Enjeux de société et pandémie: en quoi l’éthique clinique peut être utile

À l’instar d’autres spécialistes, Antoine Payot est d’avis que la pandémie a tout de même fait émerger quelques points positifs, notamment en matière de recherche scientifique.

À l’instar d’autres spécialistes, Antoine Payot est d’avis que la pandémie a tout de même fait émerger quelques points positifs, notamment en matière de recherche scientifique.

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Dans un système où la pandémie a mis en évidence certaines problématiques, réfléchir différemment, se poser des questions et entamer le débat font partie de la solution.

Vous les voyez depuis les débuts de la pandémie. Des problématiques qui, il y a tout juste deux ans, étaient sous-estimées, voire à peine discutées. Santé mentale, soins aux aînés, violences familiales: autant d’enjeux qui occupent soudain une place centrale au sein de notre société et qui ont ouvert la voie à des débats sociaux dont beaucoup ne voyaient pas l'urgence. Pour Antoine Payot, directeur du Bureau de l’éthique clinique de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, la pandémie nous a surtout renvoyé à la figure les besoins criants de nos populations vulnérables.

«Dès le départ, on a vu les lacunes de notre système en termes de soutien aux personnes âgées. Ce premier choc a soulevé des enjeux éthiques d’organisation en soi, mais aussi la question de savoir comment, en tant que société, on désire que notre population vieillisse et soit prise en charge, dit-il. Une autre chose qui a rapidement été révélée est l’importance de tout le système d’éducation. En retirant les enfants de l’école et en les isolant, on a pris la mesure de l’influence positive de l’école sur la santé mentale des jeunes et l’on se demande de quelle manière on peut s’organiser pour qu’elle continue de jouer ce rôle.»

S’il est vrai que la pandémie a ramené ces problématiques à la surface, les solutions ne sont toutefois pas évidentes ni imminentes. Un manque de ressources, autant financières qu’humaines, est notable depuis plusieurs années au Québec et il n’a été qu’amplifié au cours de la dernière année. Si les éthiciens ne sont pas là pour fournir des solutions toutes faites, ils peuvent néanmoins apporter des pistes de réflexion à des problèmes complexes et ouvrir le dialogue entre les divers intervenants.

«Les éthiciens sont là pour amener la réflexion ailleurs, pour proposer des pistes de solution qui ne sont pas celles auxquelles on aurait pensé. Ils peuvent favoriser la discussion sur des enjeux et leurs différentes facettes, puis poser des questions. Par exemple, est-ce le confinement des enfants qui est le plus nuisible ou bien les répercussions de l’isolement sur la santé mentale de nos adolescents? Il faut se questionner à savoir comment, dans un système où l’on va continuer de cette façon, on est capables de protéger nos personnes vulnérables: les gens âgés, ceux aux prises avec des maladies mentales, les enfants, etc. Ces échanges interpellent les politiciens et les experts de la santé publique et les amèneront à réfléchir différemment», explique Antoine Payot.

Pour ce professeur du Département de pédiatrie de l’UdeM, les Québécois ont beaucoup de questions à se poser en tant que société et, pour ce faire, il est important d’être ouvert aux visions autres que les siennes. Cela est bénéfique à la fois pour les acteurs des milieux scientifique et politique et pour la population en général.

«Le but, c’est d’éviter la polarisation. En ayant une vision très polarisée, on a tendance à ne plus se poser de questions à savoir s’il y a d’autres manières de penser, indique-t-il. Souvent, les médias sociaux nous confinent dans un même fil de pensée, alors que l’éthique, c’est justement de se dire “J’ai lu telle chose, mais j’ai aussi lu quelque chose qui la contredisait, alors comment est-ce que je peux aller plus loin dans cette réflexion?” Il faut donc se questionner constamment par rapport à ce qu’on lit et se demander s’il y a une voie autre qui pourrait être intéressante. L’éthique, c’est un questionnement réflexif par rapport à ce qu’on lit, ce qu’on fait et ce qu’on décide.»

Les bienfaits de la pandémie

Antoine Payot

À l’instar d’autres spécialistes, Antoine Payot est d’avis que la pandémie a tout de même fait émerger quelques points positifs, notamment en matière de recherche scientifique. Il mentionne principalement l’explosion de la recherche liée à la COVID-19 et des possibilités accrues de financement. De nombreux chercheurs et chercheuses ont non seulement entrepris des études sur le coronavirus, mais ils ont également fait appel à d’autres spécialistes pour les aider à mener leur projet à terme. 

«Beaucoup de collaborations ont vu le jour, de façon beaucoup plus rapide et facile, ce qui est extrêmement positif, poursuit le professeur. Les comités d’éthique de la recherche ont aussi reçu une foule de nouveaux protocoles de recherche à évaluer. Ils ont travaillé jour, soir, nuit et fin de semaine pour pouvoir conserver leurs exigences, répondre rapidement aux chercheurs et leur permettre d’avancer dans leur projet.»

Il ajoute que la crise que nous traversons a permis de repenser les façons de faire et a fait réaliser aux gens qu’il était possible de simplifier leurs méthodes de fonctionnement sans sacrifier la qualité. Toutefois, s’il reconnaît les avantages de la pandémie en matière de recherche, de collaboration et de réseautage, il est conscient que certaines études ont été ralenties par la COVID-19 et il espère un retour de balancier dans le futur.

Journée d’éthique clinique

En tant qu’éthicien, Antoine Payot convient qu’il est souvent appelé à intervenir dans des situations humaines complexes et la dernière année en est la preuve. Qu’il s’agisse de niveaux de soins, de mesures sanitaires, du report de chirurgies ou encore du protocole de triage, la pandémie a amené son lot de nouveaux enjeux pour les spécialistes de l’éthique. Afin d’en discuter, le Bureau de l’éthique clinique de l’UdeM tiendra, le 16 avril, sa quatrième journée d’éthique clinique sur le thème «Enjeux éthiques du confinement en temps de pandémie».

Les sujets abordés seront divers et le public est invité à participer à cette activité qui aura lieu par Zoom. «Le but est de faire éclater les choses, d’amener les cliniciens, les éthiciens, les patients, les personnes qui s’intéressent à l’éthique à ouvrir de nouvelles portes et à peut-être réfléchir différemment. J’ai l’impression que, surtout en temps de pandémie, chacun est concentré sur sa parcelle d’expertise et cette journée est l’occasion de voir quelles sont les perspectives des autres», conclut Antoine Payot.

Visitez la page de l’activité pour plus d’informations et pour vous y inscrire.