Mark Carney à l’UdeM: «L’espoir n’est pas une stratégie!»

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L’économiste canado-britannique Mark Carney s’est adressé de Londres à une assemblée virtuelle de l’Université de Montréal le 18 février.

Pour se sortir d’une crise mondiale comme celle provoquée par l’épidémie de COVID-19, «l’espoir n’est pas une stratégie; ça prend un plan», a affirmé l’économiste d’origine canadienne Mark Carney au cours d’un échange virtuel avec l’Université de Montréal le 18 février. Quand ce plan est bien ficelé, il faut savoir communiquer efficacement ses intentions et ne pas hésiter à admettre ses erreurs. «Il y a toujours des erreurs pendant les crises, car ce sont des périodes de grande incertitude. Il faut connaître les nouvelles informations et adapter la stratégie», a-t-il ajouté.

Originaire des Territoires du Nord-Ouest, Mark Carney, âgé de 55 ans, a connu une ascension professionnelle exceptionnelle en devenant gouverneur de la Banque du Canada tout juste 15 ans après l’obtention de ses diplômes aux universités Harvard et d’Oxford. En 2012, il est nommé gouverneur de la Banque d’Angleterre, devenant le premier non-Britannique à occuper ce poste en près de 400 ans d’histoire (il a obtenu la citoyenneté britannique depuis). Il a assumé ces fonctions jusqu’en 2020.

S’exprimant dans un excellent français, l’économiste a répondu aux questions de la modératrice, la chancelière émérite de l’UdeM, Louise Roy. Pas moins de 1350 personnes s’étaient inscrites à cette activité gratuite et environ 200 avaient fait parvenir une question ou un commentaire au conférencier.

Spécialiste des crises

Non sans humour, il a ouvert sa conférence en déclarant que la période actuelle constituait une occasion d’affaires pour les économistes. «La bonne nouvelle pour les économistes, c’est qu'ils auront besoin de vous», a-t-il lancé aux étudiantes et étudiants venus l’entendre.

Mark Carney s’est présenté comme un spécialiste des crises. Celles-ci ont en effet marqué ses mandats à la Banque du Canada (crise financière de 2008) et à la Banque d’Angleterre (COVID-19).

Autre condition nécessaire à une sortie de crise réussie, selon lui: un État fort! «Je crois qu’il y a un déséquilibre entre les valeurs du marché et celles de la société. Et je suis sûr que le capitalisme perd son sens de modération quand la croyance dans le pouvoir du marché entre dans le domaine de la foi. La foi peut guider la vie, mais aveugler les politiques économiques.»

Le conférencier a beaucoup insisté sur les valeurs sociales qui doivent guider les décisions collectives. La crise sanitaire a d’ailleurs révélé des élans de solidarité et des capacités de résilience dans la société québécoise, a-t-il dit.

Nouveau défi: le climat

Mark Carney publiera bientôt Values: Building a Better World for All, un livre qui présente ses idées sur la question. À ses yeux, le plus grand défi auquel les sociétés actuelles font face est la crise climatique.

Il s’est dit déterminé à amener les dirigeants réunis à Glasgow dans cinq ans pour la COP26, la 26e Conférence des parties des Nations unies sur le changement climatique, à «bâtir un cadre pour assurer que chaque décision financière prendra en compte les changements climatiques».

L’économiste a répondu à plusieurs questions venues du public ainsi que du directeur du Département de sciences économiques de l’Université de Montréal, Benoit Perron. En ouverture, le recteur de l’UdeM, Daniel Jutras, avait souhaité la bienvenue à l’auditoire en mentionnant sa chance d’avoir «un accès privilégié aux idées d’une personnalité qui se trouve au cœur des grands enjeux de notre époque».

Après la conférence publique, qu’on peut visionner gratuitement en ligne, l’économiste s’est adressé en privé aux étudiants et étudiantes en sciences économiques dans le cadre d’une classe de maître.

La rencontre a été rendue possible grâce au travail concerté de plusieurs personnes de la Faculté des arts et des sciences (FAS) et du rectorat. Le doyen de la FAS, Frédéric Bouchard, a tenu à souligner la collaboration de Thomas Mulcair, professeur invité au Département de science politique.

Échange virtuel avec Mark Carney
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