Un rythme cérébral spécifique à la régulation émotionnelle
Se basant sur les résultats d’une étude* publiée en 2013 qui avait mis au jour la présence des ondes thêta dans la régulation émotionnelle, l’équipe de recherche montréalaise a soumis 24 personnes à un test de réévaluation cognitive.
«La réévaluation cognitive, qui consiste en la réinterprétation du contexte, est une stratégie volontaire permettant de comprendre la régulation émotionnelle en situation expérimentale, explique la chercheuse. Notre objectif était de déchiffrer les mécanismes électrocorticaux qui accompagnent ces processus complexes.»
Pour ce faire, on a placé des électrodes sur la tête de ces 10 hommes et 14 femmes afin d’enregistrer l’activité électrique de leur cerveau à la vue de différentes images aversives comme un homme armé d’un couteau ou un chien menaçant.
Tandis que l’électroencéphalographe quantifiait et enregistrait en continu les fréquences de l’activité cérébrale, les sujets recevaient la consigne d’augmenter, de diminuer ou de maintenir leur état d’aversion, selon le cas. Ce procédé fait aussi référence à la réévaluation cognitive. Au bout de quelques secondes, l’image disparaissait et la phase de régulation émotionnelle s’estompait.
«Des analyses de l’électroencéphalogramme, plus poussées que dans l’étude antérieure, ont ainsi comparé certaines fréquences relevées lors de la réévaluation cognitive, ce qui nous a permis de constater que seules les ondes thêta – qui oscillent entre 4 et 8 hertz – étaient déclenchées dans le processus, ce qui en fait un marqueur de la régulation émotionnelle», souligne celle qui entreprendra à l’automne un doctorat en sciences biomédicales, option Sciences psychiatriques, à l’Université de Montréal.
«Ce qui est nouveau avec notre étude, c’est que, en comparant la phase d’induction émotionnelle avec la phase de régulation émotionnelle, il a pu être montré que l’onde thêta est spécifique à la régulation, poursuit-elle. Des analyses de l’onde alpha, qui va de 8 à 13 hertz, ont été ajoutées pour évaluer la spécificité de l’onde thêta en fonction de la régulation émotionnelle et nous avons observé que l’onde alpha n’est sensible ni à l’induction ni à la régulation émotionnelles.»
De plus, l’ajout d’électrodes a permis de localiser les zones qui produisent ces ondes thêta en lien avec la régulation émotionnelle, soit les régions frontales en jeu dans le contrôle cognitif.