Les femmes représentaient près de 17 % des propriétaires majoritaires de PME au Canada en décembre 2020. En 2011, elles étaient 15,5 %. Si la proportion augmente, c’est parce que des efforts sont déployés, notamment à travers la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat, mise en place à la fin de 2018 par le gouvernement du Canada.
Mais, avant de mener des actions, il faut avoir des données pour brosser un juste tableau de la situation. C’est ce que fait la Chaire BMO en diversité et gouvernance, dirigée par Tania Saba, professeure à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal et à la tête du Pôle Québec et communautés francophones du Canada du Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat (PCFE).
«Le PCFE veut montrer des profils d’entrepreneuses, comprendre leurs parcours et les obstacles qu’elles ont rencontrés pour pouvoir adapter les systèmes aux besoins des femmes et non pas demander aux femmes de se conformer aux systèmes en place, explique la chercheuse. Le système traditionnel – c’est-à-dire conçu par les hommes, pour les hommes – n’est pas adapté aux profils et aux ambitions des femmes.»
D’ailleurs, les femmes occupent plus de 38 % des emplois autonomes et, pourtant, ces travailleuses ne sont pas considérées comme des entrepreneuses.
La Chaire travaille aussi avec le PCFE à montrer les retombées de la présence des femmes en affaires. D’après différentes études, on évalue que, en favorisant l’équité entre les genres et la participation des femmes à l’économie, le Canada pourrait ajouter jusqu’à 150 G$ à son PIB.
«Avec leurs entreprises, les femmes créent de la valeur, affirme Tania Saba. Elles ne sont pas là pour prendre une partie de la richesse des hommes, mais pour en créer. Il y a de la place pour tout le monde.»
Elle ajoute que les entreprises dirigées par des femmes sont aussi généralement plus équitables et diversifiées. «Et l’on sait que la diversité dans un conseil d’administration ou une haute direction est directement liée à une meilleure performance, précise la professeure. On parle également d’économie durable, de sociétés durables et l’on a démontré que les femmes sont sensibilisées depuis longtemps à la portée de leurs activités sur la communauté, sur le renforcement des capacités et sur la qualité de vie des personnes qui travaillent dans leurs entreprises. On essaie de mettre tous ces éléments de l’avant.»
Le PCFE braque de plus les projecteurs sur des entrepreneuses qui se distinguent. «Il faut des modèles, indique Tania Saba. Faites l’exercice: tapez sur Google “entrepreneurs succès” et vous trouverez presque uniquement des hommes. Nous voulons alimenter les moteurs de recherche et les médias sociaux avec des femmes qui se démarquent en entrepreneuriat. Et ce, dans toutes sortes de domaines, y compris les technologies. Il faut les mettre sur le devant de la scène pour en inspirer d’autres.»