Des projets avec des Haïtiens, pour les Haïtiens

Les priorités de recherche ont été établies sur le terrain, selon les besoins exprimés par des partenaires locaux actifs dans le système de santé.

Les priorités de recherche ont été établies sur le terrain, selon les besoins exprimés par des partenaires locaux actifs dans le système de santé.

Crédit : Georges Harry Rouzier

En 5 secondes

Plusieurs projets de recherche sont réalisés dans le nord d’Haïti avec des chercheurs et des partenaires locaux pour améliorer la santé mère-enfant.

De la gestion des risques de l’hypertension chez les femmes enceintes aux activités de sensibilisation les plus efficaces en matière de santé mère-enfant: divers projets de recherche proposés par des intervenants du milieu de la santé en Haïti ont été réalisés depuis cinq ans grâce au projet Appui au continuum de santé mère-enfant (ACOSME).

«Je travaille en Haïti depuis une vingtaine d’années et, si beaucoup d’améliorations ont été apportées, il reste encore des défis, notamment lorsqu’il est question de mortalité chez les femmes enceintes ou qui accouchent ou encore de celle des enfants en très bas âge», indique Pierre Minn, professeur au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal et responsable du volet de recherche opérationnelle du projet ACOSME.

C’est dans le département du Nord d’Haïti que les interventions sont réalisées. «C’est une région éloignée de Port-au-Prince, la capitale, où l’on trouve plus de services et une centralisation des hôpitaux et des cliniques, explique-t-il. Plus précisément, le projet est basé à Cap-Haïtien, soit la deuxième ville d’importance du pays. Mais nous intervenons également dans des zones périphériques rurales très difficiles d’accès. Comme il n’y a pas d’hôpitaux, nous travaillons avec des dispensaires et des cliniques.» 

Les priorités de recherche ont été établies sur le terrain, selon les besoins exprimés par des partenaires locaux actifs dans le système de santé. «Nous voulions trouver l’information dont ils ont besoin pour qu’ils soient en mesure de mieux faire leur travail», poursuit M. Minn.

L’équipe du projet ACOSME collabore avec des chercheurs haïtiens et les données récoltées leur appartiennent. «Ils seront aussi les premiers auteurs des articles scientifiques que nous nous apprêtons à publier, dit le professeur. Cela favorisera leur rayonnement professionnel.»

Plusieurs études sur les femmes

Crédit : Georges Harry Rouzier

Les femmes enceintes haïtiennes ont été observées sous différents angles grâce au projet ACOSME. Une étude, réalisée avec le médecin Jimmy Spencer Saintilus, s’est penchée sur les raisons qui les poussent à aller accoucher à l’hôpital. L’objectif était de trouver des stratégies efficaces pour amener d’autres femmes à faire de même.

«On a mis entre autres en lumière que plusieurs femmes sont fières d’accoucher en milieu hospitalier, mentionne Pierre Minn. Pour certaines, c’est même une tradition familiale: leur grand-mère et leur mère ont accouché dans un hôpital, alors il était normal pour elles d’aller aussi accoucher dans cet hôpital.»

Une autre étude, menée avec le médecin Pierre Edwidge Fils, a porté sur la gestion des risques chez les femmes qui souffrent d’hypertension lorsqu’elles sont enceintes. L’idée est venue du directeur d’un centre de santé qui avait constaté que peu de femmes enceintes profitent d’un programme offert pour les suivre. Alors que l’hypertension touche de plus en plus de jeunes femmes haïtiennes, cette maladie chronique augmente les risques de prééclampsie. Cette complication met en danger les mères lors de l’accouchement.

«On a découvert que les femmes savent qu’elles souffrent d’hypertension et qu’elles ont également certaines connaissances sur la prééclampsie, mais elles ne font pas le lien entre les deux», fait remarquer M. Minn.

Un portrait des jeunes mères a en outre été brossé. C’est le directeur d’un centre de santé fréquenté par plusieurs adolescentes enceintes qui en a eu l’idée: il voulait avoir plus d’informations sur ses patientes afin de pouvoir mieux les aider.

«Si, dans les médias haïtiens, on voit souvent le stéréotype du père plus âgé, on a constaté que plusieurs pères sont en fait des adolescents, nuance M. Minn. Parfois, ces jeunes veulent être présents dans la vie de leur enfant, mais leur situation précaire rend la tâche difficile. Cela montre qu’il faut continuer à travailler avec les jeunes hommes pour les accompagner.»

Des études de suivi

Crédit : Georges Harry Rouzier

Si l’on sait que la prévention est essentielle en matière de santé publique, une équipe qui organise des activités de sensibilisation sur le terrain a voulu savoir ce que les gens en retiennent. Trois mois après la tenue de ces activités qui incluaient notamment des publicités, la distribution de chandails avec des slogans et des rencontres dans les écoles, l’équipe du projet ACOSME a travaillé avec Caroline Auguste, chercheuse en santé publique, pour sonder la communauté.

«Un genre de Génies en herbe autour de la santé des mères et des enfants avec les jeunes du secondaire a été particulièrement populaire, illustre Pierre Minn. Les familles des participants étaient venues les encourager. La population locale dans ce milieu rural éloigné a vraiment embarqué, un peu comme si c’était une compétition sportive. Ce modèle d’intervention a bien fonctionné et il sera reproduit dans d’autres écoles.»

Le directeur d’un hôpital qui accueille pour des résidences de trois ans des obstétriciens-gynécologues a pour sa part demandé qu’un suivi auprès d’eux soit effectué. «Avec Christel Raymond, médecin et étudiante en santé publique, un recensement du parcours professionnel des obstétriciens-gynécologues accueillis en résidence dans les 20 dernières années a été réalisé, signale M. Minn. Sont-ils toujours en Haïti? Si c’est le cas, sont-ils à Port-au-Prince ou ailleurs? On voulait voir aussi dans quels types d’établissements ils exercent, connaître leur vision de la profession, etc.»

Les répercussions de la COVID-19

Crédit : Georges Harry Rouzier

Comme la dernière année du projet a été perturbée en raison de la COVID-19, l’équipe a réussi à obtenir une prolongation de mandat de 18 mois. Elle travaille avec des partenaires locaux sur une étude pour mesurer les effets de la pandémie sur l’accès aux soins en santé mère-enfant.

«On collaborera avec le chercheur Réginald Fils-Aimé, un médecin haïtien qui fait son doctorat en santé publique sous ma direction à l’Université, précise Pierre Minn. Le projet se précisera une fois qu’il sera sur le terrain en juin.»

À propos du projet ACOSME

Lancé en 2016 par le consortium Unité de santé internationale de l’UdeM et le Centre d’étude et de coopération internationale et réalisé en collaboration avec le ministère de la Santé publique et de la Population d’Haïti, le projet ACOSME a pour but de contribuer à la réduction de la mortalité maternelle et infantile dans le pays, particulièrement dans les zones cibles du département du Nord. Il reçoit un appui financier du gouvernement du Canada par le biais d’Affaires mondiales Canada.