Les cyanobactéries fleurissent sur une mosaïque

"L'insidieuse" de Laurence Petit

"L'insidieuse" de Laurence Petit

En 5 secondes

La nouvelle mosaïque féérique de l’artiste Laurence Petit, alias Gogofrisette, sur le campus MIL montre avec éclat les cyanobactéries présentes dans les lacs québécois.

Le 12 janvier, L’insidieuse, de Gogofrisette, a été inaugurée dans l’entrée du campus MIL. Composée de cinq panneaux bleus en bois à la verticale incrustés de milliers de morceaux de mosaïque irradiant différemment au gré de la journée, l’œuvre de 5,4 m2 (60 pi2) immerge le visiteur dans le monde tout à la fois merveilleux et malsain de la floraison des cyanobactéries.  

 Pour cette représentation, l’artiste a mélangé de riches matériaux: verres à vitraux, perles de verre, smalts d’Italie et du Mexique, feuille d’or ainsi que des morceaux de vaisselle. Elle a travaillé la mosaïque sans utiliser de coulis entre les différentes pièces, laissant ainsi toute la place à mille et une teintes féériques de bleu. Frappées par les rayons du soleil, les diverses facettes se diaprent de reflets dorés, argentés, céruléens, lapis-lazuli, saphir et émeraude et resplendissent dans l’agora du campus MIL. 

C’est là la première œuvre intérieure de la mosaïste Laurence Petit, qui travaille habituellement sur de gigantesques murales extérieures. 

Fusion des arts et des sciences

Dans le cadre du programme PRISME, mis en place par les Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies ainsi que Société et culture et qui jumelle un scientifique avec un artiste pour décloisonner les disciplines, Gogofrisette a été couplée avec l’équipe de Sébastien Sauvé, professeur de chimie environnementale à l’Université de Montréal, qui dirige depuis 2016 un des plus vastes projets au monde sur les cyanobactéries. 

«Quand on parle de science, le microscope me vient instinctivement en tête. Je me suis demandé à quoi ressemblaient les cyanobactéries lorsqu’on les observait d’infiniment près. Mon idée initiale était de reproduire les lames de microscope. J’ai fait de multiples tests et ça ne fonctionnait pas comme je le voulais. J’ai toutefois gardé l’idée des longs panneaux étroits pour rappeler les lames de microscope», explique l'artiste.  

Représenter la floraison des cyanobactéries

Laurence Petit a demandé à Sébastien Sauvé de lui faire parvenir des photos de floraison des cyanobactéries et celle qui travaille souvent sur le mouvement de l’eau a été subjuguée par tant de beauté. «Dans ma pratique de mosaïste, les couleurs sont d’une très grande importance: c’est la matière qui guide mes œuvres. Dans ce cas-ci, je trouve splendide la floraison des cyanobactéries teintées de bleu, de vert et de turquoise, qui sont mes couleurs de prédilection. Bien sûr, je sais que c’est malsain pour les lacs. Mais esthétiquement, c’était très intéressant à représenter. J’ai appelé cette œuvre L’insidieuse, comme une belle empoisonneuse: si la floraison est magnifique, elle empoisonne les lacs. Il faut réagir», dit-elle.  

Elle a choisi d’enchâsser sa mosaïque dans un immense cadre teint en bleu: «Par cette couleur, je voulais évoquer l’espoir qu’on va arriver à réduire la présence des cyanobactéries, que les lacs vont retrouver leur santé», précise-t-elle. Un cadre de bois qu’on a l’impression de voir flotter légèrement dans les airs, installé par Jean-François Myre, technicien en génie mécanique de la Faculté des arts et des sciences. 

Quand nature et culture s’entremêlent

Sous le bleu cobalt qui encercle la mosaïque, on perçoit par transparence les ondulations des cernes du bois. Gogofrisette n’a pas cherché à les recouvrir, mais a au contraire voulu rendre apparents ces morceaux de bois, rappelant les vastes forêts entourant les lacs québécois. 

Elle a aussi laissé perceptibles de petites fleurs, qu’on peut voir ici et là, encastrées entre divers autres morceaux de mosaïque, comme les fleurs sauvages qui s’épanouissent près des plans d’eau.  

Et en même temps, ces fleurs sont dessinées sur des bouts de tasses brisées: ces morceaux de pièces de vaisselle sont comme des traces laissées par des humains. «Ne trouve-t-on pas des céramiques dans des chantiers archéologiques lorsque nous partons à la recherche de civilisations passées?» demande l’artiste, qui a également mis dans son œuvre des bouts de verre poli par l’eau, qu’elle a ramassés près du fleuve Saint-Laurent. 

Quelle trace allons-nous laisser à notre tour aux prochaines civilisations? 

À quoi ressembleront nos lacs dans le futur? Pourrons-nous empêcher que les cyanobactéries les envahissent? 

  • Travaux préparatoires

    Travaux préparatoires

    Crédit : Laurence Petit
  • Détail de "l'insidieuse"

    Détail de "l'insidieuse"

    Crédit : Laurence Petit
  • Détail de "l'insidieuse"

    Détail de "l'insidieuse"

    Crédit : Laurence Petit
  • Des algues bleues

    Des algues bleues

    Crédit : Laurence Petit

Sur le même sujet

arts biologie