (MC4R). À la suite de l’injection d’une molécule thérapeutique mise au jour par les chercheurs et connue sous le nom de chaperone pharmacologique, les souris obèses ont vu leur comportement changer immédiatement. «Nous sommes encore loin d’une application pharmaceutique pour les humains, mais les essais précliniques in vivo sont très encourageants», mentionne le professeur Bouvier, directeur de l’IRIC, qui vient de se voir récompensé par un prix Killam, l’une des plus prestigieuses distinctions scientifiques au Canada.

Rare mais grave

Michel Bouvier

La maladie qui est ciblée par les chercheurs touche environ 1 personne sur 250 000. «C’est ce qu’on appelle une maladie rare, car elle est peu présente dans la population. Mais elle est très pénible. Quand une famille est aux prises avec cette affection, plusieurs individus en seront atteints dans la filiation et, l’obésité étant très souvent associée aux habitudes de vie, ces personnes peuvent être ostracisées», poursuit le chercheur.

L’obésité morbide est causée par l’inaction d’une hormone qui régule l’appétit et la dépense d’énergie, la mélanocortine. L’absence de son récepteur, qui rend son action possible à la surface des cellules de l’hypothalamus, conduit à l’obésité. L’équipe du professeur Bouvier avait précédemment découvert des molécules chaperones pharmacologiques qui permettent au récepteur défectueux d’être exporté à la surface des cellules.

L’équipe avait montré que cette famille de molécules fonctionnait dans des lignées cellulaires humaines comportant différentes mutations du gène MC4R. Dans ce dernier article, les chercheurs décrivent un modèle animal nouveau, c’est-à-dire des souris dont le gène MC4R a été remplacé par le gène MC4R humain normal ou muté, et illustrent qu’une chaperone pharmacologique restaure la fonction du gène MC4R muté et réduit de manière importante la prise alimentaire des souris.

Le chercheur tient à souligner le travail de ses collègues de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, affilié à l’Université Laval, qui ont contribué à caractériser les propriétés du modèle de souris obèse à l’origine de la découverte.

Ce n’est pas la première fois que des travaux du laboratoire de Michel Bouvier – qui compte une vingtaine de chercheurs et chercheuses – mènent à des pistes pharmaceutiques prometteuses. «C’est l’objectif de l’IRIC d’assurer la continuité entre la recherche fondamentale et les applications cliniques», dit-il. À l’occasion de la Journée internationale des maladies rares, le 28 février, le chercheur tient à affirmer la responsabilité éthique de la communauté scientifique à cet égard. «Souvent, ces maladies intéressent peu les compagnies pharmaceutiques, car elles ne sont pas considérées comme suffisamment répandues pour justifier des investissements importants. Je crois que cela ne doit pas influencer nos orientations de recherche», déclare-t-il

À propos de cette étude

L’article «Pharmacological chaperone action in humanized mouse models of MC4R-linked obesity», par Michel Bouvier et ses collègues, a été publié le 12 janvier 2021 dans le Journal of Clinical Investigation.